Histoire du culte des Ténèbres




En Oneira, le culte des Ténèbres brille par l'ancienneté de son Histoire. Là où les guerres, dont essentiellement celle de l'an 0, ont rendu fragmentaires les souvenirs des temps anciens et les ont réduits à l'état de légendes, elles ont épargné le culte des Ténèbres. La permanence de ces souvenirs tient à de nombreux facteurs dont le premier est la connaissance précoce de grands cataclysmes à venir. Dès ses origines, le culte des Ténèbres a ainsi cherché à assurer la sauvegarde de ses principes et de ses connaissances, d'abord par la création d'un très grand nombre de temples et de sanctuaires dont l'autonomie de connaissances était encouragée, puis par l'acharnement à graver l'Histoire dans la pierre : bas reliefs sculptés et tablettes de kahrok sont aujourd'hui encore d'inestimables trésors propres à nous éclairer sur l'histoire des Ténèbres et, plus largement, sur celle du lointain passé d'Oneira.
Si les généralités de l'Histoire du culte des Ténèbres nous sont connues, dans certains cas avec un luxe de détails, il reste pourtant délicat, voire impossible, de déterminer avec exactitude les dates auxquelles certains événements sont survenus. Ainsi, on ne pourra dater plus précisément la création du culte des Ténèbres qu'en avançant qu'elle se situe entre -9000 et -8500, soit à l'aube de l'Histoire des Hommes. C'est à Dilthur que l'on doit la naissance des principes du culte des Ténèbres. Les nombreuses légendes nous permettent de reconstituer une importante partie de sa vie. Prophète de Vérité, il fut touché très jeune par la vision d'un terrible cataclysme à venir dans un avenir très lointain. Les innombrables interprétations données aux visions de Dilthur à travers l'Histoire ont, hélas, fini par jeter la confusion quant à la teneur exacte du message de Dilthur : s'agissait-il d'une catastrophe naturelle ? magique ? d'une guerre à l'échelle de tout Oneira ? de la colère terrible des dieux ? Au fil du temps, nombreuses furent les factions du culte des Ténèbres certaines d'avoir dépassé la catastrophe annoncée par Dilthur et ayant successivement assuré qu'il s'agissait de la Guerre des Gardiens, de celle d'Andyr ou, plus récemment, de la guerre de l'an 0. L'essentiel du culte, pourtant, continue encore à ce jour à se préparer à une catastrophe à venir, n'ayant pas encore reconnu dans les événements du passé l'accomplissement des terribles prophéties de Dilthur.
Selon la légende, Dilthur dévoua l'entièreté de sa vie à la préparation des Hommes à cet événement à venir. Pour ce faire, il rassembla d'innombrables disciples qu'il convainquit d'assurer la permanence de son message, mais pour autant que l'on sache, son œuvre la plus extraordinaire fut l'éveil de Mulken lui-même qui, dieu de la Vérité, devait aider les hommes à se préparer sans erreur au sombre avenir prédit par Dilthur et, le temps avançant, à déterminer clairement les signes annonçant sa venue.
Il nous est aujourd'hui difficile, voir impossible, de nous figurer ce que purent être les premières années du culte des Ténèbres. La légende veut que Mulken vint parmi les hommes pour dispenser son enseignement à travers Dilthur qui se faisait sa voix. L'obstination des récits à décrire ainsi cette part de l'histoire ne peut que laisser songeur : le fait est qu'aujourd'hui encore, Mulken est l'un des dieux les plus directement impliqués dans la vie des humains : il désigne les Mularegen, punit ou bannit les prêtres qui trahissent le culte, répond directement à l'appel des prêtres et aux prières des fidèles. Dès lors, est-il possible que la légende prenne naissance dans des faits réels et que Mulken soit réellement venu parmi les humains ?
Dans les légendes de la création du culte des Ténèbres, la venue de Mulken efface très vite les apparitions de Dilthur, ce qui semble favoriser la théorie couramment admise selon laquelle Mulken aurait prit possession du corps et de l'esprit du prophète pour interagir avec les prêtres. Dès lors, c'est Efnon, disciple de Dilthur, qui poursuit le travail de son ancien mentor. Premier Mularonam, désigné par le dieu lui-même, il dévoile la "langue de Mulken", maintenant connue sous le nom de langue d'Ilshur, qui permet de s'adresser directement à Mulken et d'être entendu de lui. Aujourd'hui encore, la plupart des cérémonies, des prières, des incantations et des autres textes sacrés perdurent dans la langue d'Ilshur. Mêmes les fidèles du culte, pourtant ignorants de l'entièreté du langage, apprennent par cœur prières et phrases d'appel en langue d'Ilshur. Les subtilités du langage ne sont pourtant connues que des prêtres, et c'est là un fait unique en Oneira, car le culte des Ténèbres, en préférant la langue d'Ilshur à l'oneirien, manifeste aussi une préférence à Mulken par rapport à Délomaque. C'est ce détail, peut-être, plus qu'aucun autre, qui valut au culte des Ténèbres sa sombre réputation dès ses premiers siècles d'existence.
C'est autour du culte des Ténèbres, dans les deux premiers siècles suivant sa création, que naît l'Empire de Thard dont la grande lignée royale, celle des Melirh, est issue des fils de Dilthur. Déjà bien ancré dans la région, le culte des Ténèbres favorise le rapprochement des groupes disparates qui occupent alors le Sud-Est d'Oneira, et c'est également à travers lui que Melirh-Tëlyn, alors Mularonam, fédère les hommes derrière lui pour créer les bases du grand empire de Thard et se fait couronner roi. Dès lors, culte et royauté avanceront côte à côte. Les rois de Thard comptent sur le culte pour asseoir leur pouvoir sur la population, tandis que les prêtres attendent de la royauté les moyens de former davantage de prêtres propres à diffuser le message de Dilthur.
C'est dès cette époque que se forme, de manière presque définitive, l'organisation du culte des Ténèbres. On y connaît déjà les telen et la plupart des statuts internes, dont ceux de Mularegen et de Mularonam. Pourtant, la magie du culte n'était encore qu'une ébauche : à cette époque reculée, les arts divinatoires, étaient prépondérants au sein du culte, dans le souci d'affiner les prédictions de Dilthur (quoique aujourd'hui négligés, les arts de la divination ont été le prélude à l'évolution des kan'oreno). Efnon, pourtant, avait déjà initié ce qui deviendrait la grande spécialité du culte : l'art du langage et, plus profondément encore, celui des pictogrammes. C'est d'après ses enseignements que, un peu avant -8000, Eshkor, prêtre, érudit et mathématicien, découvre les propriétés des Ténèbres et met au point, grâce à leur étude, les principes d'architecture qui portent encore aujourd'hui son nom.
En -8000, le culte des Ténèbres atteignit un développement sans précédent. Complexe et raffiné là où les autres cultes d'Oneira n'étaient encore que balbutiements informes à peine dégagés des enseignements des Clans et des petits peuples, le culte des Ténèbres devint non seulement le culte le plus puissant d'Oneira, mais également le fondement de l'empire de Thard, l'un des premiers (sinon le premier) empire humain. D'une immense richesse, les temples des Ténèbres subviennent aux besoins de milliers de prêtres et emploient d'innombrables familles, possèdent des terres et assurent, par leur seule présence, le développement économique de vastes cités. A lui seul, ou presque, le culte détermine le visage de l'Ar'Thard, inspirant l'art et l'architecture, orientant culture et croyances dans tous les domaines de la vie. Le jeune roi Dar, assoiffé de connaissances, développe encore le culte. S'appuyant sur les travaux d'Eshkor, il développe les sorts et les pictogrammes du culte. Dans le même temps, il commande aux Mularegen la rédaction des Traités de Mulken qui fixent par écrit les lois et organisations du culte, et crée d'immenses bibliothèques dont la mission est de consigner le savoir et d'établir un grand nombre de copies qui seront disséminées sur tout le territoire de l'empire. Enfin, Dar finalise la structure des temples, qui n'a plus guère évolué depuis, en généralisant l'emploi des portes d'Eshkor.
C'est la Guerre des Gardiens qui, durant le règne de Dar, viendra freiner l'évolution fulgurante du culte des Ténèbres. Lorsque, à la fin de la guerre, Kaena rassemble ses fidèles en quête de paix et les prépare à l'envol de la cité d'Ar'Anena, le culte connaît ses premières graves difficultés : une partie des prêtres quitte les temples et rejoint les fidèles de Kaena, mécontents de la tournure politique et de la puissance économique acquise par le culte qui détournent les prêtres de la mission que leur a confié Dilthur : accroître la perception de la Vérité, percevoir au moment venu le danger, prévenir et préparer Oneira à le combattre. Une partie des occupants de l'Ar'Anena quittera la cité et gagnera l'actuel Ark'Kaena où ils développent un parallèle au culte des Ténèbres : le culte du Néant, extrémiste, épuré au point de nier jusqu'à Mulken.
Avec l'explosion du monde humain, le culte des Ténèbres est fortement ébranlé. Coupé de ses richesses et, en grande partie, du soutient de la royauté en crise, il doit pour la première fois faire face à la détresse des fidèles menacés par la famine et les épidémies. Progressivement, le culte se recentre sur lui-même et renoue avec ses plus vieux principes, se coupant de la vie politique et civile. On lui retirera alors certains de ses privilèges, dont la garde du médaillon de Nöshyl, garant de la royauté, qui sera dès lors confié, sur le conseil du Mularonam, aux Chevaliers d'Haame.
Dans les siècles suivants, en grande partie grâce aux pistes initiées par Dar, le culte des Ténèbres gagne en finesse, en maîtrise (notamment dans la magie du culte), en connaissances et en expérience. Pourtant, loin d'utiliser ses nouvelles connaissances pour suivre les enseignements de Dilthur et d'Efnon, le culte des Ténèbres, à l'initiative du Mularegen Kalfere, se consacre à regagner sa puissance et sa richesse d'avant la Guerre des Gardiens. L'influence de Kalfere sera désastreuse. Encourageant l'autonomie des différents complexes consacrés au culte, il provoque une véritable course au pouvoir qui aboutit sur une guerre entre les temples ainsi que, en interne, entre les spécialités du culte. De nombreux prêtres accèdent alors à des connaissances qui auraient dû rester cachées, et sont de plus en plus nombreux à user de la magie "profane" (ici en opposition à la magie du culte des Ténèbres) et de la sorcellerie pour accroître leurs capacités au sein du culte. Pour la première fois, les dogmes des Ténèbres changent d'orientation et délaissent ses principes liés à la recherche de la Vérité. La formation des jeunes prêtres est négligée, et les lois du culte sont assouplies à l'excès, provoquant l'oubli progressif du message de Dilthur.
Dans cette période, oublieuse de la nécessité de préparer l'avenir, le culte des Ténèbres s'attache de moins en moins à consigner sa propre histoire et ses connaissances. Ainsi, la quasi-totalité du déroulement des événements fut irrémédiablement perdu en l'an 0. Ce n'est qu'au cours des années -4700 que l'on retrouve une trace fidèle de l'Histoire du culte. Dangereusement amoindri, dépourvu de la discipline voulue par Dilthur et Efnon, le culte des Ténèbres est, de plus, en proie aux dissensions entre nombreuses factions prétendant détenir les justes idées de l'évolution que doit subir le culte. Le Nokdar, l'une des factions les plus puissantes, commence à se rapprocher des idées d'E'Dyrha selon lesquelles la plupart des humains ne sont, tant dans leur corps que leur esprit, que des outils à la disposition des personnages ou groupes suffisamment évolués et puissants pour parvenir à s'imposer.
C'est la montée de cette idée, plus que toute autre chose, qui semble avoir provoqué les grands événements de l'an -4725. Quarante prêtres, descendants de Dilthur, s'élèvent contre les dérives du culte et accomplissent le Kelwekan (de "kelw", sacrifice, et "kan", prêtre), acte magique d'une phénoménale puissance par lequel ils lient leurs âmes à travers leurs incarnations pour se mettre au service du culte, contrer sa chute et le réorienter. Les Ireth ainsi formés n'auront de cesse de travailler à la restauration des anciens principes dictés par Dilthur. L'Histoire, pourtant, ne leur permettra pas de rétablir le culte, mais seulement de le maintenir vivant avant et pendant la dévastatrice guerre d'Andyr qui eut lieu aux alentours de -4300. On perd alors la trace du culte des Ténèbres dont les principes s'étiolent et se perdent progressivement dans de vaines querelles que même les Ireth renoncent à apaiser, préférant se consacrer à consigner les connaissances du culte et à empêcher la destruction, recherchée par de nombreuses faction, des Traités de Mulken.
Peu à peu, le culte des Ténèbres connaît une nouvelle scission : sous le nom de Mulaten (de "mulare", ténèbres, et "aten", art), une partie des prêtres s'organise pour continuer d'honorer Mulken et de rechercher la Vérité et reste fidèle à la plupart des dogmes antiques du culte (l'affranchissement des artifices, la compréhension, l'observation) tandis que l'autre, choquée par les horreurs de la guerre, dégage une divinité secondaire, Nerealokar, dieu de l'incompréhensible, du mystère, des malheurs. S'opposant aux principes des fidèles de Mulken voulant que les dieux soient à l'écoute des hommes et les guident, cette nouvelle faction adore Nerealokar avec crainte pour se prémunir de lui et échapper à ses actions.
Jamais, au cours de son histoire, le culte des Ténèbres n'avait été plus affaibli ni désorganisé. La magie du culte elle-même, teintée de magie profane depuis trop longtemps, ne peut plus être manipulée par les prêtres revenus aux enseignements de Dilthur et menace de disparaître. On ne doit sa sauvegarde qu'à l'intervention des Ireth. L'architecture d'Eshkor, notamment, pour ne pas disparaître définitivement, sera limitée : dès lors, elle ne pourra plus s'appliquer qu'à des éléments construits en kahrok.
Ce n'est qu'au prix de grandes difficultés que le culte des Ténèbres, finalement épuré, reprend de la force et se recentre. Avec les enseignements tirés d'une seconde guerre dramatique, le culte parvient à retrouver son unité, quoique les conflits avec le culte de l'Ombre naissant soient de plus en plus nombreux, surtout depuis la constitution de l'Ar'Nok et le remplacement de Nerealokar par la divinité à trois visages Tre'Nera'Kar, encore plus éloignée des principes des Ténèbres.
Mieux préparé que la plupart des autres cultes, celui des Ténèbres n'a pas autant souffert de l'an 0 qu'on aurait pu s'y attendre. Les cataclysmes furent nombreux dans la région, mais les temples, bâtis en kahrok extraordinairement résistante, n'ont eu à souffrir que de peu d'avaries. C'est pourtant grâce aux Ireth, cette fois encore, que le culte parvint à s'en sortir. Dès -30, le Daireth Dyrian intervient auprès des Mularegen pour exiger la création de onze groupes composés de onze prêtres expressément choisis pour leur excellence dans tous les domaines du culte, depuis la magie de Mulken jusqu'à la connaissance de l'Histoire. Ces onze groupes, appelés Avegen, furent disséminés en Oneira dès le début de la guerre, dans un évident but de sauvegarde des arcanes du culte : si l'Ar'Thard, comme le pensaient certains, venait à être irrémédiablement détruit, l'essentiel du savoir pourrait perdurer grâce à la survie d'un seul Avegen qui aurait alors la charge de reconstituer le culte.
A la fin de la guerre, les trois Avegen survivants, aidés des derniers Ireth, furent à l'origine de la reformation rapide du culte des Ténèbres. Les Traités de Mulken, sauvegardés, furent employés pour reconstituer le culte traditionnel, selon les enseignements de Dilthur et les travaux d'Efnon, et une nouvelle génération de prêtres fut formée. Largement épuré de ses factions extrémistes, le culte des Ténèbres ne chercha plus à s'imposer sur la scène politique ou économique, mais au contraire à se consacrer à l'assistance de la population qui, elle-même, aida spontanément à la réfection des temples et des sanctuaires. Dès 112, pourtant, le retour d'E'Dyrha sur le trône contraignit le culte à céder du terrain devant la tyrannie réimposée par la reine. Pour la première fois, E'Dyrha s'immisça dans les affaires du culte, imposant la nomination de kan'envy et de kan'da dans certains temples. En 362, elle alla même jusqu'à tenter de contraindre la nomination de plusieurs de ses proches conseillers au rang de Mularegen, mais un soulèvement massif de la population, assistée par l'ensemble des prêtres désirant, selon le slogan alors en vogue, "conserver à Mulken les droits de Mulken" rendit inutile toute intervention dans ce sens.
La patiente politique de sape d'E'Dyrha finit cependant par avoir gain de cause. A force de placer dans les temples ou auprès des hauts représentants du culte des agents dévoués à sa cause, la reine acquit une relative obéissance de la part de certaines figures importantes, dont, premiers de tous, les kan'da du grand temple d'Eledor. L'ironie est alors mordante : la charge de kan'da du temple d'Eledor étant héréditaire et se transmettant, depuis l'accession d'E'Dyrha au trône, de génération en génération au sein de l'ancienne famille royale, celle des Melirh, qu'E'Dyrha s'assure de leur soutien (ou, plus exactement, de leur faiblesse) réduit à néant tout espoir de retour de l'ancienne lignée sur le trône. Pour le culte des Ténèbres, le coup est dur. Le peuple retire peu à peu sa confiance au culte qui connaît de graves difficultés à attirer de nouveaux apprentis. Pour y pallier, de nombreux temples assouplissent les règles ancestrales de l'enseignement, abandonnent définitivement l'emploi de la marque de Jirshas, réduisent la difficulté des épreuves d'entrée dans le culte, etc. Deux groupes, pourtant, refusent d'abandonner la discipline du culte : les Ireth, qui restent fidèles à leurs propres principes, et le Nokdar, intact, qui garde le soutien d'E'Dyrha. Plusieurs Mularonam tenteront successivement de réduire l'importance du Nokdar entre 500 et 831, notamment en 781, à l'initiative de Daïrci, mais s'ils parviennent à démanteler les temples intégralement sous le contrôle de cette faction, ils ne l'élimineront jamais complètement. Bien au contraire, le Nokdar renonce à son autonomie mais se réfugie au sein de tous les temples, corrompant les prêtres et se livrant aux pires horreurs sur les novices.
En 863, un nouveau coup d'éclat met à mal l'ensemble du culte. E'Dyrha déclare illégale l'organisation des Ireth qui sera traquée sans merci. En dépit de tous ses efforts, E'Dyrha ne parviendra à éliminer que cinq d'entre eux mais, coupés de tous les temples maintenus sous étroite surveillance, ils s'avèrent dès lors incapables de freiner la dérive du culte.
Il faudra attendre 1021 pour assister à un véritable changement lorsque le haut prêtre Boeros, futur kan'da du temple d'Eledor et, par conséquent, héritier de la lignée de Melirh, s'oppose ouvertement contre le Nokdar et E'Dyrha et fait bannir du culte le prêtre Meüros après qu'il ait pratiqué plusieurs cérémonies d'Oalith et tenté de lancer une malédiction du Daoteas. La guerre est alors ouverte au sein même du culte.
Rejoignant Illéranyne qui lui offre son soutient, Boeros lance un appel aux prêtres et reconstitue l'ancienne faction du Mulaten, fidèle aux principes de Dilthur. Très vite, le coup d'éclat de Boeros reçoit un appui presque inespéré : le jour d'eilë dalnë 1021, lors de la fête de Mal-Mulken, il est choisi par Mulken pour rejoindre les rangs des Mularegen. Dans les semaines suivantes, une vague d'attentats provoqués par E'Dyrha qui cherche à déstabiliser Boeros et à retourner le culte contre lui, aboutit sur la mort de plusieurs Mularegen et Mularonam. E'Dyrha essuiera pourtant un échec cuisant : le jour de lynä mavela, soit huit jours après la mort du Mularonam, les Mularegen, réunis à Illéranyne, choisissent Boeros pour le remplacer. Le jour même, Boeros signe le pacte d'Illéranyne au nom de son culte et prononce un discours dans lequel il affirme qu'il combattra sans relâche le Nokdar et l'influence d'E'Dyrha, et rappelle les Ireth.
Le combat de Boeros sera long mais sans concession. Malgré plusieurs tentatives d'assassinat à son encontre, Boeros se consacre entre 1021 et 1024 à la rédaction des nouvelles lois du temple en s'appuyant sur les Traités de Mulken qu'il n'hésite pas à moderniser. Progressivement, il réintroduit les Ireth dans la vie du temple et des prêtres, et réimpose le Rethe-fin lors de l'entrée des omin au temple.
En 1024, pourtant, le travail de Boeros sera mis en péril par les événements survenant à Illéranyne : le bannissement l'Illénira laisse l'archipel en proie au chaos, sans certitude quant à son avenir. Très vite, le Nokdar en profite pour tenter de se réimposer, mais la réponse de Boeros sera sans appel : il réimpose la marque de Jirshas comme au temps de Dilthur, et la fait apposer à tous les membres du culte, y compris lui-même, entre 1024 et 1026, s'assurant ainsi qu'aucun membre du Nokdar ne peut plus nuire au culte.
Dès lors, le culte des Ténèbres entre dans sa première ère de réelle stabilité depuis des siècles. A partir de 1033, E'Dyrha, débordée par les menaces d'un soulèvement populaire, n'ose plus s'imposer au culte de peur de provoquer un soulèvement populaire.
Enfin, l'éclatement de la guerre civile en 1043 (ou plutôt sa brusque intensification) laisse le culte pratiquement de marbre. Il assure l'aide aux civils, soutient la résistance, et ne ploie pas en dépit des nombreuses menaces de la part d'E'Dyrha. C'est finalement le règlement du conflit qui placera le culte des Ténèbres devant une nouvelle épreuve. Avec la constitution de l'Ar'Boeren dont Boeros est couronné roi, en 1045, toute la population quitte le Sud de l'ancien Ar'Thard pour gagner le nouveau pays. Si la plupart des prêtres suivent leur Mularonam en Ar'Boeren, nombreux sont ceux qui refusent d'abandonner les temples maintenant sous le territoire d'E'Dyrha, pris à l'assaut par les derniers membres du Nokdar. Rien, à ce jour, ne permet d'imaginer si cet état de fait sera ou non préjudiciable au travail de Boeros sur le culte des Ténèbres. (…)