La langue d'Ikharian




endant des siècles, la langue parlée en Ar'Nok a été l'Ikharian. Il fut probablement, dans l'ancien Empire d'Ar'Thard la langue des bagnards et des rebelles du Sud-Est qui se réfugièrent derrière les contreforts de la Snedanlay lors de la période de reconstruction qui suivit la catastrophe de l'an 0. Il semble que l'Ikharian ait beaucoup évolué au fil des siècles, avec l'influence du culte de l'Ombre qui a donné une grande importance à certains concepts. Par mimétisme avec le relief (un phénomène courant en Ar'Nok), il semble également que sa dureté ait été accentuée tant au niveau de la prononciation que des concepts majeurs du langage, évoquant souvent la pierre, la rigueur. Lors de son règne, le roi Teurken, redoutable stratège, décida d'imposer l'Oneirien comme langue officielle, en vue de mieux intégrer l'Ar'Nok au sein d'Oneira, et bien sûr d'en tirer des avantages commerciaux et diplomatiques.
On trouve des vestiges de l'Ikharian dans les noms de villes, les noms de personnes, ainsi que quelques mots mêlés à l'Oneirien (par exemple era, en oneirien, rappelle le mot ero en Ikharian, les deux signifiant "feu"). Il existe également de nombreuses similitudes entre l'Ikharian et la langue d'Ilshur, langue sacrée du culte des Ténèbres, ce qui laisse à penser que les deux langages dérivent d'un même langage commun qui aurait été parlé dans le Sud-Est d'Oneira, peut-être avant la Guerre des Gardiens. Il semble également que l'Ikharian possède quelques racines communes avec le Gôlnor des nains. Dans les coins les plus reculés de l'Ar'Nok, les plus âgés parlent encore l'Ikharian, et les érudits de tout le pays continuent d'en perpétuer l'enseignement.



La prononciation


Il convient de noter ici quelques spécificités de l'Ikharian, notamment concernant la prononciation :
L'Ikharian est une langue dure, qui comporte des dentales et des occlusives en abondance ;
"kh" se prononce [k], comme dans "candélabre" ; "th" se prononce [t] comme dans "théologie" ;
"u" se prononce "ou" comme dans "journée". Pour obtenir le son [y], comme dans "menu", il est nécessaire de rajouter des trémas : "ü".
Les diphtongues sont rares : "oi" se prononcera [oy] comme dans "oyez" ; " ai " se prononcera [ay] comme dans "sérail" ; "ou" comme dans "journée", et attention ! "eu" équivaut à un "e" fermé, comme dans "milieu". Pour obtenir une diphtongue, il est nécessaire de rajouter des trémas sur le "i", le "u" ou le "e" : [ai] s'obtient donc en écrivant "" ; [oi] en écrivant "" etc.
A noter également : lorsque "an" n'est pas suivi d'une autre phonème (qu'il soit vocalique ou consonantique), on obtient la nasale [ã] comme dans "élégant". On prononcera donc "Illirian" : [iliryã], mais "Arandrekh" : [arandrek].



Quelques racines courantes et quelques concepts culturels


al : La racine al signifie "haut", "élevé". On a dérivé de cette racine de nombreux concepts et construit beaucoup de mots, comme alkh(a) qui signifie "debout", "dressé(e)", aldia qui signifie "noblesse" et est le substantif de ald(a) qui signifie "noble". La racine al est ainsi employée dans un vaste champ lexical concernant la richesse ou l'aristocratie, comme dans maaraldia qui signifie "couronne". De al on a aussi formé la racine alg qui fait référence au domaine céleste et a donné, par exemple, alga qui signifie "étoile".

tha et ma : Tha et ma sont deux racines très productives en Ikharian, faisant référence à deux principes antagonistes : tha correspond à la verticalité, à la perpendicularité, à la ligne lorsqu'elle est droite, à l'actif et au masculin ; ma exprime au contraire l'horizontalité, la rondeur, la ligne lorsqu'elle est courbe, la passivité et la féminité. On a dérivé de ces racines de nombreux mots et concepts (il est par ailleurs intéressant de noter que tha qui exprime une certaine forme de droiture et de rigueur rappelle le nom "Thard" et pourrait ainsi faire écho aux principes du culte des Ténèbres mais aussi à ceux de tout l'Ar'Thard). Ainsi, la racine ma a créé maar qui signifie "cercle" et dont on a dérivé, par exemple, maaraldia (avec la racine al mentionnée plus haut) qui signifie "couronne". Autre exemple, le mot kamma signifie "gemme" ou plus exactement "cabochon" en Ikharian, un cabochon étant une gemme arrondie et polie, d'où l'emploi de la racine ma qui appelle la notion de rondeur. On pourra encore mentionner le mot magor qui signifie "fruit" et a donné magora qui signifie "moisson", "récolte". Dans ce cas, ma est utilisé dans le sens de féminité et évoque la fécondité propre au féminin.

néh et déh : Ces deux racines sont probablement la notion la plus délicate à saisir pour un oneirien qui ne connaîtrait pas les fondements du culte de l'Ombre et voudrait apprendre l'Ikharian. Le mot néh signifie en effet "esprit", et le mot déh signifie "intellect", "intelligence". A partir d'eux et du participe présent rem du verbe ren qui signifie "aller", "avancer", on a formé néhrem (du verbe néhren qui signifie littéralement "faire marcher son esprit") et déhrem. Néhrem se rapporte à l'esprit "en mouvement", "en marche", "en action", et désigne un travail spirituel, un travail de méditation, tandis que déhrem évoque un travail intellectuel ou une réflexion intellectuelle. L'Ikharian, sous l'influence du culte de l'Ombre, a séparé ces deux concepts qu'il conviendra de ne pas confondre.

teun : La racine teun renvoie aux concepts de rigueur, de discipline, de fermeté, de droiture (à la fois de l'esprit, du coeur et du corps). Le concept de teun est une base absolument essentielle dans le culte de l'Ombre ; il correspond à l'"attitude", à la posture mentale que prêtres et aspirants du culte de l'Ombre doivent adopter au quotidien. Il s'oppose à nedeun qui signifie "mollesse", "laxisme".

ga : Le mot ga signifie "tête" en Ikharian, toutefois, le culte de l'Ombre lui a apporté un double sens très particulier en ce qu'il considère que le front, gala, est l'interface du corps avec le ciel et les étoiles, et évoque aussi Lorr'Bok, le dieu de la mémoire, du savoir, de l'alchimie, qui est l'un des trois visages de la divinité Tre'Nera'Kar. Toucher son front est par ailleurs un geste rituel qui accompagne bon nombre de prières, y compris celles qu'on adresse à Délomaque. A partir de ga on a encore formé gaal qui signifie "casque" (peut-être avec la racine al, mentionnée plus haut, qui évoque la hauteur, l'élévation, mais aussi le domaine céleste), ou encore gan qui signifie "chef", mais aussi, par un dérivé, galat qui signifie "frontière".

k(h)a et len : Dans un pays où les ressources minières sont la presque totalité des richesses, il est intéressant de noter la distinction opérée entre la racine len qui signifie "pierre", "roche", et la racine ka ou kha (le h étant souvent éliminé dans l'Ikharian moderne) qui évoque les pierres rares et précieuses. Ainsi, kha a donné khal qui est une pierre précieuse brute, non taillée, et khalna qui est un joyau, une pierre précieuse travaillée. On pourra mentionner aussi kamma qui signifie "gemme", "pierre précieuse polie" (avec la racine ma mentionnée plus haut). Par extension, kha et len ont été utilisés pour la formation de mots correspondants à certains concepts associés. Ainsi, la racine kha peut évoquer la finesse, l'élégance de l'esprit (par exemple alkh qui signifie "debout", "dressé", reprend la racine kha et le concept d'élégance ; on n'utilisera jamais kha dans le domaine des objets pour lesquels on emploie alors le mot dhir), et len la stabilité, comme dans lénir qui signifie "immobile", "immuable", "paisible". Enfin, il est intéressant de noter la quasi similitude entre la racine Ikharianne kha et le mot Gôlnor nain kar qui signifie "grand" mais est également la racine à partir de laquelle sont formée de nombreux noms de pierres précieuses (karan, qui signifie "grandiose" mais également "diamant", kardûn, qui signifie "émeraude", etc...). La même ressemblance se trouve d'ailleurs avec l'oneirien kahr qui signifie "pierre".

eln : La racine eln n'est pas la racine la plus emblématique de l'Ikharian (loin s'en faut !), mais il convient de la mentionner car elle a donné naissance à un vaste champ lexical. Ainsi, eln signifie "végétal", "plante", et a donné entre autres, elnar qui signifie "jardin", elna qui signifie "fleur" et elnad qui signifie "arbre". Si eln fait référence au domaine de la nature, on peut remarquer qu'on l'associe souvent dans le langage courant à d'autres termes pour exprimer la beauté, la richesse, le caractère rare d'une chose, probablement parce qu'après l'an 0 et la bataille de la Snedanlay, la nature fut longue à reprendre ses droits en Ar'Nok où l'agriculture reste encore aujourd'hui plutôt rare et difficile.

is : La racine is se rapporte à ce qui est effilé, rapide, pointu, un concept qui fait écho à de nombreux domaines, comme le relief du pays tel qu'il a été avant l'an 0 (on sait que le massif de la Snedanlay a perdu la moitié de sa hauteur lors de la guerre de l'an 0 et qu'il était alors un paysage de hauts pics acérés), la vivacité des esprits, appréciée dans le culte de l'Ombre, ou encore tout simplement les objets importants de la vie des rebelles dont l'Ikharian a été le langage, à savoir les armes. Ainsi, la racine is a donné isit qui signifie "aiguille", iset qui signifie "flèche", ou encore isred qui signifie "épée" et isdar qui signifie "poignard".

dhir et dat : Les mots dhir et dat sont très souvent employés comme suffixes donnant à une même racine un sens opposé ou au moins très différent. Dhir signifie "fin", "précieux", en opposition à dat qui signifie "vil", "grossier". Ainsi, on pourra donner en exemple deux mots formés à partir de en qui signifie "gris" : endhir qui signifie "argent" (le métal, littéralement "gris précieux") et endat qui signifie "fer" (littéralement "gris vil").

loth : La racine loth correspond à ce qui pèse, véhicule l'idée de poids, de pesanteur. En Ar'Nok où la vie n'est pas toujours facile, on la retrouve dans de nombreux noms de famille ou noms de villes et de lieux. Ainsi, la racine loth a donné les mots daloth qui signifie "poids", et le verbe dalothen qui signifie "peser", mais aussi galoth qui signifie "fardeau". Par dérivation de sens, à partir de cette même racine, on a aussi construit le mot lotha qui signifie "chagrin", "peine", "affliction".



Quelques notions de grammaire


Langage humain dégagé des préceptes chamaniques apportés à l'oneirien par les clans, l'Ikharian distingue le féminin et le masculin. On indiquera le plus souvent le féminin par l'ajout d'un e ou d'un a à la fin du mot.
La plupart des verbes sont composés d'une racine nominale à laquelle on ajoute le suffixe -en (par exemple avec daloth qui signifie "poids", on fait dalothen qui signifie "peser". Le particpe présent est marqué par la transformation du suffixe -en en -em.
Sans être une règle absolue, le contraire d'un mot est parfois marqué par l'ajout du préfixe ne(d)-. Par exemple, teun signifie "droiture", nedeun signifie "mollesse".



Lexique


al : haut, élevé (voir l'article plus haut)
ald(a) : noble (de al)
aldia : noblesse (de al)
alga : étoile (de al)
alkha : debout, dressé (de al et kha)
ara : rouge
arth(a) : grand(e), fort(e), imposant(e)
ast : Est (direction)
aster, astr- : situé à l'Est, occidental (de ast)
beld : cheval
beldar : chevalier (de beld)
daloth : poids (de loth)
dalothen : peser (de daloth, avec le suffixe en qui indique le verbe)
darn : ombre
dat : vil, grossier (voir l'article plus haut)
déh : intellect, intelligence (voir l'article plus haut)
déhrem : réflexion intellectuelle (de déh et rem)
déj : joli, aimable, avenant
dhél(a) : pur(e)
dhir : fin, précieux (voir l'article plus haut)
dyr : victoire, triomphe
eder : bleu
elard : écaille
elardon(a) : écailleux(se) (de elard)
eln : végétal, plante (voir l'article plus haut)
elnad : arbre (de eln)
elnar : jardin (de eln)
elnar : fleur (de eln)
en : gris
endat : fer (de en et dat)
endhir : argent (de en et dhir)
epen : longtemps, parfois aussi "ancien" ou "éternel"
erath : coeur
erathos : bravoure, courage (de erath)
ero : feu
eroda : flamme (de ero)
erom : foyer (de ero)
eth : métal
étharan : cuivre (de eth et ara)
ga : tête (voir l'article plus haut)
gaal : casque (de ga et al)
gala : front (de ga)
galat : frontière (de ga)
galoth : fardeau (de ga et loth)
gan : chef (de ga)
ghën : croix
ghënord : carrefour (de ghën et orda)
guél(a) : brun(e)
id : jaune
is : effilé, rapide, pointu (voir l'article plus haut)
isdar : poignard (de is)
iset : flèche (de is)
isit : aiguille (de is)
isred : épée (de is)
ka, kha : pierre précieuse, rare (voir l'article plus haut)
kamma : cabochon, gemme (de k(h)a et ma)
kar : face, visage
khal : pierre précieuse brute, non taillée (de kha)
khalna : joyau, pierre précieuse travaillée (de kha)
la(e) : petit(e)
len : pierre, roche
lénir : immobile, immuable, paisible (de len)
léo : port
loth : ce qui pèse (voir l'article plus haut)
lotha : chagrin, peine, affliction (de loth)
ma : horizontal, rond, ligne courbe, passif, féminin (voir l'article plus haut)
maar : cercle (de ma)
maaraldia : couronne (de ma et aldia)
magor : fruit (de ma)
magora : moisson, récolte (de ma)
malen : pierre posée horizontalement (de ma et len)
nedeun : mollesse, laxisme
néh : esprit (voir l'article plus haut)
néhren : "faire marcher son esprit", méditer (de néh et ren)
nera : trois
orda : route
rem : allant (participe présent de ren)
ren : aller, avancer, marcher
reth : forteresse
roth : tour
rys : lumière, éclat
talt : étoffe, drap
talta : drappé
téla : loin, lointain
teun : rigueur, discipline, fermeté, droiture (voir l'article plus haut)
tha : vertical, perpendiculaire, ligne droite, actif, masculin (voir l'article plus haut)
thalen : pierre posée verticalement (de tha et len)
tre : dieu