La reine Parsane




Nom : Parsane
Race : Humaine.
Sexe : Féminin.
Date et lieu de naissance : 402, Kaltera.
Date et lieu de mort : 486, Kaltera.
Résidence habituelle : Palais du Temps de Kaltera (Ar'Kalyven).
Père :
Mère : Versane.
Conjoint :
Enfants : Cinq, deux filles (dont Hilane), trois garçons.
Culte : Culte du Passé.
Classe : Reine de l'Ar'Kalyven puis du Dord-Kalymen.
Physique : Petite femme au teint olivâtre, maigre voire sèche, Parsane ressemble beaucoup à sa mère Versane. Ses cheveux noirs, longs et soyeux, qu'elle arbore dans des coiffures particulièrement sophistiquées, l'en démarquent. Parsane n'a jamais été une très belle femme, possédant toutefois un charme certain dans sa jeunesse d'après les représentations que nous avons d'elle en 420. Au crépuscule de son existence, elle était l'archétype de la petite dame chenue et fripée.
Caractère : Un profond sens de l'organisation, une vision large des évènements, un pragmatisme à toute épreuve et un incontestable talent pour la diplomatie semblent avoir été les principales qualités de souverain de Parsane. Le culte du Passé, depuis 420, a beaucoup insisté sur les différences de caractère entre la reine et sa mère (pour louer ou critiquer Parsane, selon le courant dominant), mais des interprétations non kalyviennes récentes tendent à relativiser ce hiatus. Parsane est manifestement une femme préoccupée par ses responsabilités plus que par sa vie de famille, qu'elle néglige la plupart du temps ; c'est son époux qui se charge d'élever leurs enfants.

Histoire : Née au sein de la famille royale d'Ar'Kalyven, Parsane est la première fille de l'héritière du trône et donc elle-même invitée à régner. L'éducation qu'elle reçoit vise par conséquent à la préparer à assumer cette charge. Sa génitrice ne semble pas s'être particulièrement préoccupée de l'enfance de sa fille, qui a sans doute été moins influencée que Versane par les Traditionalistes du culte du Passé (mais peut-être plus qu'on ne l'a longtemps pensé).
Devenue reine en 410, Versane a moins de temps encore à consacrer à sa fille et débute son règne en rallumant les tensions entre les trois cultes du Temps, aboutissant in fine non à la réunification des cultes sous l'égide du culte du Passé mais à l'explosion du pays - la Décennie des Trois Royaumes. C'est dans ce contexte troublé, poussant à la radicalisation de chaque côté, que Parsane sort de l'enfance.
Au cours des années, des voies s'élèvent dans les trois pays issus de la scission de 410-411 pour demander la reconstitution de l'Ar'Kalyven sous un régime égalitaire, car il est absurde de voir les trois cultes du Temps, chacun consacré à l'une des trois facettes du Temps, se déchirer. Cette tendance se renforce au sein des trois clergés mais au sein du clergé du Passé Versane s'oppose frontalement aux modérés et il est clair que la situation ne peut se débloquer tant qu'elle règne.
Or Versane se trouve prise dans un vaste éboulis lors d'un voyage à Messevine au cours de l'année 419 (elle se rend souvent dans cette cité pour peser plus dans les affaires du culte du Passé) et disparaît : Parsane monte sur le trône, alors qu'elle n'a que dix-sept ans. Les Traditionalistes dénoncent aussitôt un assassinat ; il est vrai que les éboulis dans cette région sont assez rares et peu violents, tandis que celui qui tue Versane est de grande ampleur. Parsane se montre peu intéressée par ces accusations et choisit de se concentrer sur un programme de paix, rompant avec l'intransigeance de sa mère. Cela a d'ailleurs fait naître ensuite le soupçon selon lequel elle avait elle-même commandité et organisé l'assassinat de Versane, mais rien n'a jamais été prouvé.
Parsane envoie des émissaires aux dirigeants de l'Ar'Kalyleg et de l'Ar'Kalyav pour leur proposer la tenue d'un Concile général des cultes du Temps (le précédent Concile, en 337, avait consacré la naissance de trois cultes séparé). Fine manœuvrière, elle aplanit les difficultés en soumettant l'idée d'une réunion à Kalenir, fief du culte du Présent, au lieu de mettre en avant les villes qu'elle contrôle. Les cultes du Présent et du Futur acceptent le principe du Concile, qui se tient à Kalenir en 420.
Le Concile de 420 aboutit à la réunification de l'Ar'Kalyven tout en découpant le royaume en trois régions autonomes, le Dord-Kalymen, région du culte du Passé, étant la seule que la reine dirige. Chaque culte se retrouve donc indépendant, ce qui doit mettre fin à la période d'instabilité politico-religieuse que connaît le pays depuis le Concile de Kaltera. Pour cela, Parsane est généralement considérée comme la fondatrice de l'Ar'Kalyven actuel et comme une figure majeure du pays, dans les trois régions et par les trois cultes.
Cependant au cours des dernières décennies, des historiens non kalyviens ont remis en question ce symbole en montrant que Parsane cherche avant tout à assurer l'avenir du culte du Passé et à affirmer son importance relative par rapport aux autres cultes. Ainsi le Concile de Kalenir aboutit à la restauration de Parsane comme reine unique de l'Ar'Kalyven, certes dépouillée de son pouvoir hors du Dord-Kalymen, mais cela constitue un signe de la prééminence du culte du Passé. Dans le même ordre d'idée, il a été relevé que Parsane avait placé le Concile sous l'autorité de Kaly ; or les reines d'Ar'Kalyven sont, depuis la fondation du pays, assimilées à des suivantes de Kaly. De plus Parsane est consciente des ambitions de l'Ar'Lumn, qui menace la région de la Kalymen et Messevine, et la réunification du pays est une façon de disposer d'alliés en cas de guerre. En somme, il est possible que Parsane n'ait pas été la reine souvent célébrée, impartiale et soucieuse de régler les conflits entre les cultes au détriment des Traditionalistes du Passé, mais qu'elle ait à cœur de préserver la position du culte du Passé par des moyens plus réalistes au vu du contexte et des possibilités que ceux choisis par sa mère dix ans plus tôt. La différence entre elles tiendrait alors plus à la manière de faire qu'à l'objectif (encore que Parsane n'ait pas cherché à imposer la suprématie du culte du Passé).
Lorsque Parsane devient reine, le culte du Passé, à l'instar des autres cultes du Temps d'ailleurs, est encore peu structuré. Après le Concile de Kalenir, son grand œuvre tient à l'organisation du culte. La première étape est en 421 l'assignation au clergé d'un but à long terme, la rédaction du Grand Livre du Passé, qui doit permettre au culte du Passé de préserver la mémoire de tout ce qui est accompli ; selon des interprétations récentes, Parsane aurait également cherché à unifier le culte derrière elle en proposant une visée commune. Au début, la rédaction du Grand Livre du Passé n'a pas été tout à fait codifiée, ce n'est que progressivement que les procédures se mettent en place (les prêtres envoient des rapports annuels, traités par des équipes dédiées, etc.), surtout après l'apparition des Chronomanciens dont l'ordre est fondé par Parsane en 428. Ces prêtres de rang supérieur ont pour principale mission de chercher à connaître mieux le Passé et de transmettre ce qu'ils acquièrent, ce qui passe par la supervision de la rédaction du Grand Livre du Passé.
L'apparition des Chronomanciens est également l'occasion de pallier au grave déficit d'organisation interne du culte du Passé. Depuis l'éclatement du culte du Temps en 337, les trois cultes qui en sont issus ont en effet eu peu d'occasions de réellement se figer, dans la mesure où ils sortent d'un siècle de querelles. Parsane est à l'origine du mouvement de structuration de la tête du clergé. Le pouvoir du Chevalier des Temps Anciens est renforcé et son champ d'action est délimité plus précisément. La reine conserve une prééminence de principe en Dord-Kalymen, puisque son autorité n'est pas que religieuse et qu'elle se trouve à la source de toute décision politique, mais ne contrôle plus directement le clergé. Plusieurs hautes fonctions sont distinguées au sommet de la hiérarchie du Passé, afin de rendre les décisions plus aisées à prendre, et les niveaux hiérarchiques sont clairement déterminés.
En 435, Parsane et les nouveaux dirigeants du culte, les Kalylingen, décident la construction de l'Université des Temps Jadis à Messevine, siège du culte. Cette université est-elle inspirée de l'Université des Perceptions Causales fondée quelques années auparavant au Dord-Kalyav ? Le culte du Passé a toujours nié la filiation. L'Université des Temps Jadis doit former les prêtres et les Chronomanciens, plus largement constituer un pôle de connaissance du Passé majeur en Oneira. La bibliothèque de l'université est sans doute la plus riche en livres d'histoire qui soit ; un troisième exemplaire du Grand Livre du Passé est d'ailleurs créé pour y être conservé.
Au terme de ces quinze années de réformes, le culte du Passé dispose d'une hiérarchie claire, où chaque niveau de compétence est clairement délimité (à l'exception de la reine elle-même). Il est doté d'un but à long terme, la rédaction du Grand Livre du Passé, et d'une élite, les Chronomanciens. Il est possible que la volonté de donner un objectif au culte ait été un moyen de détourner les prêtres de l'hostilité envers les autres cultes du Temps : les prêtres du Passé ont désormais plus important, ou du moins plus immédiat, à l'esprit que des chimères de réunification sous la bannière de leur culte.
La reine Parsane a également impulsé un gros travail de codification des rituels, des codes et des principes du culte du Passé. Avant 420, il n'existe pas véritablement de doctrine un tant soit peu fixée (comme d'ailleurs dans les cultes du Présent et du Futur). En effet, depuis l'Âge des Prophètes, les cultes du Temps n'ont connu qu'une rivalité plus ou moins déclarée et n'ont pas cherché à définir précisément leurs croyances. Le règne de Parsane, principalement à partir de 428, est l'occasion de pallier ce manque ; la création de l'Université des Temps Jadis est d'ailleurs une manière de dispenser une formation unifiée aux futurs prêtres.
Bien entendu, cela ne met pas fin à la diversité des tendances au sein du culte : les cultes du Temps comprennent traditionnellement des sectes diverses qui coexistent avec plus ou moins de facilité avec l'interprétation majoritaire. Cependant le règne de Parsane est l'occasion de proposer une lecture assez consensuelle du dogme et de reléguer à la marge les interprétations plus radicales, comme celle des Traditionalistes si forts durant le règne précédent. De fait, l'interprétation promue par Parsane reste hégémonique pendant longtemps et la vision Traditionaliste est affaiblie durablement, puisque ce n'est qu'au cours de la crise diplomatique des années 850 à 870 qu'elle ne retrouve une audience notable.
Outre toutes les réformes concernant le culte, tant sur le plan de l'organisation que des croyances, le long règne de Parsane voit l'embellissement et l'enrichissement des cités du Dord-Kalymen. La construction monumentale avait connu un temps d'arrêt au cours des décennies précédentes, les querelles entre les cultes empêchant toute initiative onéreuse : ainsi la rénovation prévue du Palais du Temps de Kaltera à la fin du quatrième siècle avait déclenché les protestations des cultes du Présent et du Futur qui refusaient de voir leurs fidèles être imposés pour financer un bâtiment du culte du Passé !
Après le Concile de Kalenir, les chantiers gigantesques se multiplient au Dord-Kalymen (ce qui se traduit d'ailleurs par un accroissement de la pression fiscale, en particulier pour les paysans). La rénovation du Palais du Temps, longtemps différée, est entamée dès 421. Le siège de l'ordre des Chronomanciens, le Palais des Traditions, est construit à Messevine entre 448 et 456. Divers temples sont élevés dans toutes les villes de la région. Le plus grand ouvrage est cependant la construction de l'Université des Temps Jadis qui débute en 435 et ne s'achève qu'en 469 ; l'université est sans conteste le plus vaste bâtiment du Dord-Kalymen - c'est d'ailleurs toujours le cas - puisque l'on y dénombre pas moins de vingt amphithéâtres, une centaine de salles de classe, trois salles de réunion, quelques trois cent bureaux… La Bibliothèque de l'université, construite à part, est également immense. Messevine est sans aucun doute la ville qui profite le plus de ces grands travaux, ce qui peut être compris comme une volonté de la part de Parsane de rallier la population de cette cité, anciennement acquise à Versane, à sa politique modérée, ou du moins de limer les griffes de l'opposition.
Le commerce s'intensifie tout au long du règne avec les autres régions de l'Ar'Kalyven. Kaltera est incontestablement la ville qui profite le plus de cet état de fait (via la vente de produits de la mer ou de laine, notamment), Messevine restant assez rétive dans un premier temps à l'influence extérieure. Jusqu'à la fin des années 440, l'économie prospère à nouveau, rompant avec la sombre décennie 410-420, ce qui n'est pas pour rien dans l'adhésion populaire à la politique de Parsane.
Le Dord-Kalymen affronte toutefois une nouvelle crise à partir de 446, lorsque l'Ar'Lumn, qui est alors voisin de l'Ar'Kalyven, attaque le pays et s'empare d'une partie du bassin de la Kalymen. L'Ar'Lumn est une menace depuis plusieurs décennies, qui ne se concrétise toutefois qu'à ce moment ; pour certains historiens, il est possible que Parsane ait eu conscience du danger dès 420, ce qui expliquerait son souci de réunifier l'Ar'Kalyven quitte à accorder d'énormes concessions aux autres cultes du Temps, afin que le culte du Passé ne fasse pas front seul.
Les premiers mois de la guerre sont un désastre pour les Kalymiens, qui ne disposent pas d'une armée permanente. Les Lumniens franchissent les cols puis progressent rapidement le long de la Kalymen. Les habitants du bassin de la Kalymen fuient vers les montagnes, vers Messevine et Kaltera, ce qui rend difficile l'approvisionnement des villes : en 448, la famine sévit à Messevine (Kaltera étant approvisionnée par les marchands du Dord-Kalyleg). En 449, les armées lumniennes s'emparent de Kaltera ; Parsane se réfugie à Messevine puis demande leur aide aux autres régions du pays - qu'elle obtient.
Lors des années de guerre, Parsane s'engage personnellement, considérant que chacun doit contribuer à la victoire. Ainsi la reine vit-elle plusieurs mois dans les campements, partageant la vie des soldats, afin de raffermir le moral des troupes kalyviennes. Elle est également en contact avec les émissaires du jeune Per'Dellin, ce qui explique qu'elle négocie avec ce tiers pays le tracé des frontières en 460.
Après la guerre contre l'Ar'Lumn, Parsane est à la fois confortée comme figure nationale (les trois cultes reconnaissent son implication dans le conflit) et fragilisée politiquement au Dord-Kalymen, car elle se voit reprocher d'avoir abandonné une partie de la région. Les habitants des zones perdues vivent en réfugiés et sont particulièrement réceptifs aux discours des conservateurs. L'accueil de ces populations déracinées se fait assez difficilement : Parsane désire installer les familles de réfugiés dans le delta, mais l'argent manque pour construire de nouvelles habitations, pour délimiter de nouvelles routes. Les revenus fiscaux rentrent mal dans les caisses jusqu'au milieu des années 460, de nombreux villages ayant souffert des affrontements passés. La normalisation après la guerre peut être considérée comme achevée vers 470 - l'achèvement de l'Université des Temps Jadis en 469 étant souvent citée comme date symbolique.
A ce moment de sa vie, Parsane décide de ne plus lancer de réformes importantes et de consolider à la place ce qui a été mis en place depuis 420. Les effectifs des Chronomanciens doublent au cours de la décennie 470 pour parvenir à quelques deux cent Chronomanciens. Les travaux historiques se multiplient et le Grand Livre du Passé est de plus en plus complet. En 480, la reine est l'artisan de l'octroi du droit de libre passage aux habitants du Per'Dellin (une première pour l'Ar'Kalyven), ce qui clôt définitivement l'espoir de récupérer le sud du bassin de la Kalyleg.
A partir de 481, la santé de Parsane décline. C'est de cette époque que nous viennent les représentations de la reine sous l'aspect d'une petite dame fripée. Il semble que Parsane se soit progressivement retirée des affaires du culte du Passé et qu'elle ait délégué l'administration du Dord-Kalymen à d'autres personnages, tandis qu'elle-même se consacre plutôt, pour la première fois, à sa famille, petits-enfants et arrière-petits-enfants.
Parsane meurt en 486 au Palais du Temps de Kaltera, ce qui met fin à l'un des plus longs et des plus importants règnes de l'Histoire de l'Ar'Kalyven. Un hommage vibrant lui est rendu par les trois cultes du Temps : c'est la dernière reine de l'Ar'Kalyven à avoir cet honneur. Sa fille Hilane lui succède.