Culture et société du peuple Nelgan




Deux exemples de motifs traditionnels nelgans.

Sur les lieux où trouver les Nelgan


e nom même de Nelgan paraît étranger aux habitants du sud-ouest oneirien, car on n'y vit jamais un Îlombre. Nomade, ce peuple dédaigne pourtant les terres nouvelles et n'erre qu'entre les deux pays dont l'histoire l'a rendu esclave : l'Ar'Thard et l'Ar'Anena. Au fil de la dérive de l'Ar'Anena, les Nelgan ont progressivement agrandi leur territoire vers le nord. Ainsi, on les croisera en Musä, en Ar'Thard et en Ar'Boeren, en Ev'Syra et en Ar'Lumn, en Ark'Kaena et au Daafeld. Depuis quelques siècles, ils s'éloignent davantage du sentier jalonné de pierres dressées qu'ils appellent la Route d'Ielena pour gagner l'Ar'Kalyven (on comprendra aisément pourquoi les sciences du Temps et de l'Histoire les fascinent) en passant par le Per'Dellin.

Sur les Nelgalir


ommunauté unique à l’origine, peut-être de quelques centaines d’âmes, les Nelgan sont aujourd’hui divisés en nombreux groupes (peut-être deux à trois cent), appelés Nelgalir, qui comptent en général vingt à trente membres, parfois plus. Il n’est pas rare que, se croisant, les Nelgan quittent leur groupe d’origine, seuls ou accompagnés de leur proche famille, pour voyager un temps dans un autre Nelgalir qui profitera ainsi de ses dons particuliers. Les Nelgan ont connu de nombreuses périodes de persécution qui les ont rendus prudents dans leurs relations avec les populations sédentaires : ils n’hésiteront pas à poursuivre leur voyage de nuit s’ils ne se sont pas sentis accueillis avec bienveillance à l’étape prévue, et nul ne sait lever le camp plus vite qu’un groupe de Nelgan.
Un Nelgalir est en général composé d’une famille considérée comme la maîtresse du groupe dont l’homme le plus âgé est le « Nelgon », le maître du Nelgalir, à laquelle s’ajoutent une ou deux familles de moindre importance en nombre et en influence et plusieurs membres solitaires qui généralement ne rejoignent le Nelgalir que de façon temporaire. Le titre de Nelgon se transmet de préférence de mâle à mâle, sauf à défaut de garçon ou si l’héritier renonce à son titre et n’a pas de frère. Il arrive cependant qu’un Nelgon décide pour une quelconque raison de prendre comme héritier un membre de sa communauté qui n’est pas de son sang.

Sur la réputation des Nelgan et leurs métiers


es Nelgan peuvent aujourd'hui se réjouir d'avoir fait la paix avec tout Oneira et profiter d'une réputation qui, si elle fut difficilement acquise, ne leur fait plus défaut. La plupart des oneiriens s'entendent sur les qualités des Nelgan : on les tient pour pacifiques (c'est le fondement même de leur peuple) même s'ils sont aptes à se défendre en cas d'agression, travailleurs (ils n'hésitent pas à aider aux tâches les plus rudes et ne cessent jamais de perfectionner leurs connaissances ni leur art, quels qu'ils soient), amicaux et enjoués (c'est au moins le cas des Nelgalir les plus sociables, ceux qui se sont spécialisés dans les arts du spectacle tels l'acrobatie, la danse, la musique, la poésie, etc. et sont également, de fait, les mieux connus). Qui connaît davantage les Nelgan saura leur reconnaître d'autres valeurs : la noblesse de cœur et d'âme, la justice et la moralité, la compassion à travers laquelle ils veulent rendre hommage à Kaena, une grande pondération associée à une profonde notion de la prudence.
Contrairement aux idées reçues, les Nelgan brillent dans de nombreux domaines autres qu'artistiques. Ainsi, leur artisanat du cuir et du tissu gagnent à être connus (les nelgannes réalisent des tissages et des broderies de toute beauté tandis que les hommes détiennent les secrets de teinture d'une extraordinaire qualité) ainsi que celui du bois : rares sont les Nelgan qui ne sont capables d'esquisser une statuette ou un jouet dans un morceau de bois à l'aide d'un simple couteau. Même si les Nelgan pratiquent le troc depuis toujours afin de se procurer ce qu'ils ne peuvent produire eux-mêmes, depuis quelques années, de nombreux Nelgalir ont développé leurs sens du commerce à une plus grande échelle, sûrement grâce à l'influence dellienne. Il est ainsi de plus en plus courant de les voir s'arrêter au cœur des villages pour proposer des produits venus des différents pays qu'ils traversent au cours de leurs incessants voyages.

Sur la noblesse


a notion de noblesse est présente et importante parmi les Nelgan et remonte à Asthar qui fut le premier à rassembler dans la clandestinité ceux qui finirent par fuir l'Ar'Thard à la poursuite d'Anena et de la promesse de paix de Kaena. Prince de sang thardien lui-même, Asthar se vit appeler Roi des Nelgan dans les premières années qui suivirent son exil de l'empire. Il n'eut qu'un fils qui hérita de son titre en même temps que de certains de ses dons particuliers, et ce fils engendra les cinq familles nobles des Nelgan : les Ginn, les Eidar, les Bartas, les Dialn et les Arsh. Comme les Nelgan se marient presque exclusivement entre eux, pratiquement tous peuvent prétendre descendre d'Asthar aujourd'hui, mais seuls sont considérés comme nobles ceux qui ont hérité des Yeux d'Asthar, soit le don de seconde vue. De nos jours, le roi Liem est ainsi à la tête de tous les Nelgan. Dans les faits, ce roi n'est guère différent de tous les autres Nelgan dont il partage la vie et le feu jour après jour, mais il préside les rares rassemblements de son peuple et endosse le rôle de porte-parole privilégié de son peuple, notamment en Ar'Anena. C'est également à lui que revient la très difficile tâche d'exécuter le Leikelw, le sacrifice des Frères.

Sur la famille


ommunauté et famille sont au cœur de la société nelganne. Chaque naissance est dignement célébrée et les membres du Nelgalir préparent pour le nouveau-né des présents cousus de fil bleu et rouge destinés à le protéger. Seules les naissances gémellaires sont accueillies dans le chagrin. Le roi, aidé du don des Yeux d'Asthar, se met en quête du Nelgalir où une telle naissance a eu lieu et il lui appartient de mettre à mort les enfants, car les Nelgan considèrent que des jumeaux, s'ils venaient à grandir, précipiteraient leur peuple dans les affres de la malédiction d'Ar'Thard. En général, les Nelgan se soumettent à cette coutume appelée Leikelw ou sacrifice des Frères, à une exception près : si le père des enfants n'est ni thardien, ni anenien, ni nelgan, la mère peut quitter son peuple et sa famille pour les élever. Elle sera alors bannie à jamais et le plus souvent maudite afin de protéger la communauté.
Le jeune Nelgan est invité très tôt à partager la vie de la communauté : les enfants partagent le feu des adultes la nuit et s'endorment tandis que les autres chantent, racontent des histoires, réparent de menus objets et vaquent en général à toutes les tâches nocturnes de semblables communautés. Dès sa deuxième année, le Nelgan se voit assigner de menus travaux à accomplir, notamment dans le cadre de la levée du camp, et son apprentissage commence : on lui enseigne l'Histoire d'Oneira et de son peuple, la généalogie d'Asthar, les connaissances propres à sa famille, les arts des mots et de la musique, la science des plantes qui soignent et qui nourrissent, etc. Aussi tôt que possible, on orientera le jeune Nelgan vers le domaine dans lequel il montre les meilleures dispositions. Si possible, le Nelgalir s'enrichira pour un temps d'un maître pour l'enfant s'il en croise sur sa route. Dans d'autres cas, c'est le jeune Nelgan qui voyagera momentanément avec un autre groupe dans lequel il apprendra un métier.
Les Nelgan se marient généralement entre eux, non à cause d'un rejet des autres cultures, mais parce que rares sont ceux capables de s'adapter à la rudesse de leur vie (et comme chacun le sait, les Nelgan ne peuvent demeurer longtemps sédentaires) et la famille est une notion primordiale de leur culture. Chaque Nelgan aura à cœur de représenter dignement sa famille et de veiller sur son honneur, quitte à renoncer à ses propres désirs. La fratrie compte plus particulièrement, et il est rare qu'un Nelgan quitte son Nelgalir s'il doit laisser derrière lui un frère ou une sœur. Cet attachement est probablement issu de la difficulté que connaissent les nelgannes à mener une grossesse à terme : il est ainsi rare qu'elle donne naissance à plus d'un, voire deux enfants, aussi des frères sont incités dès leur plus jeune âge à s'épauler et à se protéger mutuellement.

Sur l'apparence et la vêture des Nelgan


'apparence, les Nelgan sont demeurés très proches des thardiens : ils ont la peau pâle, facilement tavelée de taches de rousseur, les cheveux noirs, les yeux de couleur foncée (gris, vert, bleu, parfois tirant sur le violet, très rarement marron), sont grands et élancés, avec des visages minces aux traits bien dessinés. La ressemblance est accentuée par leurs vêtements qui, même s'ils sont adaptés au voyage, restent en général noirs, rouges et bleus, aux couleurs de l'Ar'Thard. Le blanc, très salissant mais gage de promesses (c'est la couleur de l'Ar'Anena), sera plus volontiers porté lors d'occasions festives comme les mariages et les naissances, et les jeunes femmes aiment en arborer sous la forme de dentelles et de rubans que les garçons jouent à saisir au vol lors des danses du soir.

Sur la vie de nomade


es Nelgan voyagent dans des roulottes tirées par des chevaux la plupart du temps, par des bœufs ou des ânes dans certains groupes. Les roulottes, sur les parois desquelles on a installé fenêtres et volets, sont généralement peintes en rouge et bleu et ornées de complexes décorations noires et blanches, parfois seulement ornementales, d'autres fois utilitaires : pictogrammes de protection ou d'invitation, etc. Sur les roues pleines, on peint traditionnellement quatre quartiers : un noir opposé à un blanc, un bleu opposé à un rouge. Cette figure, la roue à quatre quartiers, est également le symbole du peuple Nelgan : le noir fait référence à l'Ar'Thard et à Dar, le blanc à l'Ar'Anena et à Kaena ; le bleu et le rouge symbolisent quant à eux de nombreuses notions duales : le remerciement et la quête, la vie et la mort, le bonheur et le chagrin, le jeu et le travail… Par la roue, symbole de recommencement, les Nelgan espèrent réconcilier un jour leurs deux pays.
Tout est prétexte à s'arrêter pour une pause dans le voyage des Nelgan : un signe dans le ciel, une occasion mineure à célébrer, la rencontre d'une maison accueillante ou la vue d'une pierre levée. Les Nelgan prêtent également assistance à toute personne dans le besoin qu'ils viendraient à rencontrer : ainsi ils s'arrêtent fréquemment dans des villages en cas d'épidémies ou de catastrophes des plus diverses, ou encore prêtent main forte à des travaux comme la fabrication d'un pont ou d'une maison. Certains Nelgalir se spécialisent dans les acrobaties et les arts du spectacle et donnent des spectacles très appréciés ou jouent de petites pièces, souvent comiques ou romantiques. Leur art du verbe est très apprécié et les jeux de mots nelgans font souvent longs feu, mais leurs contes et leurs chants sont particulièrement renommés.

Sur les coutumes du peuple Nelgan


u sein de la famille, la flamme revêt une importance symbolique : au front de chaque roulotte est accrochée une lanterne qu'on garde allumée jour et nuit et sur laquelle une personne est chargée de veiller, en général un jeune homme. Il s'agit d'une promesse de continuité, un symbole de constance auquel tient tout le peuple nelgan. La tradition de la flamme vient d'Asthar qui, selon la légende, conserva toute sa vie une chandelle allumée pour guider l'âme de son aimée Loelen jusqu'à lui. L'extinction de la lanterne est un sombre présage pour les nelgan et évoque la mort d'un être proche ou l'arrivée d'un événement funeste. Le feu du campement est traditionnellement allumé grâce à la lanterne du Nelgon.
Un geste coutumier des Nelgan sera de couvrir leur front à l'aide de leur main droite pour conjurer le sort ; il s'agit vraisemblablement d'exorciser la crainte de voir son esprit pénétré par E'Dyrha. Au cours de nombreux rites, les parents portent ainsi la main sur le front de leur enfant, tandis que faire ce geste sur une personne du sexe opposé vaut une déclaration d'amour.
Les rites et les coutumes des Nelgan sont nombreux, complexes et chargés de symboles. Si d'origine les Nelgan appartenaient au culte des Ténèbres, seuls les membres de la noble famille des Eidar en sont encore prêtres aujourd'hui, et leurs Nelgalir des fidèles. Les autres vouent leur culte à Kaena, sans prêtre. Une femme, en général l'épouse ou la fille du Nelgon ou une femme dotée des Yeux d'Asthar, officie dans le cadre des cérémonies importantes. Vêtue de blanc, les cheveux couverts d'un voile immaculé pour évoquer Kaena, elle est supposée incarner celle-ci.

Sur les rapports entre les Nelgan, l'Ar'Thard et l'Ar'Anena


es liens avec le culte des Ténèbres n'existent pratiquement plus aujourd'hui, mais les Nelgan continuent de pâtir de la mauvaise réputation de celui-ci, particulièrement depuis l'apparition du Nokdar et l'aggravation des méfaits de celui-ci. Cela a conduit le roi Liem au premier acte politique des rois nelgans dans l'Histoire lorsque, en 1047, il s'est présenté au roi Boeros qui est aussi le Mularonam du culte des Ténèbres pour prendre officiellement position contre le Nokdar. L'entrevue a soulevé l'intérêt de tout le peuple thardien et les relations entre les Nelgan et l'Ar'Boeren s'en sont vues renforcées, notamment grâce à la princesse (rappelons que la princesse, d'obscure origine, serait peut-être issue des Nelgan par sa mère) et à la remise au roi Liem de certains objets, certains ayant été confisqués à Asthar par E'Dyrha, d'autres ayant appartenu à la princesse Loelen.
Avec l'Ar'Anena, les relations des Nelgan sont moins tendues (en grande partie parce que la société anenienne elle-même est stable et pacifique, au contraire du peuple thardien qui sort d'une guerre plusieurs fois séculaire et craint d'en mener d'autres dans un proche avenir) : ils y sont reçus comme des frères et y bénéficient du traitement d'amis. Régulièrement, de nouveaux Nelgan s'essayent à la sédentarité, et nombreux sont les enfants nés d'unions, durables ou temporaires, entre membres de l'un ou l'autre peuple.