Méliadies des terres d'Oneira




'est à Feon de Meyl que nous devons la première classification des méliadies, et l'oeuvre de sa vie fut fréquemment tournée en dérision par ses propres pairs de son vivant, ainsi que par les profanes. Force est de constater que nul ne veut voir mises sur le banc des accusations des affections dont les effets sont souvent qualifiés de bénéfiques par ceux qui en font l'expérience, mais il est néanmoins de notre devoir d'alchimistes d'étudier scrupuleusement le monde qui nous entoure. On ne critique pas le botaniste qui se consacre à l'étude des roses de préférence au chardon, ni le zoologiste qui rédige un traité sur la grandeur des dragons au détriment des sangsues. Le but du présent ouvrage sera de présenter une liste aussi exhaustive que possible des méliadies qui affectent les êtres à travers tous les pays et d'en relever avec exactitude les symptômes - bons, pour la plupart -, et les éventuelles conséquences.
Le mot même de "méliadie" évoque très clairement la croyance populaire dans les bienfaits de ces affections : betum en oneirien n'est-il pas dérivé de bet qui signifie "mieux", là où tout au contraire setum, "maladie", vient de sed, qui signifie "moins" ? Les maladies seraient donc des affections qui amoindrissent les hommes, là où les méliadies, au contraire, les améliorent. Je pense pour ma part que la réalité est plus complexe, et que les symptômes des méliadies sont subtils et méritent d'être étudiés. Au risque de voir une partie de mon lectorat refermer d'ores et déjà le présent ouvrage pour ne plus l'utiliser que comme cale-porte, j'irai jusqu'à affirmer que maladies et méliadies sont une seule et même chose : un dérèglement du corps et de son harmonie, dû soit à l'exposition à un foyer infectieux (le rhume et la bardéole sont tous deux le produit d'un coup de froid, de même que le choléra comme la forcérite naissent de la consommation d'une eau souillée) soit à un événement individuel de nature à provoquer ce déséquilibre (l'intelligite par exemple résulte du choc d'un changement d'environnement, tout comme un individu pourra développer de l'urticaire ou des palpitations dans certaines circonstances éprouvantes pour ses nerfs).
On ne peut contester les effets des méliadies sur l'organisme : ils sont physiques et tangibles et méritent d'être surveillés, sinon traités. Même si les natures les plus optimistes tendent à le nier, le guérisseur comme le patient ne doivent jamais oublier que certaines méliadies peuvent dégénérer sous une forme aiguë aux lourdes conséquences, tout comme un rhume non soigné peut évoluer en pneumonie sévère. Si une seule preuve devait encore être apportée, je mentionnerais celle-ci : la fièvre, indice incontournable que le corps est en lutte, est un symptôme manifeste de pratiquement toutes les méliadies connues. Cela devrait suffire à convaincre tous les guérisseurs qu'une méliadie, en dépit de ses effets positifs ou agréables, ne doit pas être traitée à la légère. À l'adresse des patients, j'ajouterai ceci : profitez de votre méliadie avec mesure et raison, sans bouder ces simples conseils : ne négligez ni le repos ni l'hydratation, sous peine de voir une méliadie bénigne se transformer en maladie. La frontière est mince.

Extrait du Nouveau Traité des Méliadies, par Eg-Suren.



La forcérite


La forcérite (ou dagitum, de dajin, force, et tumeron, phénomène) est une affection méliorative grave et potentiellement mortelle si non surveillée, qui touche les humains, les badilim ainsi que les Clans à l'exception des sced (mais la forcérite affecte les minotaures de façon particulièrement virulente). Selon les plus probables hypothèses, la méliadie apparaît suite à la consommation d'eau saumâtre ou d'aliments souillés, et son développement est favorisé chez les patients sujets à la tension nerveuse et à l'accablement, ce pourquoi la forcérite apparaît fréquemment dans des contextes de guerre ou de cataclysme (on se souviendra notamment de l'épidémie de forcérite qui toucha l'Ar'Kahargal et le Roban après le grand tremblement de terre de 986). Transmissible par contact avec la salive et toutes les sécrétions liquides (sang, sueur, urine...), la forcérite est très contagieuse depuis l'apparition du symptôme de force jusqu'à disparition de la fièvre, favorisant son développement épidémique.
Longtemps considérée par la croyance populaire comme une méliadie enviable aux effets uniquement bénéfiques, la forcérite ne doit en aucun cas être prise à la légère : l'on sait aujourd'hui que sa conclusion peut être mortelle et que ses effets secondaires à long terme peuvent être graves.
L'apparition de la forcérite est graduelle chez la plupart des sujets et débute par une fièvre légère dès le premier jour de la méliadie. Les jours suivants, le patient est gagné peu à peu par une sensation de bien-être et de force à laquelle s'ajoute une augmentation considérable de l'appétit. Les premiers "événements de force" surviennent dans un délai de quatre jours après le commencement de la fièvre, qui augmente progressivement. À son apogée, la forcérite se distingue par les symptômes suivants :
Symptôme de force : le patient devient plus fort, sa capacité musculaire est nettement accrue (doublée selon certaines études), non physiquement - la musculature n'est pas réellement développée - mais dans ses effets.
Boulimie et polyphagie : le patient ressent une faim intense et permanente et consomme de la nourriture à l'excès et sans satiété.
Fièvre intense : la fièvre modérée des premiers jours s'intensifie, mais comme dans la plupart des méliadies, elle ne gêne normalement pas le sujet.
Excellente eupepsie : en dépit du volume de nourriture ingéré, le patient digère étonnamment bien ; on a rarement observé de cas d'intoxication alimentaire chez un sujet atteint de forcérite, peu importe la qualité de sa nourriture ; le patient reste cependant sensible à la plupart des poisons.
Vertiges : chez certains patients peuvent survenir de légers étourdissements qui sont à surveiller particulièrement, ces sujets ayant une tendance supérieure à développer une forme plus sévère de la méliadie.
Un épisode de forcérite dure une moyenne d'une à deux semaines en fonction des efforts fournis par le patient et de l'assouvissement de sa faim (plus il utilise sa force et mieux il mange, plus longue sera la méliadie). La fièvre est le premier symptôme à disparaître, rapidement suivie de la diminution de la force. La sensation de faim est la dernière manifestation de la forcérite à se résorber, parfois jusqu'à dix jours après les autres symptômes.
Comme pour la plupart des méliadies, il n'existe pas de véritable remède à la forcérite, la plupart des guérisseurs considérant - à raison dans la plupart des cas - qu'une méliadie peut être endurée sans médication pour peu que le patient veille au respect de certaines recommandations. Dans le cas de la forcérite, il conviendra ainsi de mesurer l'apport de nourriture en évitant de consommer de trop grandes quantités en une seule fois : préférer manger un peu tout au long de la journée favorise une dissipation rapide du symptôme de faim après guérison (ce conseil vaut également pour les deux semaines qui suivent la fin de la méliadie !). Afin de limiter les conséquences néfastes consécutives à la guérison, le patient sera également bien avisé de ne faire que des efforts raisonnables durant sa méliadie, de boire beaucoup et de veiller à son repos. Enfin, chez les minotaures, la forcérite doit impérativement être traitée par un repos complet dès l'apparition des premiers symptômes.
Dans certains cas sérieux et si les recommandations mentionnées ci-dessus n'ont pas été suivies, les symptômes (et les conséquences) de la forcérite empirent : augmentation de la fièvre jusqu'au délire ; augmentation de la force qui devient impossible à maîtriser (le patient ne la mesure plus et brise la plupart des objets qu'il tente d'attraper) ; augmentation de la faim et apparition d'ulcères en conséquence (ce dernier symptôme entraîne la mort dans plus de la moitié des cas). Dans ces cas de forcérite sévère, contraindre le patient au repos immédiat et intégral.
Il arrive que la forcérite devienne chronique chez certains patients, surtout les plus jeunes : après guérison, le sujet conserve une force légèrement supérieure à la normale et continue de manger beaucoup. Le surpoids est quasi systématique dans ce cas.
Certaines conséquences de la forcérite dans sa forme ordinaire valent d'être mentionnées. Après guérison et durant plusieurs jours, le patient peut endurer de légères courbatures et une sensation de faiblesse, dues au "retour à la normale" ; chez certains (la plupart du temps des sujets masculins exerçant des métiers physiques, ou des sujets âgés qui ont retrouvé un certain allant durant la méliadie), une phase de dépression légère peut également survenir. Dans la plupart des cas, la prise de poids est inévitable, la sensation de faim durant plus longtemps que le symptôme de force et le patient ingérant une nourriture qui n'est plus consumée par l'effort. Pour finir, et dans l'espoir d'en terminer enfin avec certaines idées reçues, la forcérite ne cause en aucun cas une augmentation du volume musculaire, tout comme il est inepte de considérer qu'un homme ou une femme à la musculature particulièrement développée le doive à un épisode passé de forcérite.

Extrait du Nouveau Traité des Méliadies, par Eg-Suren.

L'intelligite


L'intelligite (ou finelitum, de fineli, intelligence et tumeron, phénomène) est une méliadie bénigne concernant les humains, les grands petits peuples (essentiellement gnomes et farigans), les badilim et les sagittaires (mais aucun autre Clan). Même si certains facteurs semblent favoriser son apparition (un changement d'environnement par exemple), on ignore encore exactement ce qui la déclenche, d'autant que cette méliadie n'est absolument pas contagieuse.
L'apparition des premiers signes de la méliadie s'accompagne en général d'une période de deux à trois jours durant laquelle le sujet connaît des rêves intenses et complexes dont le souvenir est persistant au réveil. A cet épisode de rêves succède immédiatement un épisode de calme, voire de mutisme dans certains cas, appelé "période d'observation".
La fin de la période d'observation marque la manifestation des premiers véritables symptômes de l'intelligite. Ceux-ci sont parfois difficile à identifier ; l'on suppose d'ailleurs que la majorité des cas ne sont pas diagnostiqués. Outre l'augmentation des capacités mentales (capacité à résoudre des problèmes complexes notamment) l'intelligite se distingue par les manifestations suivantes :
Légère euphorie, sensation de motivation, voire fébrilité,
Dans certains cas, tendance à l'insomnie,
Dans certains cas, impatience et irritabilité légère,
Dans certains cas, bien plus rares, augmentation de l'ouïe (il est à noter que certains guérisseurs contestent ce fait, arguant qu'il s'agit d'hallucinations auditives).
L'intelligite est une méliadie bénigne et ne nécessite aucun traitement particulier. On peut cependant administrer au sujet des tisanes apaisantes pour favoriser son sommeil et diminuer les éventuels symptômes d'irritabilité.
Au bout d'un à deux mois, les symptômes disparaissent (subitement ou progressivement selon le cas). La prudence recommande alors de surveiller le patient, car la guérison de l'intelligite s'assortit couramment un épisode dépressif dont la durée est égale à celle de la méliadie, et dont l'intensité est proportionnelle au gain d'intelligence.
Sans que l'on sache pourquoi, l'intelligite commune évolue occasionnellement sous sa forme aiguë, dite "génie pur". L'intelligite aiguë se manifeste par une aggravation de tous les symptômes de l'intelligite commune et dure de trois jours à une semaine. L'intelligence est très fortement augmentée, le sujet se montre extrêmement fébrile, irritable, légèrement fiévreux et ne dort plus du tout. Il n'est pas rare que ces symptômes soient accompagnés de phases de délire grave durant lesquelles le patient affirme être investi d'une mission vitale qui doit être accomplie d'urgence. Il n'existe pas de traitement à l'intelligite aiguë, sinon laisser le sujet agir en laissant à sa disposition eau et nourriture en abondance (certains ont tendance à oublier de se sustenter) et en veillant à son bien-être général. L'épisode prend fin suite à l'épuisement complet du patient qui tombe de sommeil. À son réveil, tous les symptômes auront disparu, y compris ceux de l'intelligite commune. L'on pourra noter l'existence de quelques cas de décès par épuisement, mais dans les faits cela reste extrêmement rare. Plus dangereuses, en revanche, sont les dépressions consécutives à l'intelligite aiguë, notamment si la méliadie a progressé jusqu'au délire : le patient doit impérativement être suivi et surveillé, car les tentatives de suicides sont alors fréquentes. Dans les rares cas ou l'intelligite aiguë a mené à une découverte ou un accomplissement jugé satisfaisant par le patient (rappelons le cas célèbre de l'artefacteur Bomenor dont l'épisode d'intelligite aiguë a permis la fabrication de la prodigieuse Dorithareln en Ar'Anena), la période de dépression peut ne pas se manifester ou s'avérer très modérée. Après quelques jours, les souvenirs liés à une phase de délire s'estompent presque totalement chez le sujet.

Extrait du Nouveau Traité des Méliadies, par Eg-Suren.

La vigilie


La vigilie (ou faruntun, de farun, veille, et tumeron, phénomène) est une méliadie bénigne qui concerne les humains, les badilim, les grands peuples magiques, les lubeun et les sagittaires. On ignore ce qui cause exactement l'apparition de la vigilie, mais le guérisseur Num-Narmin, en mettant en lumière la fréquence supérieure de la méliadie dans les régions de marais et de lacs a supposé en 1048 dans une publication digne d'intérêt qu'elle pourrait trouver son origine dans la piqûre de certains insectes infectés des milieux humides. La vigilie est peu contagieuse mais peut se transmettre par contact prolongé avec un sujet infecté.
L'apparition de la vigilie est brutale et sa guérison, toujours spontanée, l'est tout autant. La méliadie dure systématiquement cinq jours ; aucun cas de vigilie prolongée n'a jamais été rapporté. Elle frappe toutes les populations sans distinction d'âge et peut être contractée de nombreuses fois par un même individu, l'organisme ne semblant développer aucune forme d'immunité.
Les symptômes de la méliadie sont nets et faciles à identifier ; ils sont au nombre de quatre :
Absence complète de toute sensation de fatigue,
Insomnie totale,
Fièvre importante mais non gênante,
Le dernier jour : légères difficultés de concentration.
Après cinq jours, le patient connaît une disparition subite de tous les symptômes, sans contrecoup notable, sauf chez les populations les plus sensibles qui nécessitent plusieurs épisodes de repos prolongé pour une guérison complète.
La vigilie est l'une des méliadies les plus bénignes, ce pourquoi on ne lui connaît aucun remède, mais il convient de se montrer vigilant lorsqu'elle est contractée par une personne âgée, un très jeune enfant ou une femme enceinte : le surcroît d'activité engendré naturellement par la vigilie peut affecter ces patients. Le contrecoup inexistant pour les populations saines est néanmoins conséquent pour les personnes âgées - comme mentionné plus haut - qui peuvent également être victime de troubles cardiaques graves. Plusieurs cas d'arrêt du coeur ont également été rapportés dans le cas de jeunes enfants. Les femmes enceintes, dès l'apparition des symptômes de la vililie, doivent se contraindre à un repos complet et garder le lit, sans quoi leur grossesse pourra se solder par une fausse-couche dans près de la moitié des cas ou un accouchement prématuré si la mère est proche de son terme ; des activités calmes peuvent toutefois être menées sans aucun risque.

Extrait du Nouveau Traité des Méliadies, par Eg-Suren.