Techniques d'artisanat oneirien




L'Obole-des-Bâtisseurs


Obole-des-Bâtisseurs en fer-de-sang.Originellement créé par Kaborik Bras-de-Fer, cet objet, toujours réalisé en fer-de-sang, est spécifique à la culture naine. Ni véritable objet de culte, ni simple décoration, la portée de cet objet est difficile à comprendre pour qui ne maîtrise pas parfaitement la culture naine. L'Obole-de-Bâtisseurs, chez les nains, est avant tout un symbole. Suivant les époques, elle peut représenter la capacité à trouver des ressources là où d'autres croient qu'il n'y a rien, la valeur d'un dur labeur, un remerciement aux Bâtisseurs qui ont enseigné la forge aux nains ou encore le fait de découvrir la beauté par soustraction, en atteignant un idéal de pureté.
De nos jours, la coutume veut que les apprentis forgerons nains façonnent une Obole pour prouver leur qualité à leur maître et terminer leur apprentissage.

Extrait de l'Encyclopédie Diffuse.
Consulter aussi : légende du fer-de-sang.

La poudre de feu


Mise au point par l'ingéniosité combinée des mages et des herboristes miréens, la poudre de feu est très utilisée en Ar'Mirë'Ys et au Tor-Keralm. Extraite du misene, elle coûte peu cher à la production, au vu de l'abondance de cette plante. De plus, sa fabrication est enfantine :
L'écorce de misene est décollée des branches par petites entailles régulières mais espacées, permettant à la plante de survivre et de se régénérer
L'écorce est ensuite mise à sécher dans l'obscurité pendant plusieurs jours afin de laisser s'exprimer la résine qui sera mise à part
Après le séchage, vient le broyage ; l'écorce est mêlée de souffre, pour ses qualités combustibles, et d'huile de lin, renforçateur chromatique, puis broyée
La poudre obtenue est ensuite teintée magiquement, selon un secret jalousé des miréens, à l'aide de techniques qui créent une gamme de couleurs très étendue
Dernière étape, la poudre est conditionnée en petits sachets de trois doses, cinq, ou dix doses, dont la couleur de la toile correspond à la couleur de la poudre
Initialement conçue pour les feux de communication miré-keraliens, la poudre de feu s'est répandue dans l'art populaire et la barderie pour ses qualités pyrotechniques, au même titre que le sable bardique (bien que ce dernier soit encore largement plus répandu et possède des qualités réactives à la magie supérieures).

Extrait de L'Observatoire Alchimique, par Eg-Beilannil.

La mosaïque


Monade en mosaïque, détail du sol de la salle du Synode d'Illéranyne, par SLo.La mosaïque est une technique décorative consistant à créer un motif, un panneau, une frise, etc…, en assemblant des tesselles sur un enduit frais.
Ces dernières sont le plus couramment des petits cubes, lisses sur le dessus, taillés en pyramide sur le dessous, afin de permettre une meilleure adhérence à la colle ou à l'enduit. Bien entendu, ces tesselles peuvent revêtir différentes formes, et être faites de différents matériaux : galet, pâte de verre, pierre, céramique, céramique émaillée, électrum, or et argent, coquillage… On peut varier ces matériaux sur une même surface afin de créer différents effets (par exemple, un fond d'or et des motifs de verre colorés).
Le support le plus courant à la pose des tesselles est le mortier, fait de sable et de chaux. Posé sur un grillage, les risques de fissures de la mosaïque sont réduits. D'autres supports sont utilisés, comme le bois (qu'on hydrofuge en le plongeant dans de l'huile, généralement de bruyère callune) ; l'avantage du support en bois est la réalisation de panneaux mobiles. On trouve aussi des mosaïques sur verre, permettant des jeux sur la luminosité.
Il existe deux méthodes différentes concernant la réalisation de la mosaïque :
La méthode directe est la plus simple et rapide d'exécution. On prépare le support, puis on reproduit le motif à travailler, à l'aide d'un morceau de charbon, de craie… On applique sur le dessin une fine couche de colle ; sont placées en premier les plus grosses tesselles, puis les plus petites. La disposition se fait de l'extérieur vers l'intérieur. Le motif fini, on attend que la colle ait légèrement pris, et que les tesselles ne bougent plus, puis on applique une couche de ciment ; cette dernière formera les joints des tesselles. On nettoie le surplus après séchage de la pièce.
Avec la méthode indirecte, les tesselles sont collées à l'envers, sur un support temporaire, afin d'obtenir une surface plane. Ensuite, on colle le tout sur le support définitif et on retire le fond provisoire.
Les meilleures mosaïstes d'Oneira sont incontestablement les maîtres du Pyrelos, et leurs élèves. Les mosaïques de Sev'Nerilla et Sev'Linar marquent par leurs couleurs chatoyantes et leur sophistication. Elles sont prisées pour leur beauté mais aussi pour leur préciosité, l'usage de kahrune translucide leur conférant une valeur marchande non négligeable.
Une technique également très populaire a été développée en Ar'Lumn, où la kallum, pierre qui emmagasine et restitue la lumière solaire après une longue exposition, est cuite et réduite en poudre et mélangée au ciment. Une fois appliqué et sec, l'ajout de cet émail de kallum confère une douce luminescence très précieuse à ces mosaïques. Les pièces réalisées sont généralement de petite taille en raison de leur coût de revient, et arborent des motifs végétaux et floraux très décoratifs.
Au Mëgen, connu pour ses excellents verriers, sont produites des mosaïques de pâtes de verre dont la gamme chromatique dépasse l'imagination. Malgré cette connaissance des techniques de coloration, la moitié des productions mëgiennes se caractérisent par des décors bichromes dans lesquels les artistes font parler leur savoir-faire par la réalisation d'impressionnants dégradés. La finesse de certaines pièces (des tesselles de moins de 2mm de coté) a autant suscité l'admiration que la jalousie ; à tel point que des ateliers dont nous ne citerons pas l'origine, ont répandu des légendes concernant les mosaïstes megenniens. Tantôt on a vent d'un artisan devenu aveugle à force de travailler, tantôt c'en est un qui trépasse de surmenage dans son atelier, faisant passer ces artistes pour des forcenés ; à tel point que les badilim ont coutume d'employer l'expression "veiller sur la mosaïque", c'est à dire "se tuer au travail".

Extrait de L'Observatoire Alchimique, par Eg-Beilannil.

Le plâtre


Plaque moulée de décoration palatiale, par SLo. Généralement utilisé sous forme de pâte (on le trouve parfois sous forme de plaques, mais cette technique très ancienne a été relativement abandonnée), le plâtre est un matériau de construction très utile à base de gypse (famille minérale regroupant pour exemples l'albâtre aussi bien que la sélénite).
On trouve le gypse parfois dans des mines, le plus souvent dans des gisements à ciel ouvert, ou carrières. Il est extrait à l'aide des outils courants de taille de pierre. Une fois acheminé sur le lieu de production de plâtre, le gypse est concassé, afin d'obtenir un grain fin. Un outil de criblage, assez analogue au blutoir utilisé dans le concassage des céréales, et sans doute inspiré de là, permet de sélectionner les grains minéraux selon leur diamètre.
Il est à noter que les régions du Sud-Ouest de Musä, du Nord des Kahargal, et de Tor-Keralm sont particulièrement riches en gypse. Des gisements à ciel ouvert sont connus depuis des siècles dans les Kahargal, mais peu exploités (petits besoins donc petites productions !). En Tor-Keralm, de nombreux artisans vivent de creuser la montagne pour récolter son précieux don. Le gypse de Musäest particulièrement apprécié pour la finesse de ses grains. Il a pu donc s'y développer une exploitation du gypse, qu'ils exportent à niveau "local" (vers les pays voisins par exemple, ou au niveau national ; mais le gypse est assez répandu partout en Oneira pour ne pas avoir à en importer outre mesure. A part peut-être celui de Musä, au grain particulièrement fin qui permet des enduits colorés d'une grande finesse !)
On stocke ensuite le gypse concassé dans des locaux ou silos ouverts, qui se présentent souvent sous la forme rudimentaire de canaux creusés dans le sol et plaqués de pierre afin de garantir l'étanchéité du contenant. Il sera laissé à reposer au soleil quelques jours afin d'être bien sec, avant de pouvoir être homogénéisé. C'est à dire que l'on mélange le plus intimement possible les grains afin que le produit obtenu soit prêt au broyage.
Cette étape se passe dans un moulin, où le gypse est soumis à l'action d'une vis sans fin. On trouve également des installations en Tor-Keralm semblables à des meules à farine géantes conçues à cet effet. Une glissière est prévue afin de faire glisser directement le gypse broyé dans le four où on le passe à une cuisson aux alentours de 150°. Cette opération permet d'éliminer les dernières impuretés qui tombent au fond de la cuve du foyer.
La dernière étape consiste à placer le gypse cuit dans un malaxeur, grande cuve munie de battoirs à mains, dans laquelle on le mélange avec des liants, et de l'amidon pour améliorer l'adhésion du plâtre aux surfaces sur lequel on l'applique. Les ajouts durant cette dernière phase varient selon les traditions, les régions, ainsi que les savoirs de l'artisan qui supervise les opérations.
Le plâtre peut connaître différentes utilisations. Son utilisation première est bien sûr comme mortier, permettant des assemblages plus solides que les constructions à joints vifs. Sa principale qualité est la protection des matériaux périssables ; en effet, il résiste bien mieux au feu que le bois. Il peut donc renforcer les points stratégiques d'une construction guerrière, mais aussi les habitats domestiques, aussi bien ruraux qu'urbains. Très apprécié en Ar'Kahargal où le sol est riche en gypse, donc sa production aisée, il permet des constructions temporaires rapides et solides en cas de nécessité. Dans certaines zones susceptibles aux problèmes d'ignition, comme l'Ar'Thard, ou le comté de Layeran au Roban où les éclairs peuvent faire des ravages, le plâtrage des édifices est, s'il n'est obligatoire, une solution vitale pour protéger habitats et monuments.
Aussi bien que comme mortier, il peut être utilisé comme enduit décoratif, en créant des formes, ou comme revêtement extérieur, le coté décoratif étant accessible puisqu'il peut être teinté et donné de belles couleurs aux façades à moindre frais. De plus, le fait que le plâtre soit mélangé sans nécessiter de cuisson à grand feu permet de le teinter par d'autres moyens que l'usage d'oxydes métalliques, fructueux certes, mais bien plus délicat et coûteux que celui de teintures végétales ou animales.
Son utilité décorative est d'autant plus à souligner dans des régions où le bois et la pierre sont rares, permettant le développement d'une architecture construite à moindre frais, composée de plâtre et de briques, parfois même de terres crues, qui peuvent se sophistiquer selon les zones. Les vallées de Tor-Keralm se peuplent ainsi de maisons de bois et de plâtre, où le bois utilisé en colombage n'est que le soutien des cloisons plâtrés. Bon isolant thermique, il peuple les villages de façades chatoyantes, aux couleurs chaudes, qui distraient du paysage minéral du pays.

Extrait de L'Observatoire Alchimique, par Eg-Beilannil.

La chaux


Le nom chaux regroupe plusieurs matériaux de construction, semblables en cela qu'ils sont obtenus par calcination (chauffage puissant) de pierre calcaire. On classe les chaux en deux groupes principaux : la chaux aérienne et la chaux hydraulique. Au sortir du four, elles sont toutes deux classées "chaux vive".
La chaux vive est un matériau dangereux d'utilisation ; le terme "vive" lui vient de son action sur l'eau. Elle se présente sous forme de poudre, et ronge certains matériaux car son manque d'eau constitutif en fait un terrible absorbant. Appliquée sur la peau, même à une dose infime, elle crée un trou par absorption d'eau, d'où la nécessité de la manipuler avec des outils en étain, le corps protégé de combinaisons de cuir bouilli.
La chaux est par exemple utile dans les travaux d'assainissement des marais. Après apport d'eau, la chaux vive devient chaux éteinte. Cette opération diffère selon le type de chaux à mouiller. Dans le cas de la chaux hydraulique, il est nécessaire d'employer la juste quantité d'eau nécessaire, afin d'empêcher la prise du matériau. Pour ce qui est de la chaux aérienne, la quantité d'eau à ajouter est illimitée. Lorsque l'extinction de la chaux vive est finie, on obtient une poudre blanche ; si est ajouté un surplus d'eau, on obtient une pâte blanche.
Notons que lorsque sont mélangées de grandes quantités de chaux et d'eau, la réaction diffuse une grande chaleur, parfois telle que l'eau peut être portée à ébullition et projeter de la chaux, qui est corrosive, bien que moins violente qu'à l'état de chaux vive. Les protections corporelles sont donc recommandées tout le long de l'utilisation de la chaux. Il est également plus commode de verser la poudre dans l'eau, et non l'inverse.
La chaux hydraulique est couramment obtenue par calcination de calcaire auquel est mêlé de l'argile. Présentant moins d'intérêts que sa sœur la chaux aérienne, en raison de la rapidité de sa prise au contact de l'eau, elle est beaucoup moins utilisée, exceptée dans les régions où les ressources ne permettent pas la production de chaux aérienne.
La chaux aérienne est quant à elle obtenue à partir de calcaire le plus pur possible. Sa prise bien plus lente en fait un matériau plus facile à manier que la chaux hydraulique. De plus, lors du séchage, elle devient bien plus dure que celle-ci, peut être du fait qu'elle nécessite moins d'eau pour devenir utilisable. Utilisée depuis les plus lointaines traditions, l'usage de la chaux aérienne est bien connu (on parle d'un secret transmis aux nains par les Eldevan, ce qui leur aurait permis de stabiliser les zones souterraines très humides dans les premiers temps de la colonisation de l'An'Laÿ'Sur). Les artisans savent contrôler le temps de séchage, hydrater savamment les couches d'enduits afin d'optimiser la prise, et prendre en compte les facteurs extérieurs lors de son utilisation.
L'extinction de la chaux vive lors de sa transformation en chaux éteinte aérienne peut être faite de trois différentes manières :
Arroser les blocs de chaux vive en surface, et laisser la réaction se terminer à l'air libre,
Immerger les blocs de chaux vive dans un volume d'eau et laisser la réaction prendre fin à l'air libre,
Immerger les blocs de chaux vive et laisser la réaction se terminer dans l'eau.
Les deux premiers processus permettent l'obtention de poudre de chaux, qui, selon la composition du matériau de base, s'appelle fleur de chaux ou chaux grasse (la fleur de chaux a un grain plus fin et sec). Dans le troisième cas, la chaux éteinte se présente sous forme d'une pâte qui reste utilisable tant qu'elle est immergée, le séchage ne commençant qu'une fois qu'elle est exposée à l'air. Cette chaux en pâte permet un séchage plus lent, la rendant utile dans le domaine de la fresque, quand la chaux en poudre est plus adaptée aux usages du bâtiment (dosage des volumes, mélange plus aisé…).
Une fois mise sous forme de pâte, la chaux peut être employée telle qu'elle, adaptée sur des plaques de construction (bois, pierre, etc). Sur un des fondations de moellons de tuffeau par exemple, elle constitue un bon isolant, et protège cette pierre très tendre des agressions du temps. Elle est malgré tout le plus souvent utilisée sous forme de stuc, c'est à dire mélangée à du plâtre.
Les domaines de l'usage de la chaux ne se limitent pas au bâtiment.
En agriculture, dans certaines régions, les terres acides sont parfois saupoudrées de chaux puis laissées en friche deux ans afin de rendre la terre plus propre à la culture. Cette pratique s'avère assez utile dans le Sud-Est d'Oneira, où les agriculteurs peuvent sensiblement augmenter le rendement de leurs terres par ces pratiques (cette technique a notamment été récemment employée à grande échelle pour rétablir les cultures dans l'Ar'Boeren dévasté par les guerres et la magie).
Dans le travail du métal, ajouter de la chaux à certains minerais lors de la fonte permet de séparer les impuretés du corps métallique.
Utile en urbanisme, elle permet le nettoyage des canaux lors d'inondations, fonte des neiges ou pluies torrentielles, qui charrient parfois cadavres, boues et impuretés dans une eau consommée. La chaux permet en effet de séparer les boues de l'eau. Mélangée à de l'argile, elle augmente la qualité de compression de ce matériau, permettant de construire de solides dalles routières (utile pour l'élaboration de réseaux de communication importants).
Mêlée à très faible dose dans de l'eau, elle peut être appréciée par les guérisseurs pour nettoyer la peau.
On peut également protéger les arbres fruitiers de l'appétit vorace des oiseaux lors de la belle saison en badigeonnant de faibles doses de chaux sur le tronc de l'arbre en question.

Extrait de L'Observatoire Alchimique, par Eg-Beilannil.

Les fibres végétales


Le lin : Plante d'environ 5 pennes de la famille des linacées produisant de la fibre cellulosique libérienne. Cette dernière est extraite de la tige ; la quantité de fibres dans la tige varie d'un lin à l'autre. Le lin le plus utilisé est pour cette raison le lin blanc du Roban, qui en produit le plus. Suivent le lin rose de Per'Dellin et le lin rouge du Daëgen. On trouve des variétés de lin jaune ou bleu dans les pays du sud d'Oneira. La plante est récoltée par arrachage à différents stades de maturité. Les fibres fines sont extraites des plantes jeunes, les fibres épaisses des plantes matures. Les tiges sont ensuite immergées dans des bassins d'eau prévus à cet effet pour le rouissage. Cette opération sépare les fibres textiles du liant naturel.
Le coton : Cette plante annuelle pousse sous trois formes différentes, qui varie selon les climats :
le coton herbacé, le plus courant, mesure 4 pennes de hauteur et se cultive essentiellement au Mirëli et en Alakh'Sun,
le coton arbustif ne dépasse pas une taille et deux pennes et est cultivé dans les pays Nord Est d'Oneira (sutout en Tor-Keralm et Ar'Ollin),
le coton sous la forme d'un arbre atteint environ deux tailles et demie de haut et se cultive exclusivement en Alakh'Sun.
Les graines sont contenues dans une gousse sphérique produisant un duvet qui s'épanouit lorsqu'elle éclate. Cette particularité lui a valu le surnom de "laine d'arbre". Gousses et duvet sont ramassés en même temps. On les place ensuite dans un blutoir pour la phase d'égrainage. On applique un mouvement rotatif au blutoir qui sépare le duvet les graines. On peut ensuite filer le coton.
Le genêt : Fibre extraite de l'arbuste du même nom. Sa robustesse en fait une matière privilégiée pour la confection de voiles des navires. Elle est également très appréciée des mages, car elle s'enchante très bien ; on utilise donc des chutes de tissu de genêt pour entraîner les apprentis mages à enchanter des objets. Sa capacité d'enchantement en fait souvent des supports d'amulettes, ou de sorts de protection.
La jute : Fibre extraite de l'arbuste du même nom. Mesurant de une taille et demie à trois tailles et demie, l'arbuste produit des tiges rigides et fibreuses d'environ 22 éclats de diamètre, d'où est extraite la fibre par martèlement et séparation de l'écorce végétale. Riche en lignine, qui rend la fibre épaisse mais rêche, on l'utilise très peu dans le cadre de l'habillement (à la limite en tissage métis, et encore !). L'usage principal de la toile de jute est la confection de sacs d'emballage et de transport ; la fibre peut aussi faire d'excellentes cordes et boutes. En tant que tissu d'ameublement, son usage demeure limité, néanmoins utile ; la toile de jute est idéale pour le garnissage des sièges et fauteuils. Poussant de préférence dans des zones chaudes, si possible humides, la jute pousse notamment en Alakh'Sun.

Extrait de L'Observatoire Alchimique, par Eg-Beilannil.

Les fibres animales


Les fibres animales principales sont les laines produites par différents animaux ; à savoir principalement les moutons, mais aussi les chèvres angoras du Roban, qui produisent une laine mohair prisée pour sa douceur, la laine de lapin angora de Mar'Ev'Syra, dont la capacité de teinte est la principale raison de son succès, et enfin la laine particulièrement chaude des lommon de Tor-Keralm.
Les caractéristiques principales d'un fil de laine sont la grosseur du fil, sa solidité, son élasticité, et sa régularité. Pour pouvoir transformer la fibre en fil, il convient de passer par diverses opérations de nettoyage, démêlage et affinage.
Première étape : la tonte. Elle s'effectue à l'aide de forces, grosses tenailles coupantes permettant de détacher la toison du corps de l'animal (les plus rudimentaires sont faites de 2 couteaux rassemblés par un ressort). La toison d'un mouton, une fois coupée, se tient d'une seule pièce, tellement les fibres sont serrés et enchevêtrés. Concernant les moutons, cette opération se fait une fois par an, au printemps ; sur les jeunes bêtes, le poil se renouvelant plus vite, on peut espérer deux tontes à l'année. Au Daafeld, où l'exploitation des moutons est importante, l'ouverture de la saison de la tonte donne lieu à trois jours de fête et d'allégresse durant lesquels on élit la plus belle toison, ont lieu des concours de tonte (record détenu par Gabor de Sageoln, avec six moutons en 9min47), et des ventes de laines teintes et de tissus. Cette foire est courue par les tisserands de tout le Nord-Ouest d'Oneira, qui s'y rendent au moins une fois dans leur vie. Pour ce qui est des chèvres, dont la pousse peut atteindre 2 entailles et demie par mois, c'est à l'éleveur de décider des bons moments de tonte, qui peuvent être nombreux selon le climat de la région (plus il fait chaud, le plus souvent on peut tondre). La tonte des lapins est également gérée par ses éleveurs. Les lommon, pour leur part, peuvent être tondus jusqu'à quatre fois dans l'année, mais leur poil pousse de manière irrégulière en fonction des saisons, et les conditions climatiques de Tor-Keralm interdisent toute tonte entre les mois de gilaor et neor.
Après la tonte, les fibres sont classées selon leur qualité. La laine de l'épaule antérieure, des cotés du ventre, et du dos, sont les plus fines. La laine du ventre, du jarret et du postérieur sont les moins bonnes. Il s'agit ensuite de nettoyer la laine des impuretés contenues (le suint, résidu de sueur, la terre, le sable, la paille…) qui sont le plus souvent nombreuses ! Ce lavage demande cinq opérations : le trempage (qui enlève la terre), le dégraissage, durant lequel on peigne la suintine, le lavage à proprement parler, le rinçage, puis la phase de sèche, la plus délicate de toutes. Le juste milieu est parfois délicat à trouver. Trop sèche, la laine est difficile à travailler à cause de l'aeldhara ; trop humide, les fibres sont impossibles à retenir et filer. La suintine récupérée durant le dégraissage est revendue aux apothicaires qui en font d'excellents soins pour la peau ou répulsifs contre les insectes nuisibles.
Les fibres sont ensuite roulées en balles puis envoyées chez les tisserands où elles seront transformées ; avant la filature, deux opérations sont nécessaires : le cardage et le peignage. Durant le cardage (de carde, l'instrument utilisé), la laine est démêlée. On la fixe sur la carde ; il s'agit de cylindres longs, garnis de fines pointes métalliques, auxquels on imprime un mouvement circulaire en actionnant une manivelle. Au Daafeld, un groupe d'alchimistes a fabriqué une carde mécanique, actionnée par un âne, mais elle n'est pas encore très au point. Ces cylindres en tournant permettent de diviser et paralléliser les fibres de laine et retiennent les dernières impuretés contenues. Les fibres sortent de cardage sous forme de "rubans" qui sont ensuite passées dans des peignes de plus en plus fins.
Les fibres sont alors prêtes pour la filature. Des filaments sont extraits de la filasse, rassemblés en mèche et enroulés autour d'un fuseau, petit cylindre au bout duquel pend la fusaïole, qui sert à la torsion du fil. Le fuseau convient à l'usage domestique, ou des petites productions de laine. Dans des contextes plus importants, l'usage du rouet a été adopté depuis plusieurs siècles dans les centres de filature. Cet objet se compose d'une roue, où est enroulé la fibre, que l'on actionne grâce à une pédale, facilitant et accélérant la filature.
Transformée en fil, la laine peut être tissée. Une de ses qualités principales est son exceptionnelle capacité à être teinte.
Ver à soie, par SLo.Concernant les fibres animales, on peut également citer la production de soie ; cette fibre animale est produite par le bombyx du mûrier, à son stade de chenille. La chenille sécrète pour fabriquer son cocon de mue un fil unique de soie brute, mesurant de 3 à 16 jets de long. Ce fil est produit par deux petites glandes séricigènes placées sous la cavité buccale de l'animal. Cette chenille mange jour et nuit, et exclusivement des feuilles de mûrier ; cette alimentation continuelle à ce stade la fait grandir exceptionnellement vite. Après quatre mues successives, elle commence à produire son cocon et se transforme en chrysalide une fois celui ci terminé. Les cocons se localisent autour des branches secondaires du mûrier, souvent cachés sous les feuilles, à leur base.
Huit à dix jours après la production du cocon a lieu la récolte, puis le décoconnage. Les cocons sont triés par taille, qui prédestine la longueur du fil qui sera obtenu. Ce fil est rendu rigide par la ‘bourre' ou le ‘blaze', sécrétion de la chenille afin d'améliorer la solidarité de son cocon. Il va falloir faire tremper peu de temps les cocons dans un bain d'eau additionnée de gros sel afin de favoriser le nettoyage des fils et retirer la bourre.
Les cocons sont ensuite étouffés dans des étuves, aux alentours de 70°, puis transférés dans des cuves d'eau bouillante pour que le grès se ramollisse. Ce bain bouillant va permettre de tuer la chrysalide sans abîmer le cocon. Il est à noter que les chrysalides de bombyx sont devenues des mets prisés dans de nombreuses régions ; en Per'Dellin, on les fait confire dans du jus de betterave pour en faire des friandises, mais ce n'est qu'une utilisation parmi tant d'autres.
Il y a quelques années, des prêtres du culte de la Nature se sont insurgés contre le génocide de masse des chrysalides de bombyx et cherchent depuis infructueusement une solution pour exploiter la soie sans tuer l'habitant du cocon. Les exploitants principaux de la soie leur ont répondu que si massacre il y avait, le bombyx aurait déjà disparu de la surface d'Oneira… ce qui n'a pas pour autant freiné leurs recherches.
Les cocons sont maintenant prêts à passer au stade de la filature ; afin de trouver l'extrémité des fils, les cocons sont placés dans une cuve où on les remue constamment avec de fins balais de paille ou de bruyère, servant à accrocher les fils de dévidage. Ceux ci étant trop fins, on en réunit une dizaine entre eux, puis on les enroule sur des dévidoirs. En refroidissant, le grès les soude entre eux. La soie obtenue sur les dévidoirs est la soie "grège". Elle va ensuite être transférée sur des écheveaux, aussi appelés "flotte" selon les régions.
Cette soie grège n'est pas suffisamment résistante pour être utilisée ; l'étape du moulinage voit le fil subir différentes torsions, selon la qualité désirée, et l'épaisseur du fil utilisé.
Enfin, le décreusage va faire passer la soie grège à l'étape de la soie cuite ; cette opération peut être faite sur les écheveaux, ou après le moulinage. Il s'agit de faire bouillir la soie dans de l'eau savonneuse, afin de décoller le grès restant, qui n'a plus d'intérêt technique, si ce n'est le défaut d'alourdir le tissu. Particularité de la soie, elle doit obligatoirement être décreusée avant d'être teinte.
Les fils métalliques sont produits à base de soie ; on enroule une lamelle de métal précieux, généralement de l'or ou de l'électrum autour d'un fil de soie. Ce matériau est réservé à des productions particulièrement luxueuses ; on l'insère par exemple dans les tapisseries afin de conférer des qualités de brillance au tissu.

Extrait de L'Observatoire Alchimique, par Eg-Beilannil.

La poterie


Lampe à huile en poterie, par SLo.Sous la simplicité d'une assiette en terre cuite, d'un toit en tuiles, ou d'une jarre à grains, se cache une science unique, qui sous son apparence quotidienne parfois fruste peut atteindre un degré de complexité insoupçonnable !
Préparation de la terre à utiliser :
La première étape concerne le ravitaillement en terre. Les terres propices au façonnage sont argileuses ; la couleur de l'argile peut varier selon sa composition. Un fort taux de kaolin donnera une terre plus blanche par exemple ; le fer rougit la terre, le pyroxène la noircit…
Le potier peut trouver de l'argile un peu partout sur Oneira, spécialement au fond des étendues d'eau stagnante, où la terre s'est chargée de longs siècles durant de minéraux. Certaines mines existent également, comme au Daëgen, où un filon de terre kaolinique a été découvert il y a quelques décennies, et est toujours exploité.
La terre est extraite selon les traditions et les régions en "plaques", ou en "boulettes", dénominations qui laissent aisément imaginer le procédé. Pour ce faire, on utilise une sonde, (un long bâton de bois lisse suffit) afin de vérifier la qualité plastique de la terre ; une fois cette opération effectuée, on façonne les plaques/boulettes. Pour la confection de ces premières, on utilise une pelle coudée généralement appelée une "galienne" ; pour ce qui est des boulettes, on prend un étrange instrument dont l'origine demeure inconnue, grande cuillère très arrondie permettant de dégager de grosses boules de terre. Une fois cette opération terminée, les pains de terre obtenus sont placés dans des paniers en osier dont la forme peut varier.
Les prêtres du culte de la Terre conseillent de faire une libation à la terre avant d'en extraire, sans oublier de la remercier des bienfaits qu'elle nous apporte, et de pratiquer cette opération au lever du soleil, à l'heure où la terre se réveille de bonne humeur. Les petits peuples, eux, remercient Maveneva pour son don.
La terre est transportée jusqu'à l'atelier où elle sera pétrie afin de la rendre bien malléable et d'éliminer les bulles d'air. Elle est ensuite immergée dans deux fois son volume d'eau ; suit la longue phase de décantation qui peut durer jusqu'à deux jours pour de gros volumes de terre. Les impuretés vont ainsi se déposer au fond du récipient, sont récoltées, et servent à alimenter les fours de cuisson. Ces impuretés, si on ne les enlève pas de la terre avant son travail, risquent de provoquer des craquelures lors de la cuisson. La décantation achevée, la terre est égouttée ; si elle s'avère trop imbibée, et impropre au façonnage, on la place au soleil sur un linge doux, le temps que le surplus d'eau s'évapore. Si elle est modelable facilement et ne colle pas trop aux mains, on peut passer de suite à la prochaine étape.
Façonnage :
Il existe différentes manières de travailler la terre glaise, dans des ordres de difficulté différents, et selon les traditions utilisées.
Modelage : Le modelage a longtemps été la technique la plus répandue. Il s'agit de l'art de travailler la terre à la main, tout simplement. Cette technique permet des résultats rapides, mais pas forcément aussi lisses et réguliers que des pièces obtenues à l'usage d'un tour (voir ci-dessous). Cependant, des potiers qui consacrent leur vie à l'apprentissage, le perfectionnement et peuvent atteindre des sommets dans l'art du façonnage de la terre. Citons pour exemple Patere-Bannel, célèbre en Arkfeld pour sa production de pipes-sur-pied et de vaisselle de banquets exceptionnelle.
Tournage : Le tournage a supplanté en très peu de temps après sa mise au point la technique du modelage. Le principe est simple et a été inventé (ou plus exactement retrouvé après la catastrophe de l'an 0) en Per'Dellin, vers les années 400 selon la tradition orale. L'importance de cet apport technique est encore visible aujourd'hui dans ce pays où la production de céramique et de terres vernissées est demeurée une part importante de l'économie nationale. Les poteries tournées sont réalisées à l'aide d'un tour, plaque tournante montée sur un pied, qu'on actionne par pédale. On imprime ainsi à la plaque un mouvement rotatif régulier permettant de "monter" la terre de manière symétrique et lisse. La terre doit être régulièrement humidifiée durant le montage. Deux outils sont utilisés durant cette étape : les cars qui permettent de donner sa forme à la pièce, et les tournassins, qui enlèvent le surplus de terre afin de calibrer l'objet. Simple d'utilisation et donnant des résultats rapides, le tour est l'instrument le plus utilisé. De plus il est assez rapide et peu coûteux à fabriquer, et permet la fabrication quasiment en série de vaisselle et de pièces utilitaires.
Colombin : Avec la terre, on façonne des boudins de terre roulée, qu'on appelle colombins. Les colombins sont assemblés à la forme voulue, puis lissés. Plusieurs colombins sont nécessaires au façonnage d'une grande pièce. Cette technique simple et ancestrale permet d'obtenir de beaux résultats, moins fins qu'au tour, mais pouvant être aussi très réguliers.
Plaques : La terre est débitée en plaques épaisses, égalisées en utilisant un instrument de compression semblable à un gros rouleau à pâtisserie. Cette technique assez grossière ne permet guère de résultats bien précis, ni la productions de formes très différenciées. Les plaques sont assemblées par l'usage de barbotine (terre délayée formant une colle) et d'huile de coude.
Moulage : Méthode rapide, précise, et permettant de magnifiques productions, qui plus est en série, le moulage connaît un grand succès, moindre que le tour, mais tout de même… La terre à utiliser dans le cas d'un moulage doit être soit très malléable, soit bien liquide ; dans les deux cas elle nécessite d'être bien pétrie et humidifiée.
Les éléments rapportés : Certains objets doivent être fabriqués en plusieurs fois puis assemblés. Certains éléments peuvent aussi être ajoutés sur la partie principale. Dans le cas d'une cruche, il est nécessaire de façonner la pièce puis d'ajouter l'anse. Sur un vase peuvent être façonnés à part pied, col, embouchure et anses. Les différents éléments sont collés à l'aide de terre délayée qu'on appelle barbotine.
Techniques décoratives :
Estampage : La terre encore crue est décorée par application d'un tampon en relief formant un motif en creux à la surface de la pièce. On peut également tracer des frises décoratives à la mollette (par exemple les décors végétaux des pichets du Damirë).
Décors de terres contrastantes : La terre encore crue est là aussi estampée, mais le creux formé par le tampon est rempli d'une terre délayée, presque liquide, d'une autre couleur que la terre utilisée pour l'objet entier, formant ainsi un décor contrastant. Cette technique est très utilisée pour fabriquer des carreaux de carrelage. Le Daëgen en produit de très beaux.
Terre sigillée : Cette technique s'applique aux pièces moulées. Une fois l'objet moulé, mais avant cuisson, on applique à l'intérieur du moule originel des formes taillées dans du bois de liège. La pièce est replacée sur le socle et le moule refermé. La pièce est ainsi moulée par les éléments rapportés. Ce procédé permet de faire de belles panses décorées en relief (anthropomorphe, zoomorphe, motifs ponctuels, etc.).
Engobe : La pose d'un engobe permet de colorer partiellement ou entièrement un objet. Après une première cuisson, l'objet obtenu est immergé dans de la terre délayée à l'eau et au lait. Ce mélange peut également être teinté grâce à l'ajout d'oxydes métalliques (voir, plus bas, les couleurs). L'objet est ainsi recouvert d'une couche de terre très fine et recuit. Les engobes sont également utilisés à l'instar de la peinture afin de tracer des motifs décoratifs, au pinceau, au calame, etc ; les résultats sont généralement moins fins, puisque cette technique n'est pas évidente à maîtriser, mais permet de réaliser un décor "peint" avec une seule cuisson.
Décors grattés : Ce procédé nécessite la pose de deux engobes. Un premier coloré, le deuxième également (on trouve le plus souvent des engobes rouges posées sur des engobes blanches). Le deuxième engobe apparaît donc à la surface de l'objet et masque le premier. A l'aide de crochets et poinçons, l'artiste va gratter et enlever de ce deuxième engobe, permettant la réapparition de l'engobe précédent, et formant des décors colorés sur la pièce. Certains potiers aventureux ont tenté le triple engobe gratté, nécessitant une réelle maîtrise des cuissons des pièces (les différents oxydes métalliques qui donnent leur couleur à chaque couche ne réagissent pas de la même manière à la chaleur, certains la supportent moins bien quand d'autres nécessitent une cuisson de grand feu).
Décors peints : Les décors peints peuvent être de deux types : la peinture, qui peut être posée avant ou après la mise en place de la glaçure (voir paragraphe suivant), et l'encre, appliquée à l'aide d'un pinceau ou d'un calame. Pour ce qui est de la peinture, toutes les différentes techniques énoncées dans l'article concernant la peinture peuvent être utilisées. L'encre quant à elle, peut être d'origine animale ou végétale. Les encres animales les plus utilisées sont l'encre noire de seiche bien sûr, mais aussi l'encre rouge de cochenille, petit insecte qui secrète cette matière si pratique. L'encre végétale la plus utilisée est obtenue grâce au charbon minéral ou artificiel. On peut également citer l'encre verte de chanvre, obtenue par pression à froid, mais aussi l'encre rouge de garance. La plupart des composantes de ces encres se retrouvent aussi en teintures. Le décor à l'encre est appliqué avant la pose d'une glaçure. Celle ci, en cuisant, migrera dans la paroi de terre, entraînant l'encre et formant des décors brillants et colorés.
Glaçure : Une terre cuite acquiert une grande solidité, d'autant plus lors d'une cuisson à haute température, mais demeure poreuse, à l'instar de la terre crue. La pose d'une glaçure permet de pallier à ce problème pratique, mais également d'ajouter un élément décoratif ; nous venons de le voir, on peut par exemple protéger des motifs à l'encre ou à la peinture sous une glaçure transparente. Cette glaçure est un élément siliceux, donc vitreux, qui, lors de la cuisson, migre dans la terre, créant une couverture imperméable et d'autant plus solide à la pièce. Elle se constitue donc en grande majorité de sable/silice, auquel est ajouté un fondant (soude, potasse…), ainsi que pour le verre, permettant d'abaisser la température de fusion. Sa constitution siliceuse demande évidemment une cuisson à très haute température, entre 800 et 1000° selon le sable employé. Différentes méthodes permettent de poser la glaçure :
Réduite en poudre (fritte), on roule l'objet en terre crue humide dedans afin de faire adhérer l'intégralité de la surface à la substance poudreuse,
Liquide, on peut immerger l'objet en terre crue sèche dans le bain, ou l'appliquer au pinceau.
Généralement est préférée la glaçure totale, bien qu'on ait parfois recours à la glaçure partielle. Par exemple, certaines régions préfèrent cuire les grandes pièces (vases, jarres…) en les retournant sur la lèvre ; glaçurer la lèvre empêcherait le bon déroulement de cette opération. La glaçure est alors posée à l'intérieur de la pièce, à l'extérieur également, mais pas sur le contour de la lèvre, à laquelle on adjoint généralement un revêtement métallique après cuisson. La glaçure peut être :
Incolore et transparente, laissant apparaître la couleur crue de la terre (technique par exemple préférée lors d'usage de kaolin dont la blancheur naturelle est très prisée),
Colorée et transparente, appréciée alors pour mettre en valeur des motifs décoratifs (floraux, végétaux, géométriques…) généralement unis (par exemple les décors noirs sur fond bleu de l'Est de Mar'Ev'Syra),
Opacifiée blanche, grâce à l'usage d'oxyde d'étain, permettant l'obtention de faïence. Cette technique est coûteuse, donc généralement réservée aux grands ateliers, qui produisent des objets et de la vaisselle des cours et des palais. La faïence est notamment courue à la table d'Illéranyne où les convives peuvent se targuer de manger dans des services de la grande manufacture d'Ineilat, dans la capitale lumnienne, aux remarquables décors orange et bleus sur un fond de blanc éclatant. Malgré la maîtrise atteinte par certains ateliers comme celui ci, la faïence, qui peut être imitée par l'usage d'un engobe blanc, est souvent ignorée par les potiers, la considérant comme un cache misère (une glaçure opaque permet en effet de cacher la couleur d'une terre locale moins fine),
Opacifiée et colorée, technique extrêmement difficile à maîtriser, elle n'en est qu'à ses balbutiements ; on raconte que le grand Gadenor (potier dellien) aurait lancé les recherches sur cette technique il y a une quinzaine d'années, peu avant sa mort, en renversant lors de la préparation d'une glaçure à l'oxyde d'étain de la poudre de cobalt, et l'aurait utilisée sans s'en rendre compte, sa vue ayant fortement baissé. Ses disciples et proches auraient comparé le résultat à "du marbre veiné du bleu le plus pur" ou encore "la traduction par la main de l'homme de la grandeur de la pierre dans la force de la terre". Cette première pièce est connue par un dessin de Jivanir, le plus jeune novice alors de Gadenor, qui aurait croqué cette assiette (car c'est une assiette) avant que le maître ne l'envoie dans la fosse à ratés, la qualifiant de "grmgn-de-tiers-de-tale".
Pastillage : Ainsi que dans la technique des éléments rapportés, pour ce qui est du façonnage d'une pièce, le pastillage permet d'ajouter des appliques, des pièces décoratives moulées à part, de petites figures façonnées, une anse délicatement chantournée, bref toutes sortes de décorations irréalisables d'une pièce. L'assemblage se fait également par l'usage de la barbotine.
Extrait de L'Observatoire Alchimique, par Eg-Beilannil.

Le travail du cuir


Cadre de tension, par SLo.Des vêtements quotidiens aux riches coffrets reliés d'ambassade, le travail du cuir est un artisanat, voire un art, essentiel, au même titre que la poterie ou le tissage.
Ce que l'on définit par le mot "cuir" est la peau animale tannée, la rendant imputrescible, souple et solide. Cette propriété en a fait un symbole de l'immortalité dans les cultes du temps. On utilise généralement de la peau de grands mammifères, bovins, ovins, cervidés…, mais le même usage est possible concernant de plus petites bêtes.
La palette des cuirs : Différents usages peuvent être faits du cuir ; il en y a donc différents types :
Le cuir brut, dit aussi cuir vert ou cru ; cette appellation peut être trompeuse, car le cuir brut n'a pas encore été tanné. Il s'agit de la dépouille de l'animal, non traitée. Il serait plus exact d'en parler comme de la peau brute,
Le cuir bouilli, comme son nom l'indique, a été bouilli dans des bains d'herbes, afin de le faire durcir. On l'apprécie notamment pour le petit mobilier (blagues à feld, coffres à bijoux…) et les plaques d'armures, sa rigidité étant alors bien exploitée,
Le cuir corroyé est quasiment exclusif à la cordonnerie ; il a été immergé dans des bains d'eau chaude, mêlée de matières grasses (la suintine peut être assez appréciée pour ce type d'usage, mais n'importe quel corps gras fera l'affaire), puis foulé au pied, l'assouplissant généreusement,
Les cuirs vernis sont des peaux corroyées, sur lesquelles sont appliquées en couches successives un mélange de craie pilée, de noir de fumée, et d'huile siccative (propice au séchage), comme l'huile de genêt, puis finalement enduites d'un vernis,
Les peaux mégissées, réservées quasi-exclusivement au domaine de la ganterie, sont les peaux rendues imputrescibles par immersion dans des bains de sel marin et d'alun,
Les maroquins, peaux de chèvre ou de mouton qui ont été tannées à la noix de galle, sont particulièrement prisés dans le cadre de la reliure ou du plaquage sur âme de bois, en raison de leur souplesse et qualités chromatiques,
Le cuir de battue est celui de moindre qualité (ex : épaules, mollets…), moins apprécié pour ses qualités plastiques que magique ; ces "rebuts" de cuir sont généralement achetés après tannage, soit par les instituts de formation de mages, afin de fournir un support à l'entraînement d'enchantement, soit par les mages artisans spécialisés en artefacts, qui confectionnent ainsi des objets propices à être enchantés,
La croûte de cuir enfin, est obtenue en refendant le cuir pour obtenir l'épaisseur désirée, d'où la technique dite de refente du cuir ; cette croûte de cuir ne possède pas de fleur (coté lisse), ce à quoi on remédie en l'enduisant de vernis.
La procédure de tannage ; transformation de la peau en cuir : Cette peau, récupérée sur les animaux morts, est constituée de trois couches ; l'épiderme, en contact avec l'extérieur, le derme, tissu très serré d'où naissent les poils, et l'hypoderme, tissu beaucoup plus lâche, exclusivement constitué de cellules graisseuses. Différentes étapes sont nécessaires avant l'obtention du cuir :
Le salage : les peaux fraîches doivent en premier lieu être salées pour garantir leur bonne conservation ; comme chacun sait, le sel va boire l'eau des tissus et empêcher la putréfaction. Est préféré dans cet usage le sel de mine à gros grains. Les peaux perdent jusqu'à un dixième de leur poids durant la phase d'élimination de l'eau. Elles sont empilées, afin de faciliter l'écoulement de la saumure obtenue, dans un local si possible humide, afin que l'opération soit lente et la plus favorable à la souplesse des peaux, et un environnement relativement froid pour améliorer leur conservation ultérieure. Cette étape dure une quinzaine de jours dans la plupart des cas ; cependant, des exceptions peuvent subsister. Par exemple, le cuir de lapin angora, particulièrement fin, ne demande une phase de salage qui n'excède pas trois jours, au risque de voir le cuir se parcheminer.
Le dessalage : cette étape est bien sûr consécutive du salage. Elle consiste en un nettoyage des peaux à la pierre ponce, nettoyant l'excédent de saumure qui souille encore les peaux. Elles sont alors examinées pièce par pièce afin de pratiquer un triage, par épaisseur, défauts (cicatrices…), poids, aspect de surface… Les peaux particulièrement marquées par les cicatrices et les motifs de fleur sont confiées avant usage à des experts en dermomancie, qui parfois établissent des prophéties selon les messages inscrits sur les peaux animales. Cette pratique s'est perdue dans certaines contrées comme l'Eranos, mais reste si ce n'est courante, admise, dans bon nombre de pays.
Le travail de rivière : cette phase est en fait une succession de cinq opérations.
Trempage ou reverdissage : trempée dans des bains successifs d'eau chaude, la peau est progressivement ré-humidifiée afin de corriger et retirer impuretés et souillures,
Pelanage : retrait des poils à l'aide de peignes mécaniques actionnés par manivelle, permettant à un seul tanneur de s'occuper de plusieurs peaux à la fois (ce mécanisme très ancien est considéré comme un vestige des sciences d'avant l'an 0, bien qu'histoire et légende soient dans ce cas difficiles à différencier),
Echarnage : retrait du tissu sous-cutané, l'hypoderme,
Confitage : vérification et retrait des résidus d'hypoderme,
Picklage : la peau, toujours putrescible, est re-salée, afin de la conserver et la préparer à l'étape suivante,
Le tannage : c'est durant cette phase que la peau va enfin devenir cuir. Les peaux sont immergées dans des bains de tanins, permettant de passer d'une peau putrescible, sensible à l'eau chaude et hydratée, à une matière imputrescible, résistante à l'eau chaude, et peu hydratée. Ce retrait final d'eau permet de minimiser les mouvements et le travail du cuir ; comme dans le cas du bois, le cuir est une matière organique, sur laquelle agissent les changements climatiques (humidité, chaleur…). Les tanins utilisés sont divers, autant végétaux, que minéraux, ou organiques. Les recettes divergent selon les régions et les ressources naturelles à disposition. Les tanins sont le plus souvent extraits d'écorces de bois. Le chêne est l'arbre dont l'écorce en est le plus chargée (c'est aussi pour cette raison que les vins sont généralement conservés dans des tonneaux de chêne, le tanin étant également utile dans le processus de vinification), mais on en trouve aussi dans le peuplier, le châtaigner…
Le corroyage : il précède les dernières finitions. Les derniers traitements nécessaires sont appliqués à la peau avant de pouvoir en user. Un dernier essorage est nécessaire, puis les épaisseurs sont corrigées, remodelées, poncées, selon les usages auxquels le cuir se destine alors (phase de dérayage). Enfin, la mise en vent consiste en la tension des peaux sur des cadres dans des lieux aérés afin d'étirer les peaux et de corriger les défauts de plis.
La finition : cette dernière étape constitue la définition du type de cuir, selon les catégories décrites ci-dessus (bouilli, mégissé…), conférant au cuir ses propriétés spécifiques (texture, aspect…). Le finissage le plus courant est le finissage pigmenté ; est appliquée une couche de pigments opaque, teintant plus ou moins le cuir, le gardant des effets de l'eau, et permettant un entretien peu fastidieux. Est également pratiqué le finissage mianiline, durant lequel on applique une couche de pigments légèrement opaques (donc pauvres en oxyde d'étain), puis d'une couche de résine translucide, permettant de cacher les petits défauts de surface. Enfin, traitement moins courant, car plus coûteux, et demandant beaucoup plus d'entretien du produit fini, le finissage aniline met en valeur la surface du cuir en l'enduisant d'une couche transparente, lui conférant une luminosité et un aspect très appréciés.
Utilisations principales des cuirs : la cordonnerie, la ganterie, la sellerie et la bourrellerie, la reliure, la fabrication de mobilier et d'artefacts, la confection de vêtements. Tous ces domaines d'utilisation développent des emplois mixtes des cuirs, durant lesquels la matière du cuir est alliée à d'autres matériaux (ex : dans le domaine de la fabrication de meubles, le plaquage de cuir gaufré sur une âme de bois est une technique mixte).

Extrait de L'Observatoire Alchimique, par Eg-Beilannil.

Les chandelles


Chandelle, par SLo.Parmi les indispensables objets de notre quotidien figure la chandelle, qui se dispute selon les régions avec la lampe à huile. Dans le cadre domestique, cultuel, ou encore funéraire, son utilité n'est plus à démontrer.
Produits de fabrication :
Différents produits permettent la fabrication d'une chandelle ; par définition, il s'agit d'une mèche de laine tressée, entourée d'un cylindre combustible, le plus souvent en cire d'abeille ou de porc, parfois de suif, ou encore d'un mélange de cire et de suintine de mouton. La mèche peut elle aussi varier dans sa composition.
La cire d'abeille : Plus courante que tout autre matériau, excepté dans les zones les plus désertiques d'Oneira, la cire d'abeille est considérée comme une bénédiction depuis que les abeilles sont apprivoisées, soit depuis des siècles. Par sa couleur, sa plasticité, et sa facilité d'utilisation, elle est préférée à tout autre combustible dans le cadre de la fabrication des chandelles ; de couleur agréable et limpide une fois filtrée, une cire de belle qualité peut être translucide lors de la combustion. De plus, elle répand une odeur douce, entre le sirop et le miel. Après la récolte du miel, l'apiculteur fait souvent une prière aux abeilles habitant les rayons de cire afin de les remercier et de les prier de quitter cette ruche pour en faire une nouvelle ; il est rare, quand l'apiculteur sait y faire et connaît bien ses bêtes, que ces dernières soient récalcitrantes. La cire récoltée est alors fondue et filtrée à l'aide de tamis. Conditionnée sous forme de bloc, on peut autant l'acheter sous cette forme brute sur les marchés pour un coût assez modique, que se permettre d'acheter les chandelles déjà toutes faites (dans les 2 tales de cuivre).
La cire de porc : Une partie de la graisse récoltée sur le corps porcin permet, une fois chauffée et fondue, de confectionner des chandelles efficaces, mais bien plus grasses, à l'odeur peu agréable quand la cire a été mal préparée. Elles nécessitent plus de surveillance lors de la combustion, et peuvent éclabousser des gouttes de gras autour de leur pied. Cependant, si ce matériau est également beaucoup utilisé, c'est que les cochons sont parfois présents dans des contrées oneiriennes où les abeilles ne le sont pas ; ils produisent une quantité de graisse suffisante pour en faire un matériau très bon marché, et là où certains peuvent se permettre d'importer de la cire d'abeille, d'autres sont bien contents de pouvoir se rabattre sur un produit local.
Le suif : A l'instar de la cire de porc, il est d'origine animale, le plus souvent bovin. Encore meilleur marché que la cire de porc, il est du même coup de plus médiocre qualité ; difficile à travailler, il brûle beaucoup plus vite, répand à coup sur une odeur peu recommandable et risque à chaque souffle d'air de se plier. Le suif est donc utilisé par les couches les plus basses de la société, ainsi que par ceux qui en ont à disposition à profusion, comme les abatteurs ou les bouchers ; dans l'esprit de ne pas gaspiller ce que Délomaque nous offre, il serait dommage de jeter par exigence matérielle une denrée qui s'avère utile.
La suintine de mouton : Récoltée sur la laine de mouton lors de son traitement (cf. article sur les fibres animales), la suintine peut entre autres être utilisée dans le cadre du façonnage de chandelles. Il est cependant nécessaire de la mélanger à une petite quantité de cire, entre un et deux dixième de la masse de suintine utilisée. Sans cela, elle brûle mal ou trop vite selon sa qualité. La suintine nécessite un filtrage très important, sans quoi les impuretés rendent désagréable sa combustion ; les petits traits de laine qui pourraient y demeurer emprisonnés peuvent également créer des perturbations en rentrant en contact avec la mèche.
La pierre à savon d'Aÿnat : Ce produit minéral découvert très récemment, lors de l'ouverture relative du pays, est fusible par chauffage ou immersion dans de l'eau bouillante ; il permet principalement la fabrication de savon, d'où son nom, mais mêlé lors de la fusion à du natron (présent par exemple dans les peaux de poissons), il crée une cire assez intéressante. Malheureusement, le matériau est encore très mal exploité ; il est sans doute encore mal connu faute d'études !
Cires végétales : Différentes plantes permettent la fabrication de cire ou de résine qui s'y apparente ; le pin des hauteurs d'An'Laÿ'Sur ou encore le seve-iste produisent un suc qui s'y prête assez bien. Néanmoins, il est tellement plus simple de se servir des cires animales, qui demandent un traitement moindre, et sont généralement disponibles en abondance, que les chandelles de cire végétale sont bien moins fréquentes, mais aussi plus chères (jusqu'à 8 tales de cuivre pour les chandelles de noce au chèvrefeuille).
De l'usage des chandelles :
L'éclairage est bien évidemment le premier usage, le plus évident, et le plus pratique, des bougies. Tout foyer oneirien en a une réserve en permanence, mis à part bien sur ceux qui préfèrent l'usage d'huile ; ces derniers auront néanmoins toujours une chandelle à disposition dans un recoin de la maison pour une occasion spéciale. En effet, le rôle symbolique de la chandelle lui vaut une place de choix dans la plupart des institutions, qu'elle soit domestique, cultuelle, ou publique. Voyons quelques unes des places tenues par la chandelle dans notre monde ; attention, cette liste est loin d'être exhaustive !
Quelques usages à la maison :
les autels domestiques oneiriens reçoivent au moins une fois par semaine une chandelle, qu'importent sa composition, sa taille, ou sa couleur ; la flamme commémore alors la vie non interrompue dans le foyer et se charge de la faire durer encore bien longtemps
au Sud d'Oneira, le parent ou l'ami de la famille parti depuis plus de quatre lunes se voit accueilli par trois chandelles de couleurs différentes afin de lui témoigner que son souvenir a toujours brûlé dans le foyer pourtant déserté
la présentation d'un enfant dans la maison, qu'il soit un nouveau-né de la famille, ou le petit-fils d'un ami, s'accompagne de l'allumage d'une chandelle de cire d'abeille et du don d'une noix de l'année précédente à l'enfant
dans tout l'Est d'Oneira, il est considéré qu'à chaque fois qu'on doit rallumer une chandelle une feuille s'ajoute sur un arbre ; c'est pourquoi lors des années de moins bonnes récoltes est accompli un rituel lors duquel on allume, éteint, et rallume une chandelle verte jusqu'à combustion des ¾ de sa taille, puis on la laisse se consumer
le décès d'un parent ou d'un proche interdit l'usage de chandelles de couleurs ; toutes celles qui seront utilisées durant les quelques jours qui suivront la mort, l'envol de l'âme, et le deuil, devront être blanches ou écrues (cette teinte est peu difficile à appliquer à une chandelle ; il suffit de glisser un peu d'oxyde d'étain dans la cire durant son filtrage)
le jour et la nuit du passage d'une année à une autre, une chandelle doit en permanence être allumée dans la salle commune du foyer
Du rôle dans le culte :
La plupart des temples des multiples cultes oneiriens préfèrent la chandelle à la cire d'abeille aux lampes à huile, d'abord pour son entretien moindre, mais aussi parce qu'elle se marie bien mieux aux encens souvent utilisés dans le cadre liturgique.
De nombreux temples tiennent à disposition des stocks de chandelles qui sont à la disposition des fidèles à toute heure du jour et de la nuit. Elles permettent d'accompagner les prières ferventes des habitués du culte.
La fabrication de ces chandelles rentre également dans le noviciat de nombreux prêtres, comme les acolytes du culte de la Lumière. Par son utilité évidente, elle symbolise le bien et la lumière apportés par les prêtres aux peuples qu'ils aident.
L'extinction d'une chandelle dans le pronaos d'un temple est considéré de très mauvaise augure ; celle ci est alors refondue pour reconstituer une nouvelle chandelle qui devra être consacrée avant sa combustion.
Lors du décès d'un des fidèles du temple, les prêtres jalonnent le chemin qui relie le foyer du défunt à son lieu d'ensevelissement (ou d'incinération selon les régions) d'un cordon de lumière symbolique, constitué de dizaines de chandelles violettes ; leur rôle est de protéger l'âme récemment séparée de son corps et de faciliter sa renaissance.
De l'usage décoratif :
Si formes, couleurs, odeurs, et usages des chandelles varient, c'est qu'elles ont aussi un rôle éminemment décoratifs !
Formes : Les plus courantes sont évidemment des tubes simples et droits ; néanmoins, l'inventivité de certains artisans permet de créer de véritables œuvres d'art, éphémères certes, mais tellement jolies ! Dans les formes plus complexes, on trouve surtout des chandelles en spirale ; la mèche s'insère alors entre trois (plus rarement deux) tubes de cire nattés conférant un élan voluté à la chandelle. Plus chères, elles se consument néanmoins plus lentement, donc l'investissement récompense l'acheteur. Les cérémonies d'union d'un couple sont généralement éclairées de chandelles pyramidales, symbolisant la stabilité assurée aux mariés. Des chandelles de forme cubique sont fabriquées par les prêtres de la Terre, reproduisant dans la cire un des symboles de leur culte, le carré.
Décors : Il y a deux siècles fut inventé l'évidage de la cire du corps de la chandelle, au Damirë ; rendant la paroi plus fine à certains endroits, la chandelle dure moins longtemps, mais ces évidages créent des jeux de lumière dues aux différentes épaisseurs de la paroi. Motifs floraux ou épigraphiques sont alors privilégiés. Hormis la coloration monochrome, qui revêt elle aussi de nombreuses significations, ont aussi été mises au point des chandelles polychromes. Deux techniques permettent d'obtenir des résultats à plusieurs couleurs : d'abord, entre la fonte de la cire brute et son moulage à la forme désirée, deux colorants différents sont coulés sous forme liquide ou poudreuse ; ensuite, la chandelle peut être façonnée de plusieurs cires aux différentes teintes
L'inclusion permet elle aussi de très beaux résultats ; ainsi, pétales de fleurs séchées, écorces aromatiques brutes ou taillées, verroteries, et des centaines d'autres matériaux, sont placés dans le corps des chandelles. De petits sorts magiques appliqués à la mèche lors de la fabrication de la chandelle permettent de créer des flammes de différentes couleurs, très appréciées du petit peuple ; ces chandelles aux lumières colorées sont d'ailleurs privilégiées durant les fêtes humaines en l'honneur du petit peuple.
Adjonctions : Il ne faut pas oublier qu'un chandelle nécessite un pied, voire parfois une couverture. Ceux ci peuvent devenir de véritables œuvres d'art. Par exemple, au Daafeld sont produits de magnifiques photophores en métal ajouré ; la paroi métallique est découpée de formes qui se projettent lors de la combustion de la chandelle. Autant prisées comme veilleuses de bambins que lors des fêtes, elles sont surtout très appréciées des bardes qui les utilisent pour la mise en scène de contes et spectacles.

Extrait de L'Observatoire Alchimique, par Eg-Beilannil.