Histoire du Roban




Le tournoi de Doraline, détail du grand vitrail du palais de Doran, par SLo.

La naissance du Roban


itué sur la péninsule des Kahargal, le Roban fut particulièrement touché par la catastrophe de l'an 0 dont le dénouement s'est probablement situé au cœur de l'actuel Edanel. On ne garde plus aucune trace écrite de la période pré-an 0 au Roban, mais les légendes abondent sur la création du pays et sur les siècles d'histoire qui l'ont suivie. L'incontournable Genèse de Délomaque relate que Maveneva, après la fondation du monde, choisit la face Nord-Ouest des Kahargal (plus précisément le pan ouest des actuelles montagnes du Sykarion) pour bâtir son immense maison d'où elle pouvait voir ses trois frères et soeurs les plus proches : Lymara, Oivenvë et Venvelya. L'on sait que le Roban fut très tôt habité par les humains, et la présence de Maveneva dans les montagnes semble avoir justifié pour les premiers robannais l'impossibilité qui fut la leur d'explorer les montagnes vers l'Est et, dans une moindre mesure, le Sud. Le Roban s'est donc développé dans les plaines et les collines de l'Ouest, ce qui explique leur grande différence avec les autres peuples des Kahargal. Le fort développement des humains avant l'an 0 sur le territoire robannais tient également à d'autre facteurs, comme l'absence de Clans depuis, semble-t-il, la première guerre humaine (vers -8000). Les montagnes, fortement modelées par les Bâtisseurs dans les premières heures d'Oneira, ainsi que la forte présence du culte de la Terre dérivé du culte primitif à Maveneva, conduisirent les robannais à bâtir très tôt d'immenses villes en pierre, de multiples châteaux et de nombreuses routes à travers tout le pays. De fait, l'on trouve également dans les monts robannais des traces d'anciennes civilisations naines dont on ne date pourtant ni l'apogée ni le déclin : on ignore encore s'ils furent contemporains ou non des premiers robannais.

L'histoire ancienne du Roban, de l'an 0 à 962


ien que l'on conserve de nombreuses traces fiables de la période consécutive à la catastrophe de l'an 0, les faits des premières années de reconstitution du pays ont laissé place à la légende. Il semble que la constitution du Roban en tant que pays ait tenu à un unique homme, Revan, auquel l'on attribue aujourd'hui l'envergure d'un dieu dans certaines régions reculées du Roban.
La légende de Revan existe en de multiples versions dont les plus anciennes ont été partiellement oubliées après la dictature militaire qu'ont fait régner les derniers rois du Roban, ayant peu à peu présenté Revan comme un guerrier, un grand chef militaire, et même comme l'un des descendants de Ghor (visage masculin, chaotique et violent de Korin, déesse qui, selon les edaliens, aurait créé le monde). Le travail constant des prêtres de la terre, depuis 1018, contribue cependant à redonner aux anciennes légendes la place qu'elles méritent. De grandes quantités de statues de Revan datant des premières années après l'an 0 existent encore au Roban, de même que de nombreux bas-reliefs et fresques sculptées. Il est le plus souvent représenté assis au bord d'une falaise, une main enfouie dans le sol, l'autre dressée devant lui. Revan est, dans le cœur des robannais, l'Eleveur de Falaises. De manière générale, il est dit que "Revan vit que les tremblements de terre étaient nombreux, et les plaines vulnérables et submergées par les eaux (…) alors il marcha jusqu'au bout de la terre, s'agenouilla, enracina son bras gauche dans le sol, et éleva son bras droit pour appeler les forces anciennes de Maveneva (…) et ses yeux devinrent deux braises, et sa voix s'éleva, et la grande force passa dans ses bras, et tout autour du Roban se soulevèrent de hautes falaises qu'épousa la mer, qui firent chanter le vent, et qui protègeraient à jamais les terres du Roban de toutes les invasions de l'eau (…) et quand Revan eut fini, à jamais son amour fut donné à la mer, à jamais sa voix fut donnée au vent, à jamais son regard fut dirigé dans le feu, et à jamais son bras fut laissé à la terre. Alors du cœur des robannais s'éleva une longue plainte, car le bras de Revan ne fut pas libéré, car ses yeux ne revirent plus, car sa voix ne chanta plus et car son cœur était pris par la mer. Alors l'esprit de Maveneva vint à l'appel de son peuple, et il entoura [Revan], et l'Eleveur de Falaises se changea en pierre dominant le Roban et tout l'océan". Ce texte, le plus largement répandu dans la culture robannaise, est prétexte à de nombreuses interprétations. La légende de Revan établit définitivement la relation forte liant depuis toujours le Roban et le Pyrelos. L'on peut voir le récit de manière symbolique : Revan commandant la construction de villes et de remparts contre le risque d'une invasion pyrelienne. Mais plus loin encore, l'étrange similitude du dénouement de l'histoire de Revan et de la légende éranosienne de la Fille du Rocher dont la version la plus courante lui est probablement contemporaine laisse à penser que le regard tourné vers le feu (figurant Elira, fondatrice de l'Eranos, et héroïne probable de la légende de la Fille du Rocher) et l'amour porté à l'eau (figurant le Pyrelos) semblent presque désigner Loranos que l'on pense originaire de la péninsule des Kahargal, et grand acteur des événements de l'an 0 dans cette région du monde. Revan et Loranos ne seraient ainsi qu'une seule et même personne, probable grand personnage robannais ayant rassemblé ses partisans pour coloniser le Pyrelos, créant l'inquiétude dans son pays d'origine quant à son possible retour. Le fait est que l'Eleveur de Falaises fut très vite adopté par le culte moderne de la Terre, et que la légende de Revan devint vite le thème favori de ses prêtres : la création de protections et de bases solides pour construire et s'appuyer sans crainte.
La reconstruction du Roban semble avoir commencé très vite après l'an 0 car les robannais, probablement réfugiés dans les anciennes cités souterraines des nains et des bâtisseurs, étaient encore nombreux. L'on dit qu'après la disparition de Revan, c'est Genos, son jeune compagnon, qui prit la tête des robannais, reconstitua le pays et établit les frontières. Il établit la capitale à l'extrême nord-est du pays où il fonda la ville de Revan à proximité du grand rocher de l'Eleveur de Falaises (aussi appelé rocher de l'Entesar aujourd'hui, contraction du verbe "élever", envete et du mot "falaise", sar). Il fonda officiellement le pays et lui donna le nom de Roban en l'an 51 mais déclina la couronne au profit de son fils, Gesen, préférant se consacrer à la prêtrise. On lui doit la plupart des principes fondateurs du culte de la terre. Si Genos n'a jamais régné, on donna cependant son nom à la première dynastie qui régna sur le pays de l'an 51 à l'an 284. Le règne des Genos fut celui de la reconstruction. On éleva des villes, des villages, des routes, et la population se sédentarisa définitivement, y compris à l'Est du pays, dans les montagnes, mais plus encore, les Genos s'acharnèrent à combattre la fuite de la magie de la péninsule des Kahargal, par la formation de prêtres-mages très qualifiés, et par une éducation de la population aux choses magiques, ainsi qu'au respect des petits peuples rares mais encore présents dans le pays.
La légende prend alors à nouveau la main sur l'Histoire pour relater le passage de la première à la seconde dynastie. Elle prétend que le dernier roi de la dynastie des Genos, Deldos, n'ayant aucun héritier, laissa à sa mort en 284 le pays en proie aux guerres de succession. De très nombreux princes revendiquèrent le trône, alléguant leur fidélité à Deldos, leur affiliation à Revan ou Genos, leurs hauts faits d'armes ou leurs capacités à gouverner. Les guerres déchirèrent le pays durant plusieurs années, jusqu'à ce que cinq princes aient conquis d'assez vastes territoires pour susciter le soutien et l'admiration de la population. Mais Oman, Doran, Layeran, Loden et Floden n'en avaient pas fini pour autant, car chacun d'entre eux réclamait le trône de même manière. Après d'autres batailles, rien ne pouvant les départager, ils s'adressèrent aux prêtres de Revan qui proposèrent un affrontement dans un grand tournoi, au centre du pays, dans la grande ville de Doraline. Les qualités physiques et morales des cinq princes furent mises à l'épreuve au cours de nombreux jeux de force, d'adresse et de réflexion, mais là encore, rien ne les départagea, mais si Layeran, Oman, Floden et Loden redoublaient de rage, Doran, le plus jeune d'entre eux, s'assombrissait un peu plus à chaque épreuve, car au cours des longs mois du tournois, personne ne gouvernait, et le pays était la proie de nombreux troubles et d'une grande misère. Le souci de Doran ne l'empêcha nullement de combattre, mais bientôt, voyant qu'ils étaient tous cinq blessés et épuisés d'égale manière, il proposa une nouvelle tentative de négociation. Layeran, Oman, Floden et Loden proposèrent leurs conditions, et tous voulaient gouverner sans partage, mais Doran annonça que s'il devenait roi, il laisserait à ses quatre adversaires la jouissance de leurs territoires pourvu qu'ils aient à cœur de bien les gouverner. Layeran, Oman, Floden et Loden se sentirent honteux, à la fin du discours de Doran, de n'avoir songé qu'au pouvoir et non pas au peuple, et tous convinrent que Doran ferait, entre eux tous, le meilleur des rois. Ainsi le Roban fut-il découpé en cinq comtés qui prirent le nom de leurs gouverneurs, et Doran régna-t-il sur le Roban depuis Doraline où il avait gagné sa couronne et l'estime de ses adversaires (ce passage de l'histoire du Roban est relaté dans Le Tournoi de Doraline, par Egesh'Lin, Histoire ancienne des rois du Roban, par Udenor, Princes humains des temps anciens, par Lidilen-Sur, et Légendes de Doran de Doraline, par Tudir-Kalon).
Doran, resté célèbre pour sa sagesse et son habileté à gouverner autant qu'à faire la guerre, fonda ainsi la dynastie du même nom, et qui resta sur le trône de 292 à 814. C'est également Doran qui solidifia définitivement la présence de la magie et des peuples magiques au Roban, fait dont les robannais tirent encore à ce jour une grande fierté.
Grâce à la position du Roban sur la mer intérieure et à la barrière naturelle que forment les montagnes à l'Est du pays, les générations successives de la lignée de Doran amenèrent le pays à devenir une grande puissance économique et militaire. Les rois de la lignée de Doran furent nombreux à rester dans l'histoire, comme Shire, bâtisseur de la citadelle de Doraline, Meleon, qui fit du Tournoi de Doraline une joute annuelle, Miljor-aux-grandes-mains, qui redécouvrit et compléta en l'an 403 le Code de la Lune du Guerrier de Gedon'Elynar, Fiannon à qui l'on doit les forts de la frontière Est, Dalnon qui imposa la présence robannaise au Mirëli à partir de 678, Lrishan qui construisit de nombreux ports et fit de la flotte de guerre robannaise l'une des premières d'Oneira (on lui doit également la victoire lors de la Grande Guerre de l'Eranos en 536) et contribua grandement à l'établissement des cartes de la mer d'Oiventean, etc… Il convient encore de citer parmi eux Yenar-aux-Eclairs qui, en 323, eut l'ambition de lutter contre les conflits opposant régulièrement les quatre pays des Eléments en fondant une ville sainte qui rassemblerait les quatre cultes de l'Air, du Feu, de l'Eau et de la Terre. Il choisit pour ce faire un emplacement situé à l'embouchure du Rarlaet où la présence du fleuve, de la mer, de hautes falaises, de nombreux orages et de grands vents semblaient rappeler les quatre éléments. Il fonda ainsi la ville de Mevyran où il convia tous les cultes qui y établirent de nombreux temples. Devant la croissance de Mevyran et son importance grandissante en matière de politique et d'économie, ainsi que pour sa position stratégique judicieuse dans l'anse de Ledoel, Yenar fit de la ville la nouvelle capitale du Roban, Doraline restant pourtant un arrière précieux et rayonnant culturellement sur tout pays.
Mevyran garda longtemps son rang de ville sacrée, mais les conflits naissant avec l'Eranos en 788, puis avec le Pyrelos à partir de 802 provoquèrent le départ des prêtres des cultes du Feu et de l'Eau qui signent le Déni de Mevyran, acte par lequel ils rompent tous les traités diplomatiques entre leurs cultes et le Roban. Mevyran devint alors une véritable capitale militaire, du haut de son "immense falaise narguant de haut la mer lointaine" (Extrait du Lai de Mevyran, par Balan-Hineor, 798). La lignée de Doran connut à cette époque ses premiers et derniers déboires : on trouva Kelejan, roi du Roban et son frère Ligoln assassinés dans la salle du trône, et leurs deux fils et seuls héritiers, respectivement Treoner et Malon, furent tués tous deux trois mois plus tard au cours d'une chasse dans les plaines voisines de la capitale, au dernier jour de l'année 814. L'assassinat à cette époque troublée de Kelejan et Ligoln, fermes partisans de la diplomatie et de la paix a donné lieu à de multiples rumeurs et légendes, et l'on ignore encore le - ou les - auteurs de cette tragédie (voir à ce propos : Les quatre enterrements du Roban, par Lunor'lis, Les Doran assassinés, par Sor'Gilos, Les heures noires de Mevyran, par Milios, Légendes de Mevyran, par Lisis'Fordan, L'Epopée des Doran de Mevyran, par Balan-Rogan). La fin de la lignée de Doran La mort de Regeran-le-Maudit, détail du grand vitrail du palais de Doran, par SLo.marqua aussi celle de la prospérité, de la puissance et de la paix (relative !) qu'avait connu le Roban tout au long du règne de la grande dynastie. En 815, les conflits entre le Roban, privé de roi, et le Pyrelos, s'aggravent, tandis que le général Regeran contraint Jiunna, veuve de Kelejan, au mariage pour légitimer son accès au trône et contrer ainsi les héritiers lointains de la lignée de Doran. Regeran n'aura de cesse de narguer le Pyrelos et l'Eranos, se livrant à d'incessantes activités de piraterie sur les côtes ennemies (notamment à Sev'Imme au Pyrelos, et le long de la côte eranosienne de Kinsë, de l'île de Jaena aux îles sareliennes de Jilir). La lignée fondée par Regeran, celle des Kahrinor, eut du mal à s'imposer au sein même du pays, trop attaché à la dynastie de Doran, et qui multiplia les révoltes contre son autorité. Regeran alla de défaite en défaite, tant sur le plan intérieur qu'international, il mourut en 837, atteint de tuberculose (il convient ici de mentionner les rumeurs persistantes selon lesquelles sa maladie serait due à un long empoisonnement et/ou à une malédiction prononcée à son encontre par Jiunna, ce qui lui valut de garder dans les écrits le nom de Regeran-le-Maudit), et ne laissant pour seul héritier qu'un fils faible et malingre, autant de corps que d'esprit.
Reginen succéda à son père à l'âge de 17 ans, et son caractère instable causa dans tout le pays de grands dommages. La révolte du Mirëli et des troubles le long de la frontière de l'Ar'Kahargal s'ajoutèrent aux menaces eranosienne et pyrelienne et contribuèrent à l'étiolement du gouvernement. Reginen, manipulé par les généraux et les anciens conseillers de son père repoussa l'aide diplomatique proposée par les prêtres de la Terre, s'enfonçant dans les préparatifs militaires. En dépit de sa santé catastrophique, Reginen resta sur le trône jusqu'à 899 et laissa derrière lui trois fils qui tous montèrent sur le trône. Ainsi, Regisen régna de 899 à 903 et mourut empoisonné, Likjor régna de 903 à 911 et succomba à la tuberculose, puis Nikahr régna de 911 à 929 avant de mourir assassiné, mettant un terme au règne de la dynastie maudite des Kahrinor.
C'est le général Lenmos-Tarl qui, relativement apprécié par le peuple, et surtout plébiscité par les armées, monta sur le trône en 930 et assura la tâche difficile de dépoussiérer le gouvernement et de clarifier la situation du Roban. Partageant ses forces militaires, il concentra son action sur les conflits de l'Est du pays et négocia un traité temporaire avec l'Eranos. Lenmos prit trop tard conscience de l'insubordination de la flotte de guerre qui, en dépit de ses ordres, poursuivait encore contre le Pyrelos les actions de piraterie lancées par Regeran et prend en 940 le nom de Ronis-oiven, ou Roniven. En 953, Pamer-Enmos, roi du Pyrelos, lança contre Mevyran un raid punitif de grande ampleur, occasionnant une guerre violente, restée connue sous le nom de Guerre des Roniven, qui ne dura pourtant que quelques mois. Lenmos céda devant la détermination des pyreliens, et promit la cessation de toute activité militaire à l'encontre du Pyrelos ainsi que plusieurs accords politiques, mais devant la verve déplacée des armées pyreliennes et l'état de grande pauvreté du pays, il repoussa toute proposition commerciale et s'attarda, dans les années suivantes, à discipliner ses forces militaires, à reconstruire les défenses du pays et à rétablir une économie plus forte dans tout le pays en proie à la misère.

Le jeune roi Khear, détail d'un vitrail du palais de Mevyran, par SLo.

Le Roban de 962 à nos jours


'est la naissance de Khear, fils de Lenmos, qui vient en 962 stabiliser la situation du Roban, rendant peu à peu la confiance du peuple dans sa capitale et son roi, et apaisant les troubles incessants depuis l'accession au trône de Regeran, et ce bien que la situation globale du pays ne soit pas brillante. Lenmos oeuvrera toute sa vie pour la diplomatie et ira jusqu'à reconnaître en 966 la supériorité du Pyrelos dans un traité commercial, le premier depuis 802. Hélas, Lenmos n'eut pas l'occasion de poursuivre longtemps son action : victime d'une mauvaise chute de cheval au cours d'un voyage à Doraline, il meurt en 970. Son épouse, Lilenn, se suicidera quelques semaines plus tard.
Khear, qui n'est âgé que de huit ans, sera couronné deux mois après le décès de son père. Commence alors une véritable course au pouvoir pour les généraux, les conseillers et les prêtres de l'ancien entourage de Lenmos. Craignant une période de conflits d'intérêt comme celle qui eut lieu sous le règne de l'incapable Reginen, le peuple commence à se soulever en 972, tandis que les rumeurs d'une nouvelle malédiction à l'encontre du Roban ou de la lignée royale se répandent dans tout le pays. Le général Shevar, soutenu par une partie de l'armée, tente en 973 un coup d'Etat et emprisonne le jeune Khear, mais en dépit de son accession au trône, il ne parviendra pas à apaiser les troubles civils auxquels s'ajoutent, en 975, de fréquents pillages et invasions des pirates Roniven sur toutes les côtes du Roban. Shevar ne parviendra jamais à apaiser la situation. Les troubles civils s'aggravent jusqu'à ce qu'il tente en 979 une puissante action militaire contre les pirates. Hélas, l'armée échappe à son contrôle et, dans le but de mettre un terme à toute action de résistance dans le pays, assassine Khear dans sa cellule (voir à ce propos : Le prince emprisonné, mémoires du condamné Khear, par Khear, où le jeune roi expose ses idées, ses espoirs pour le Roban, et décrit de l'intérieur les troubles que connaît le gouvernement). Bien que les pirates soient temporairement soumis, le peuple se déchaîne alors dans une véritable guerre civile qui aura pour point d'orgue l'invasion de la citadelle de Mevyran et l'assassinat de Shevar en 981 (on se rappelle cette épisode sous le nom de Guerre de Khear). Suivra alors une longue période d'anarchie, le trône étant privé de tout héritier légitime issu de l'une ou l'autre des dernières dynasties. L'armée, désorganisée et cantonnée en petits groupes opposés, fidèles à diverses opinions politiques ou au souvenir d'anciens rois plus ou moins légitimes, s'avère tout à fait incapable de restaurer l'ordre et se livre même à des saccages dans tout le pays.
En 986, le grand tremblement de terre, particulièrement violent au Roban, détourne l'attention de la population de Mevyran et de la guerre, chacun retrouvant les anciens mécanismes de reconstruction et de solidarité. Les temples de la Terre, désertés par les fidèles depuis de nombreuses années, laissent échapper la rumeur du retour prochain des Doran sur le trône.
Profitant de l'accalmie temporaire que connaît le Roban, Opron, jeune chef de la résistance, sous le règne de Shevar, réorganise Mevyran et ses habitants, et fait connaître ses lointains ascendants de la dynastie de Doran pour rassembler autour de lui de nombreux adeptes de la paix et du souvenir de la grande lignée. En 987 il tente et réussit un coup d'éclat en chassant les derniers partisans de Shevar de la citadelle de Mevyran. Dans la liesse générale, il sera couronné trois semaines plus tard, au mois d'aenvë. Soutenu par la population des comtés de Doran, d'Oman et de Layeran, Opron aura pourtant du mal à s'imposer à Floden et Loden où les anciens partisans de Shevar et de Lenmos se sont rassemblés. Les premières années de son règne seront celles de la réorganisation d'un pays profondément ancré dans la misère depuis plusieurs générations. Opron rétablit l'importance du culte de la Terre, notamment au sein du gouvernement, et multiplie les visites dans les comtés, surtout dans ceux de Loden et de Floden dans lesquels il finit par achever de s'imposer en 991. C'est une nouvelle vague d'invasions des Roniven qui rappelle le roi à Mevyran à la fin de la même année. Opron lance contre eux une flotte nouvellement constituée et quelques régiments armés, mais reste à Mevyran où il tente de lutter contre les menaces de troubles en donnant l'image de la normalité en épousant la jeune Syrela, princesse du Sarelos, à la fin de l'année 992. Si le mariage d'Opron et l'annonce nouvelle de la grossesse de la nouvelle reine achèvent de fédérer le pays derrière le nouveau roi, l'Ar'Kahargal y voit une menace et déclare la guerre au Roban en 994, alors que les pirates sévissant dans l'Ouest et le Sud du pays ne sont pas encore matés. Les premières années de guerre sont désastreuses, et acculent tout le Roban à la famine. Même la naissance de Loyane en 995, qui occasionne le décès de Syrela, n'apaise pas les craintes des robannais, mais la fin des troubles pirates, au terme de la même année, et une première victoire d'Opron dans les montagnes du Sykarion relèvent tant bien que mal le pays. Si la guerre des Kahar n'est pas encore achevée, Opron regagne cependant Mevyran en 998 et tente de mener la même stratégie qu'en 992 en épousant Nogara, fille du gouverneur de Revan, s'attirant ainsi la confiance des prêtres. La naissance d'une seconde princesse en 999, Sagorane, et la mort de Nogara font cependant partiellement échouer ce plan mais réussissent à précipiter la signature d'un pacte avec l'Ar'Kahargal : la guerre des Kahar s'achève sans victoire en l'an 1000 par la signature du Traité du Sykarion.
Ruines du chateau de Damog, près de Mevyran, par Anne.De 1000 à 1005, Opron relance de vastes travaux de reconstruction à travers tout le pays, mais surtout à Mevyran où les stigmates du tremblement de terre de 986 ne sont pas encore effacés. Ayant gagné en maturité, Opron brille par sa sagesse à gouverner et se trouve de plus en plus apprécié à mesure que se succèdent les bonnes récoltes dans le pays. L'année 1004 verra ressurgir la menace pyrelienne, le jeune roi Pameros du Pyrelos multipliant les incidents diplomatiques jusqu'à ce qu'Opron, las des piques incessantes de son voisin, ferme les frontières du pays et se concentre à nouveau sur l'entraînement des armées et la restauration des bâtiments militaires. En 1005, l'absence d'héritier masculin et les rumeurs selon lesquelles Opron serait atteint de brusques accès de folie réveillent une nouvelle fois le souvenir du règne désastreux de Reginen. La population, lasse d'œuvrer pour la reconstruction des routes et des ouvrages militaires plutôt qu'à celle des temples et des villages, se soulève de plus en plus régulièrement tandis qu'en 1010, une nouvelle vague d'invasions pirates secoue le pays. Fondant les rumeurs de folie et de paranoïa courant à son encontre, Opron laisse son pays en proie aux pirates et répand la rumeur selon laquelle le Pyrelos serait à l'origine des pillages, mettant ainsi fin à toute tentative diplomatique avec son voisin. En dépit du retrait des pirates en 1014, Opron, devenu belliqueux et vindicatif, déclare la guerre au Pyrelos l'année suivante et tente d'envahir l'Oel'Imme, mais il s'oppose vite à la flotte et à l'armée pyrelienne qui, débordées dans un premier temps et décontenancées par la maladie du roi Pameros, ne tardent pas à regagner en confiance avec l'intervention du jeune prince Kelwan qui prend le contrôle des armées. Kelwan, tout juste de retour d'Eranos, amène en renfort un petit groupe de sagittaires et quelques hauts stratèges dont l'intervention sera décisive et chassera vite les armées d'Opron du sol pyrelien. Sur l'ordre de leur roi et dans l'espoir d'ouvrir la voie à des négociations en leur faveur, les armées (ou plus précisément un archer, d'où le nom de Guerre de l'Archer sous lequel le conflit est désormais connu) robannaises enlèvent la jeune fiancée de Kelwan, la princesse Illénira d'Eranos, et battent en retraite vers Mevyran. La colère de Kelwan sera terrible : en moins de deux semaines, il lance l'ensemble de sa flotte et de son armée sur le Roban qu'il envahit. Le siège de Mevyran ne durera qu'à peine deux jours au terme desquels Kelwan prendra la citadelle et tuera Opron de ses mains, mettant ainsi fin à une guerre qui aura duré moins d'une année. Les témoignages de ceux ayant assisté à la scène affirment que les dernières paroles d'Opron furent pour regretter son comportement et demander pardon au Roban (il est aujourd'hui avéré que l'esprit d'Opron, depuis l'année 1005, était sous l'emprise de la tristement célèbre E'Dyrha de Thard qui aurait, par son intermédiaire, cherché à atteindre la princesse Illénira à laquelle elle voue une rancune tenace et d'origine inconnue. Le discours de Kelwan, prononcé à Illéranyne en 1022, puis à Pymarée et à Mevyran en 1023, a rendu hommage au travail d'Opron dans ses premières années de règne et contribue à réhabiliter son souvenir dans le cœur de tous les robannais).
Il ne faudra que quelques jours aux prêtres de la Terre, las des guerres et des troubles civils, pour improviser une cérémonie de couronnement qui instituera Kelwan roi du Roban. Rappelé d'urgence au Pyrelos où son père, le roi Pameros, est mourant, Kelwan confiera le pays à ces mêmes prêtres et nomme Loyane régente.
Le départ précipité de Kelwan laisse le Roban désemparé et une nouvelle fois en proie à la misère et à la famine. Il ne faudra que quelques semaines pour que les troubles civils éclatent, la population, ayant d'emblée accordé sa confiance à Kelwan, met en doute les capacités d'une femme à gouverner, et rejette la fille d'Opron. Un certain Raepos, personnage d'un grand charisme originaire du lointain Daafeld, rassemble autour de lui les mécontents de Mevyran et s'empare de la citadelle du Roban, emprisonnant Loyane et livrant la ville et toute la région à de nouveaux saccages et de nouvelles scènes de pillage.
Ce n'est qu'au début de l'année 1018 que Kelwan reviendra au Roban. C'est par la ruse qu'il parviendra à faire rentrer dans la ville et la citadelle ses troupes d'élite qui reprennent rapidement le pouvoir et capturent Raepos. Kelwan rétablira l'autorité de Loyane par des cérémonies et des écrits officiels. Restant présent quelques mois dans le pays, il assied autour de Mevyran quelques régiments pyreliens dont la tâche sera d'aider à la reconstruction et à la restructuration économique et sociale du pays. Le mariage de Loyane avec Elayos, un prince d'Eranos, et la rapide nouvelle de la prochaine naissance d'un héritier donnera lieu aux premières scènes de liesse dans le pays depuis 1004. La naissance de la princesse Adrelyane conféra à Loyane la confiance que le peuple ne lui avait pas encore accordé, et la présence rassurante du Pyrelos sut maintenir le pays sur la voie d'un progrès longtemps attendu.
Les rumeurs veulent que ce soit au cours d'un voyage à Mevyran que Kelwan et Illénira eurent l'idée de la fondation d'Illéranyne. Envoyant à Loranyne une délégation de prêtres de la Terre pour participer à l'élaboration des plans de la cité, Loyane place le Roban dans l'enviable position des pays fondateurs, et signe le pacte d'Illéranyne dès la fondation de la grande cité en 1021. En dépit du tutorat pyrelien toujours présent - et aussi apprécié que bien intégré - le Roban reprit confiance dans son identité à mesure que la reconstruction du pays s'achevait. Les traités économiques avec les pays des Eléments et Illéranyne contribuèrent à renflouer les caisses obstinément vides du pays et à lancer tout le Roban dans une nouvelle phase de prospérité que même le décès de Kelwan, en 1023, ne freina pas. Désormais habitué à voir Loyane, secondée d'Elayos, à la tête du pays, le Roban tout entier réclama son couronnement qui eut lieu en automne 1023 et occasionna de nombreuses et durables festivités.
La prospérité nouvelle du Roban se poursuivit jusqu'en 1032 où des conflits à Mevyran entre le culte de l'Eau et celui de la Terre créent des tensions dans la ville. Pour y remédier, Loyane demande l'intervention d'Illéranyne et une montée du contrôle de l'archipel sur le Roban. Logaïa et Thifano, anciens membres des Douze d'Illéranyne, sont envoyés et prennent la place d'Elayos en tant que conseillers de Loyane. En 1040, les deux conseillers retourneront sur l'archipel tandis que Kelwan reprend au Roban une place importante en secondant Loyane depuis Illéranyne (fait inexpliqué de la vie de Kelwan, décédé en 1023 et incinéré à Illéranyne, mais dont l'âme, à priori, a pris place dans un autre corps identique grâce à la bienveillante Délomaque).

Arbre généalogique partiel du Roban.

Le Roban, bilan et prévisions


'est définitivement la fondation d'Illéranyne, et plus encore la signature du pacte du même nom qui a instauré, depuis 1021, un calme durable au Roban. Le pays, amicalement soutenu par le Pyrelos dans son entier, tant économiquement que politiquement, retrouve son identité culturelle et sociale. Renforçant encore la confiance toute nouvelle des robannais, Illéranyne a déjà prouvé son efficacité en 1032, et le retour de Kelwan, souverain d'Illéranyne, dans la sphère du pouvoir à partir de 1038, est un motif d'intense fierté.
Loyane et Elayos ont déjà donné au Roban quatre enfants qui, tous, ont été élevés à Illéranyne et y occupent des places d'égale importance : Adrelyane, née en hiver 1018, Zorel et Malyra, nés tous deux au printemps 1022, et Aynaë, née au printemps 1024. A ce jour, la succession du Roban est encore sujette à débat, aucune décision n'ayant été portée par la famille royale à la connaissance des robannais : en dépit de la présence d'un garçon dans la descendance de la reine, il semble que Zorel, dont l'éducation a été faite essentiellement à Illéranyne, ne montera pas sur le trône du Roban. En effet, d'un caractère prompt et orgueilleux, Zorel aurait refusé de revenir à Mevyran sur la demande de ses parents, préférant se consacrer à Illéranyne où il vient de se fiancer à Tilliane, fille de deux hauts conseillers du Synode. Ainsi, c'est probablement Adrelyane qui succèdera à sa mère, pouvant alléguer d'une double légitimité, de part son droit d'aînesse et son mariage, au printemps 1039, avec le prince Jernan du Pyrelos, fils de Kelwan. Cependant, depuis 1042 Adrelyane réside à Mevyran où elle a donné naissance à un fils, Emoran, tandis que Jernan est resté à Illéranyne, où, accusé d'adultère, il attend le jugement du Synode. Bien que ces événements aient créé une certaine tension au sein de la famille royale, Adrelyane a depuis longtemps gagné le cœur des robannais qui évoquent sa naissance comme le déclencheur de la prospérité et de la paix retrouvées.
Si l'ensemble des robannais garde encore le souvenir des années de guerre imposées par la folie d'Opron, la présence discrète du Pyrelos et d'Illéranyne n'est en aucune manière vécue comme une violation mais comme un garant de sérénité et de richesse, et la population aborde son avenir avec confiance, fière et heureuse du retour des Doran sur le trône, qui sonne comme la fin des années de malédiction.

Extraits du "Dossier Roban", Gwanys, Illéranyne.