Poisons et venins des terres d'Oneira




Atelier de fabriquant de poison, par SLo.

La larme d'Isha


Drogue méconnue et peu usitée, la larme d'Isha a perdu sa popularité ce dernier siècle à cause des ravages qu'elle cause sur les capacités magiques d'un individu. C'est le mage En-Lidhel qui, en 851, a démontré les effets néfastes de cette substance en réalisant une série d'expériences sur lui-même qui finirent par lui coûter la plus grande partie de ses aptitudes.
Le principal ingrédient de cette drogue est la substance visqueuse, transparente, sécrétée en été par l'hilrön, aussi appelé "étoile d'or", dans les régions du Sud-Est d'Oneira. C'est ce produit qui, raffiné, est adjoint à une quantité infime d'essence de fleur de trèfle-froid pour donner la larme d'Isha.
Drogue réputée dans le Sud d'Oneira aux alentours de l'an 700, la larme d'Isha est également considérée comme un poison léger et encore utilisé en tant que tel par quelques Faiseurs de Mort réputés. La prise d'une gorgée suffit à procurer à celui qui la boit une énergie inépuisable pour une durée d'une à deux heures en fonction de son état général. Il fut ainsi courant pour les guerriers d'en consommer avant un combat, car ses propriétés énergisantes et analgésiques rendaient apte à combattre même en cas de blessure grave. Lorsque les effets de la larme d'Isha se dissipent, un engourdissement prend cependant les membres et cause des tremblements convulsifs pouvant conduire à une tétanie temporaire. Il est toutefois possible de s'accoutumer à ces effets secondaires par une prise régulière et infime de la drogue sur une période de plusieurs mois.
Le goût sucré de la larme d'Isha la rend aisée à dissimuler dans des boissons ou des pâtisseries et ont conduit certains assassins à employer la drogue en tant que poison : à dose excessive, la larme d'Isha peut ainsi conduire à un dysfonctionnement du cœur ou à sa paralysie tandis que la prise sur le long terme d'une quantité croissante de la drogue anéantira les capacités magiques d'un individu et finira par causer sa mort au terme de plusieurs mois ou de plusieurs années en réduisant à rien la quantité de magie infime et vitale que porte chaque humain.
Il sera également important de relever que la larme d'Isha, même en quantité infime, est immédiatement mortelle pour toute créature magique. De même, les travaux d'En-Lidhel nous renseignent sur les dégâts que cause la prise, même modérée, de cette drogue : une gorgée suffira, selon ses estimations, à réduire de 5% la puissance magique d'un individu.

Extrait de La Fiole pourpre, par Lu-Bomers.

La larme de lune, ou tendre-mort


La tendre-mort est considéré comme le poison mortel le plus doux et le plus miséricordieux. Obtenu par concentration des sucs sécrétés par la fleur de lune, ou yseian, il est renforcé par des procédés magiques élémentaires qui lui donnent un aspect blanc brillant lorsqu'il est en flacon. La larme de lune, exposée à l'air, se liquéfie et devient aussi transparente que de l'eau, se fond aisément dans la nourriture, voire les boissons bien que son aspect légèrement huileux rende sa dissimulation plus délicate. En principe dépourvue de goût et d'odeur, la larme de lune a cependant la réputation d'attiser l'appétit des personnes sujettes à la tristesse et au désespoir. Une très rare partie de la population humaine – estimée à bien moins d'1% – percevrait cependant le parfum et le goût de la tendre-mort (et plus généralement celui de la fleur de lune) .
Deux heures après ingestion, la tendre-mort commence son œuvre. La victime connaît un état progressif de langueur très plaisante, s'apaise, entend et voit des choses agréables. Il n'est pas rare que la conscience de l'imminence de la mort survienne, aussi la victime peut-elle consacrer ses derniers instants à délivrer des messages apaisants à ses proches avant de plonger dans un sommeil serein. Les victimes de tendre-mort sont reconnaissables à plusieurs points très caractéristiques : le sourire sur le visage du cadavre ; la tension extrême de ses mains ; l'aspect uniformément blanc de ses yeux ; l'annihilation de toute magie présente dans son corps. Toutefois, la tendre-mort épargne occasionnellement la vie de la victime (peut-être ceux qui en perçoivent le goût, mais de plus amples études sont nécessaires à ce sujet), qui restera néanmoins éternellement catatonique, sourde et aveugle à ce qui l'entoure.
La tendre-mort fut utilisée dans de nombreuses cultures pour faciliter le Passage des malades et des blessés incurables. Dans les cas de guerres, d'épidémies ou de famine, on a rapporté également qu'elle fut administrée aux enfants pour leur épargner une mort douloureuse.
En dépit de son efficacité, la tendre-mort est rarement utilisée par la Guilde des Assassins, ce qui tient à plusieurs points. D'abord la lenteur du poison (de quelques heures à quelques jours dans certains cas très rares) dont les effets sont, en sus, aisés à reconnaître (l'iris devient laiteux aussitôt que les hallucinations commencent), laissant amplement à la victime le temps de s'exprimer (et éventuellement de confondre ses ennemis) lorsqu'elle est sollicitée par son entourage, ce qui accommode rarement l'assassin consciencieux ou son commanditaire. Ensuite le risque de catatonie : bien que rare, elle serait un embarras pour l'assassin dont le seul but est la mort. Enfin, la tendre-mort, bien que peu coûteuse, s'avère difficile à se procurer : rares sont ceux qui connaissent l'art de sa fabrication, et plus rares encore ceux qui acceptent de s'y livrer – les mages ont leur honneur.
Le célèbre Faiseur de Mort Grâce, qui officia en Tor-Keralm dans les années 1020, avait fait de l'emploi de la tendre-mort sa signature.
Il n'existe aucun antidote à la tendre-mort. La consommation régulière des sucs de la fleur de lune peuvent, au mieux, allonger le temps d'action du poison, laissant à sa victime davantage de temps pour mettre ses affaires en ordre.

Extrait de La Fiole pourpre, par Lu-Bomers.

Le nalmal, ou poison-paix


C'est aux alentours de l'an 450 que le nalmal fut mis au point par le guérisseur nelyen Tamelos, lequel cherchait un remède aux souffrances de ses patients. Un mélange malheureux d'essence de menthe et d'écorce de saule combinées à un concentré de sève de canees a abouti à l'élaboration de la première version de ce poison.
Il aura fallu de longs travaux à Num-Tamelos pour déterminer que la sève de canees, par une interaction avec les autres composantes du liquide, produisait un anesthésiant très puissant. Quoique l'idée fut prometteuse, Tamelos fut cependant déchu pour son acharnement à poursuivre ses expériences en dépit de la mort de nombre de ses patients. Il semble que d'autres guérisseurs aient par suite tenté de poursuivre ses travaux en allégeant le dosage du prétendu remède, mais aucun ne connut de réel succès. L'un des disciples de Tamelos prouva cependant l'instabilité de la sève de canees et sa grande sensibilité aux courants magiques. Ainsi, d'un instant à l'autre le produit peut entraîner l'effet désiré (l'anesthésie presque instantanée d'une plaie) ou le décupler (et tuer ainsi le patient en l'espace de quelques minutes).
Près de deux cent ans plus tard, c'est en tant que poison que le nalmal connut finalement un certain succès auprès d'un groupe extrémiste de prêtres de la Mort, car s'il restait impossible d'effectuer un dosage fin et efficace du mélange anesthésiant, il fut aisé de trouver les quelques ingrédients complémentaires qui assuraient son caractère mortel pour peu que la substance entre en contact direct avec le sang de la victime. Sa mort, alors, sera relativement rapide et absolument indolore.
De nos jours, le nalmal n'est guère utilisé que lorsqu'un patient, au terme d'une longue souffrance, réclame la délivrance. Seuls quelques prêtres de la Mort, guérisseurs de surcroît, sont habilités et capables de préparer le poison-paix et de l'administrer, encore qu'il semble que le secret du nalmal ait pénétré la Guilde des Assassins. Ainsi, le Faiseur de Mort surnommé Paix, qui sévit à Danedir entre 1038 et 1043, fit fréquemment usage du nalmal dans l'exécution de ses Contrats.

Extrait des Annexes à la Fiole pourpre, par Ob-Lillia.

Le poison de vif-coeur


Le poison de vif-coeur est un poison mortel particulièrement difficile à préparer car il nécessite un dosage d'une précision telle que seuls les herboristes les plus doués (et les moins scrupuleux) sont capables de le réaliser. Ce poison est obtenu par le mélange d'une très petite quantité de venin d'akeryx avec une décoction complexe contenant pas moins d'une vingtaine de plantes, dont la belladone et la digitale.
Ce poison est particulièrement convoité par les assassins de part son mode de fonctionnement. Quasiment inodore (notamment mélangé à du vin) et totalement incolore, ce poison, une fois absorbé, est actif pendant environ deux heures. Il provoque une instabilité cardiaque. De fait, celui qui ingère le poison ne ressentira rien, à moins qu'un choc émotionnel quelconque (sentiment de peur, d'excitation, de colère, de quelconque nervosité) ne vienne subitement accélérer son rythme cardiaque, auquel cas la mort sera pratiquemement instantanée.

Extrait de La Fiole pourpre, par Lu-Bomers.

Le poison-guivre, ou baiser-de-paix


Bouteille, par jiseo.Substance composée dont les principaux ingrédients sont la rarissime essence d'êhwiss-ess et le venin de plusieurs reptiles, le poison-guivre reste relativement utilisé en dépit de sa difficulté de conception et du prix de ses composants car la quantité la plus infime suffira à tuer.
Parfaitement préparé, le poison-guivre est un liquide visqueux transparent que l'utilisation de l'êhwiss-ess pare de reflets iridescents. Les propriétés légèrement corrosives de ce poison en ont modelé l'utilisation : une lame fine d'argent ou certains autres métaux nobles, lorsqu'elle est régulièrement trempée dans une quantité suffisante de poison-guivre s'imprègnera du poison sans s'abîmer. Ne perdant que très peu son efficacité avec le temps, il suffira de répéter l'opération après chaque utilisation de l'arme.
Une plaie causée par une lame enduite de poison-guivre sera très rapidement mortelle si rien n'est tenté dans les minutes suivant la blessure. L'action mortelle du poison pourra être fulgurante et terriblement douloureuse si la victime continue de bouger, car, stimulé par le mouvement, il attaquera le système nerveux comme se dresse un serpent pour mordre, d'où don nom de "poison-guivre". En revanche, si la victime garde la présence d'esprit de ne bouger que le moins possible, le poison répandra d'abord dans son corps un froid mortel qui prend d'abord dans les membres, puis une paralysie progressive qui attaque les bras, les jambes, le cou et le nerf optique en premier et qui finira par tuer la victime en une vingtaine d'heures, mais sans douleur.
Afin de sauver une personne blessée par une arme enduite de poison-guivre et qui serait sous l'effet de la paralysie, l'on pourra tenter d'agrandir la plaie causée par l'arme et de retirer les tissus nécrosés, puis d'administrer toutes les heures des potions et des philtres favorisant la régénération sanguine et stimulant le coeur. Si l'ablation des tissus s'opère dans les minutes suivant la blessure et que la victime sort de la torpeur induite par le poison avant deux jours, on pourra estimer qu'elle est tirée d'affaire, pour peu que la blessure n'ait pas touché de point vital.
Le poison-guivre fut utilisé notamment par les Faiseurs de Mort qui lui donnèrent son deuxième nom de "baiser-de-paix", ces assassins éprouvant un profond respect à l'égard des victimes acceptant dignement leur sort : elles seront ainsi "récompensées" par une mort douce et sans douleur, alors que celui qui lutte et prétend triompher mourra rapidement dans une terrible souffrance.

Extrait de La Fiole pourpre, par Lu-Bomers.