Economie et société de l'Edanel




vant de débuter mon tour d'horizon sur l'économie et la société de l'Edanel, je tiens à dire deux choses. La première, c'est qu'il est obligatoire, lorsque l'on lit un article sur les ressources de l'Edanel, de se représenter la taille du pays, qui est plusieurs fois celle de l'Alakh'Sun. Bien entendu, nous n'avons pas de carte détaillée - d'autant que les géographes de Laiirna n'ont bien sûr pas accès à l'Edanel - mais nous connaissons approximativement le pays : il est immense. La deuxième chose, c'est que je tiens à remercier mon collègues du département d'Économie spécialisée dans l'étude des betteraves de l'Aÿnat pour le magnifique cadeau qu'ils ont offert à ma jeune épouse - un parchemin extensible.
Le décor est en place, la pièce peut se jouer. Il nous faut maintenant nous intéresser aux acteurs, et nous continuerons notre étude par une description de la pièce proprement dite. Lorsque cette description sommaire sera achevée, nous verrons rapidement quels sont les atouts de l'économie et de la société de l'Edanel, et quelles en sont les faiblesses. Mais signalons que tout ce que nous allons citer ici sont des sources peu fiables (ou bien la hiérarchie religieuse de l'Edanel, ou bien des espions d'autres pays) ; beaucoup de données ont en outre été reconstituées par de nombreux départements de l'Université à partir de fragments de données, de mythes religieux et de rumeurs. Le lecteur voudra bien excuser une documentation si peu assurée : nous ne pouvons pas accéder à d'autres renseignements.

a société de l'Edanel se présente comme une entité complexe, composée de plusieurs grands blocs (en schématisant à l'extrême, quatre) parcourus par une ligne de fracture fondamentale qui est la division hommes-femmes, qui se retrouve d'ailleurs dans beaucoup de sociétés, mais de façon moins remarquable, et, parfois, inversée. Ces quatre blocs - qui ne sont pas homogènes d'ailleurs - sont la caste supérieure (pour les femmes : les prêtresses, pour les hommes : la noblesse), les gens libres (soldats, administrateurs, commerçants, etc.), les serfs et les esclaves. Menons une étude au cas par cas.
Les esclaves représentent sans doute près de 20 % de la population. Ce sont des hommes - uniquement - pubères, et en aucun cas des enfants ou des femmes. Il s'agit la plupart du temps de prisonniers de guerre (l'Edanel est en guerre permanente, contre le Roban - pas ces dernières années -, contre les nains de Tulkhar, et contre les peuples des Kahargal), ou d'hommes dont la foi en Korin était vacillante. Bref, toujours d'hommes adultes ou adolescents qui ont quelque chose à voir avec ce qui est dénoncé comme "hérésie". Le culte de l'Edanel, voué à Korin, considère que ces hommes ont été séduits par des idoles mensongères, et qu'ils ont été faibles en succombant à cette séduction ; ainsi l'esclavage est-il justifié : ils ne sont plus des êtres humains, puisqu'ils ont failli à Korin. Notons que les femmes (et les enfants) qui sont coupables des mêmes "crimes" sont simplement réduites au servage, car elles sont considérées comme supérieures à l'homme, et capables de s'amender et de se retourner vers la vraie foi. Les esclaves accomplissent diverses tâches relativement ingrates. Ce sont eux qui oeuvrent dans les mines des monts Kahargal, où ils sont soumis à des conditions de travail épouvantables - un nombre énorme y meurt, semble-t-il - ou qui, selon certains bruits, seraient les victimes sacrificielles des cultes de Ghor célébrés par la Reine elle-même dans l'intimité du sanctuaire. Il semblerait que les esclaves n'aient d'autre issue à leur condition que la mort. Leur contribution à la richesse du pays est immense, puisqu'ils fournissent la quasi-totalité des minerais extraits, qu'il s'agisse de fer ou non, mais aussi du marbre, du charbon...
La classe supérieure, de peu peut-il nous sembler, mais ce peu représente tout simplement la vie, est la classe des serfs. Un serf est une personne qui peut disposer en droit de sa propre personne - le serf n'est pas enchaîné par une corde - mais qui, en fait, ne le peut pas, car il doit travailler pour un seigneur qui le "protège", ce qui recouvre une réalité moins attrayante : le serf est astreint à des travaux pénibles - souvent dans l'agriculture - et la majeure partie du produit de son travail lui est ôté sans autre compensation que la vie sauve pour le seul profit de la noblesse et de la hiérarchie du culte. Un serf dépend en fait corps et bien de son seigneur, et celui-ci a droit de vie et de mort sur celui-là. En outre, tout serf est censé exécuter un ordre provenant de son seigneur - ou d'un de ses supérieurs - ou de toute prêtresse. Les serfs constituent approximativement 40 % de la population ; la condition de serf se transmet automatiquement de mère en fille (et en fils), et le déclassement social vers le haut est rare, et ne récompense que celles (ce ne sont jamais des hommes) qui ont fait montre de grandes qualités. Les femmes et les enfants prisonniers deviennent la plupart du temps des serfs - pour les prisonniers de marque, un traitement de faveur est réservé. Le serf est au-dessus de l'esclave pour plusieurs raisons : d'abord, il dispose d'une vie privée, familiale, il a un petit lopin de terre (généralement moins de 1ecL., soit assez pour subvenir à des besoins criants) - et encore, pas dans toutes les régions - et une masure à lui, il récupère tout de même une certaine partie de son travail (moins de 15 % sans doute, mais l'esclave, lui, n'a rien), il peut toujours espérer un déclassement social pour ses enfants et, surtout, il n'est pas traité comme une simple force de travail jetable, contrairement à l'esclave qui est pressé jusqu'au bout de ses forces puis abattu - sauf en période de pénurie d'esclaves, où les autorités prennent garde à ne pas les "user" trop vite.
C'est à partir de la couche supérieure que la distinction hommes-femmes prend de l'importance, même si la supériorité des femmes est présente chez les serfs, comme l'a montré admirablement le professeur Bol-Dryen dans son ouvrage La domination féminine, par le droit, les mentalités, les comportements instinctifs, la division du travail entre deux époux, etc. En effet interviennent dans la couche suivante deux catégories de personnes : celles qui exercent des postes de responsabilité, et celles qui obéissent aux ordres. Les postes de responsabilité, exceptés dans l'armée et la noblesse (c'est là plus variable), sont toujours détenus par des femmes, les subordonnés étant les hommes, ou bien des serves. Les postes les plus honorifiques, donc ceux qui sont le plus féminins, sont les postes où l'intelligence ou l'habileté prime sur la force, laissée aux hommes ; cela rejoint l'idéal de la femme, analysé dans l'ouvrage cité ci-dessus, qui est une femme belle, intelligente, fervente croyante en Korin, et manipulatrice. La femme ne doit pas exercer des tâches brutales, qui sont du domaine de Ghor, donc dégradantes : Korin est du côté de la grâce, et du cérébral.
La catégorie des gens libres est la plus diverse. Nous étudierons séparément les hommes et les femmes. Les hommes occupent des fonctions subalternes dans l'administration (ils remplissent des papiers, exercent des tâches ingrates), forment le gros des troupes armées, sont aussi des artisans, notamment des forgerons, ou travaillent le bois, la pierre, etc. Ils sont aussi maçons, domestiques, éleveurs de bétail, marchands de chevaux, tanneurs, pêcheurs, etc. En somme, ils exercent tous les métiers jugés avilissants par les femmes. Au niveau de la considération, un homme libre est plus haut placé qu'une serve, car personne - sauf une prêtresse - ne peut lui donner d'ordres, et il est protégé par un certain nombre de lois contre les seigneurs : il peut ainsi se saisir d'un tribunal en cas d'atteinte à sa liberté. Notons d'ailleurs que ces tribunaux, exceptés dans les grandes villes, sont le plus souvent à la botte du pouvoir local. Lorsque la Reine décrète la Guerre de Korin (ça ne s'est encore jamais produit, mais les textes sacrés nous renseignent là-dessus), tous les hommes libres sont tenus d'entrer dans l'armée, alors que seule une partie des femmes doit s'engager, afin de permettre une continuité dans les affaires du pays. Ce sont aussi les hommes libres qui sont les contremaîtres des esclaves.
Les femmes libres sont au-dessus des hommes libres dans l'échelle sociale. Si leur fonction dans l'appareil de production est sensiblement la même - producteur indépendant, membre d'une administration -, leur capacité de pouvoir est plus grande : les femmes libres occupent les meilleures places dans les administrations, elles sont les préceptrices d'enfants de riches couples, orfèvres, tailleuses, officiers, commerçantes, etc. On estime que les femmes libres d'Edanel sont en moyenne 2,3 fois plus riches que les hommes libres - il faut garder à l'esprit que le droit de l'Edanel n'autorise pas un homme à hériter, que le patrimoine se transmet de mère à fille, et que les unions n'établissent pas la mise en commun du patrimoine des époux. La plupart des femmes libres ont reçu une instruction, et environ 15 % savent lire et écrire (on écrit très peu en Edanel, les livres sont très rares : la tradition se transmet oralement), contre seulement 2 % des hommes libres. Les femmes libres ont en outre le droit d'imposer le divorce si leur mari est convaincu d'adultère. Il faut d'ailleurs remarquer que c'est la femme qui a en charge l'éducation de l'enfant à partir de huit ans ; les premières années, où l'enfant est jugé incapable d'adorer Korin, sont laissées au père seul. Les jeunes filles sont soustraites dès leur quatorzième année à la présence du père et des frères, pour ne pas souiller leur caractère féminin naissant avec les pulsions de Ghor, et la jeune fille doit rester chaste jusqu'à sa dix-septième année - le mâle qui transgresse cet interdit est impie, et exécuté sans autre forme de procès, alors que la jeune fille sera reléguée à des fonctions de service dans un Temple de province. La catégorie des gens libres représente approximativement 30 % de la société, dont au moins 65 % de femmes.
La dernière catégorie sociale, qui rassemble moins de 10 % de la population, est désignée généralement sous le terme générique "élites". Elles sont principalement de deux types, séparés par la barrière cultuelle, mais unis par des liens fort. Ces deux élites différentes correspondent aux deux différents sexes, et ont des places très symboliques. Aux femmes le culte, qui domine tout le pays, et aux hommes la temporalité (la Reine est à part, et n'est pas un élément d'étude représentatif). Bien entendu, ces deux élites ne sont pas homogènes, loin de là : au contraire, elles sont organisées de façon très hiérarchisée, fonctionnant par strates distinctes et séparées par un fossé quasi-infranchissable - la tradition cultuelle et mondaine. Notons que la place des femmes et celle des hommes sont radicalement différentes. Les hommes constituent le gros de la noblesse, et possèdent par conséquent les moyens de production (ils sont propriétaires des terres, des esclaves, etc. ; c'est à eux que le serf doit obéissance...) : par là ils s'inscrivent dans la production matérielle. Les femmes, par contre, s'inscrivent dans un schéma tout à fait inverse, puisque le Culte n'a pour ainsi dire pas de possessions propres et utilisables dans la production : elles sont véritablement une élite - tandis que la noblesse est plutôt une classe. Étudions maintenant - de manière synthétique - ces deux groupes séparément.
La noblesse est la classe supérieure grâce à sa position dans l'appareil de production : le noble ne produit pas, il consomme ; il ne travaille pas, il ordonne. Il est impliqué dans des réseaux de liens forts avec une multitude de personnes : d'autres nobles (rapports de force), des marchands, des membres de la caste des hommes libres, voire avec des serfs. Il est soumis à des liens juridiques qu'il ne contrôle pas avec toutes les classes et avec le culte ; enfin, il est subordonné à la hiérarchie du culte. Le noble est très souvent un très gros propriétaire foncier et a des revenus importants qui lui servent à financer des troupes. La noblesse manifeste une obéissance sans égale vis-à-vis de la hiérarchie du culte - d'autant plus forte que la plupart des nobles sont liés, ou l'ont été, à une prêtresse par ce lien spécial que nous n'avons toujours pas compris -, ce qui la conduit naturellement à sa position de bras armé de Korin (il faut d'ailleurs noter que tous les rapports entre les deux castes supérieures sont dictés par les textes sacrés et sont interprétés en fonction d'un schème binaire Korin-Ghor). La noblesse se conçoit elle-même comme une excroissance du culte, et par là se sent éminemment au-dessus des autres classes ; il faut noter que la noblesse est sans doute la seule classe, mis à part la hiérarchie du culte, dont la foi soit presque indéfectible, alors qu'elle est plus vacillante dans les autres classes, notamment chez les serfs - sans parler des esclaves.
En règle générale, il y a peu - c'est rarissime - de femmes nobles, car les filles des nobles vont toutes en apprentissage dans un Temple ; un enfant naît noble lorsque son père est noble, et sa mère prêtresse - les bâtards sont rattachés au mieux à la caste des hommes libres. Il est très difficile pour un homme libre d'accéder à la noblesse, et pourtant cela se produit quelques fois par génération, ce qui permet à la hiérarchie du culte de faire taire les contestations des basses couches en montrant du doigt ceux qui ont été désignés par Korin. La noblesse est astreinte à des rituels et à des codes très stricts, notamment en matière d'amour ; par exemple le noble doit être dévoué à la prêtresse qui l'a choisi - il est de toute façon éperdument amoureux d'elle - et n'a pas le droit de fréquenter d'autres femmes, fussent-elles esclaves, sans en demander l'autorisation à sa maîtresse.
La hiérarchie du culte est un domaine encore mal connu. On sait qu'elle se décompose en plusieurs strates (novices, prêtresses, préceptrices, érudites, hautes prêtresses) mais nous savons mal quels sont les secrets que connaît chaque strate, quels sont ses privilèges, etc. Les prêtresses côtoient la plupart du temps la noblesse et la caste des hommes libres, plus rarement les serfs, et jamais, ou presque, les esclaves ; on trouve quelques prêtresses, rares, qui vont prêcher dans d'autres royaumes - elles sont les seules à pouvoir sortir de l'Edanel sans autorisation, à part les soldats en guerre. Du point de vue du recrutement, une prêtresse doit être obligatoirement issue de la noblesse, car il s'agit de la classe distinguée par Korin comme digne de la servir et de recevoir en elle - pour les hommes - la puissance de Ghor. La puissance de la hiérarchie du culte se fonde sur deux piliers essentiels : la répression et la récompense. La récompense vient à ceux qui se conforment aux lois du culte, qui ont la foi, qui accomplissent de hauts faits. La répression s'appuie aussi sur les lois du culte, et vient sanctionner tous ceux qui dévient ; la hiérarchie a réussi à faire régner un esprit de terreur, grâce à l'incertitude qui pèse sur l'existence d'un groupement légendaire du culte : la Volonté de Korin. Elle peut prendre des formes diverses, toutes infamantes et dangereuses. Par ce double pouvoir, la hiérarchie impose sa discipline à toute la société, et le prêtresses sont les personnages les plus influents de l'Edanel : leur parole a force de loi, et seule la parole d'une prêtresse supérieure vaut plus.
Avant de passer à l'étude de l'économie de l'Edanel, concluons en rappelant deux traits fondamentaux de la société du pays : la coupure hommes-femmes qui se retrouve partout, les femmes étant placées au-dessus, et le caractère prépondérant et absolu du culte qui règle tous les rapports sociaux.

assons rapidement sur le système économique, qui est très divers mais, hormis cette diversité, relativement banal : on trouve une classe d'esclaves qui exerce les métiers les plus pénibles, une classe de serfs qui dispose d'une maigre portion du fruit de son travail et qui est essentiellement constituée de paysans, la classe des hommes libres - tous les artisans en sont - et la classe noble, qui est le sommet de l'appareil de production.
Du point de vue de la dualité production-consommation, on peut dire que, pour la plupart des gens, l'Edanel est un système autosuffisant : le pays produit largement de quoi satisfaire les besoins courants de nourriture, de fournitures. Seule une infime minorité importe des denrées qui ne se trouvent pas dans le pays, denrées de luxe généralement, ou bien matériaux de construction précieux pour les temples (le plus souvent par le biais de la Yenva ou, depuis 1018, du Roban).
On comprend aisément pourquoi il est vital pour l'Edanel de produire ce qui est nécessaire : le pays, étant donné le caractère radical de sa politique extérieure - subordonnée à la lutte du culte - ne peut se permettre de dépendre de l'extérieur, avec lequel il peut entrer en conflit à tout instant. L'autarcie n'est donc pas un simple état de fait, mais une nécessité économique, politique et cultuelle. Les seuls produits importés sont par définition superflus : les rares qui les consomment peuvent s'en passer. Ces produits sont d'ailleurs importés parce qu'il n'y a aucun moyen de les produire en Edanel, ni de conquérir aisément les lieux de production qui se trouvent souvent à l'autre bout d'Oneira...
La base de la production est l'agriculture. L'extrême majorité des serfs travaille dans ce secteur, ainsi qu'une part importante des esclaves ; en outre, un certain nombre d'hommes libres dirigent une ferme. On distingue plusieurs régions pour l'agriculture : les deux lacs sont des réservoirs incomparables de nourriture poissonneuse, et sont emplis en permanence de flottes de navires de pêche. L'intérieur du pays, constitué de montagnes érodées, est plutôt consacré à l'élevage - notamment de moutons et de chèvres, avec production de viande, de laine, de fromage, de lait - ou à la culture d'arbres fruitiers, d'oliviers ou de vigne - la production de raisins est immense.
Les techniques de culture sont très peu modernes, notamment à côté de celles employées dans les pays de pointe comme l'Alakh'Sun ; par conséquent, la culture est très extensive. L'importance de l'espace cultivable, sans équivalent en Oneira, explique que l'Edanel n'ait jamais eu à moderniser ses façons de faire ; d'ailleurs, comme tout ce qui vient de l'étranger est suspect pour les prêtresses, des techniques plus efficaces et productives auraient eu du mal à s'implanter. Quoiqu'il en soit, la productivité moyenne par hectare est, selon les simulations du professeur Manys, seize fois inférieure à celle de l'Alakh'Sun, et la productivité moyenne par paysan cinq fois inférieure.
L'industrie du pays est essentiellement regroupée dans deux grands pôles. Le premier est l'extraction minière : extraction de charbon dans les montagnes dites "vieilles" (arrondies par l'érosion), et, dans les hautes montagnes du Nord et de l'Est, extraction de marbre, de fer, de minerais divers. Notons que les hautes montagnes sont très riches en minerais, et la teneur en minerais précieux augmente au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans ce massif : cela explique les efforts que déploie l'Edanel pour conquérir ces montagnes et pour éradiquer les habitants des Kahargal, car exploiter ces gisements leur permettrait de subvenir à leurs besoins, et de ne rien importer du reste d'Oneira. Le deuxième grand pôle industriel est l'artisanat ; il se répartit à peu près également sur l'ensemble du territoire, avec une légère tendance à la concentration dans les villes - rien que de très traditionnel. On trouve des artisans de toute sorte dans tous les villages. Par contre, il n'y a pas, comme c'est par exemple le cas en Alakh'Sun, de manufactures en Edanel, ce qui montre une certaine arriération. Cela se comprend, dans la mesure où il y a une hostilité au progrès déjà évoquée, qui se double dans ce cas d'une haine de la science, désignée sous le vocable peu flatteur de "Pourriture masquée". Les artisans sont des hommes (ou femmes, bien entendu) libres ; ils transmettent leur savoir à un ou deux apprentis (rarement plus), qui doivent acheter leur apprentissage et réaliser une ¼uvre avant de pouvoir parcourir l'Edanel afin d'apprendre de nouvelles techniques, puis de pouvoir s'installer à leur compte. Souvent un apprenti reprend l'atelier de son maître à la fin de son parcours - les artisans prennent généralement leur apprenti lorsqu'ils sentent la fin approcher.

ans nous attarder plus longtemps, passons à l'élément le plus intéressant de cette étude, c'est-à-dire l'examen des forces et des faiblesses du système économique et social. Pour schématiser, je dirai que la grande force du système est son culte, qui maintient toutes les divisions hiérarchiques en place et qui structure les mentalités. Le culte permet en effet d'imposer une tension incassable (dirait-on) entre les groupes d'individus. Sa faiblesse principale, c'est sa rigidité : dogmatisme cultuels, voire obscurantisme, refus de remettre en cause les structures archaïques, hostilité totale à l'extérieur, négation de la modernité...
Nous avons donc un pays immense, aux ressources formidables, qui, bien géré et dirigé par une structure comme l'Université de Laiirna, deviendrait en une dizaine d'années la première puissance économique et démographique d'Oneira, et par la suite rapidement une super-puissance militaire et diplomatique. Mais l'Edanel semble condamné au rôle qui est le sien tant que ses dirigeants n'auront pas pris la peine d'ouvrir les yeux ; or l'emprise ddu culte semble être de plus en plus forte avec le renouveau apporté par la Reine Maeliane.
Je veux en conclusion donner mon opinion, qui est brutale : l'Edanel court à sa perte, car il est dirigé par une caste théologico-militaire totalement coupée des autres classes de la société, et leur domination sur celles-ci va en s'appesantissant. De plus, le pays risque de se trouver en arrière des autres pays d'ici quelques dizaines d'années en raison de son incapacité à intégrer le changement, alors que nous sommes entrés dans une période de grands progrès scientifiques. Cela risque de favoriser les tensions vives entre les différentes classes de la société, notamment entre les élites et les serfs qui supportent de plus en plus mal les contraintes croissantes qui pèsent sur eux.
La situation ultérieure de l'Edanel risque fort d'être instable. C'est la chance des autres pays, et de l'Alakh'Sun en particulier, qui ont là une occasion de se débarrasser une fois pour toutes du culte dément qui règne là-bas. Sachons ne pas la perdre.

Article du professeur Pen-Ratöen de l'Université de Laiirna,
paru en 1039 dans l'Écho de Laiirna.