Histoire de l'Ar'Kahargal




'Ar'Kahargal est l'un des plus récents pays d'Oneira. Sa formation ne date en effet que du milieu du sixième siècle, lorsque des chamans venus du Roban voisin puis du lointain Arkfeld ont cherché à donner un cadre aux communautés humaines existantes. Mais, comme nous le savons, l'histoire ne commence pas lorsqu'un Etat apparaît : pour comprendre l'Ar'Kahargal, il faut remonter bien avant, jusqu'à la Guerre de l'An 0.

n l'an 0, ce territoire a été fortement meurtri ; c'est en effet non loin que les Gardiens d'Oneira ont mis fin au conflit en conjuguant leurs pouvoirs, faisant disparaître par la même occasion la magie sur une vaste aire dont l'Edanel était le centre. Les courants magiques, fortement perturbés, ont été interrompus dans le futur Ar'Kahargal durant des siècles et ce n'est que depuis deux ou trois cent ans que la magie refait une apparition progressive dans le pays - que l'on peut suivre par le renouveau, lent, des peuples magiques.
Tout peuple avait alors quitté la contrée. Ce n'est manifestement qu'après au moins un demi-siècle que les premières communautés (toujours humaines) sont arrivées dans le nord des Kahargal. Il s'agissait alors de populations nomades ou semi-nomades qui vivaient essentiellement de la chasse et qui se battaient continuellement pour les meilleures terres.
La population croît lentement et conserve ses caractéristiques premières jusqu'à l'époque de la fondation de l'Edanel, à la fin du troisième siècle. Le pays en gestation au sud révèle dès l'origine une violence et une intolérance qui poussent une partie des habitants du sud des Kahargal à migrer vers le nord. S'installent alors en Ar'Kahargal des groupes plus sédentaires qui cherchent à se fixer ; de là découlent nombre de conflits avec les nomades déjà présents dans la région.
Les diverses communautés s'organisent selon un modèle parfois appelé "clanique" ou "seigneurial" : de petits regroupements, largement basés sur des liens familiaux, autour d'un chef charismatique qui assure la protection et la survie du groupe. Elles s'opposent continuellement aux communautés alentours, le but étant d'acquérir des terres arables ou des pâturages, l'accès à des voies de communication… En parallèle la sédentarisation s'impose comme un standard et le nomadisme disparaît peu à peu.
Dans le futur Ar'Kahargal résonne donc presque en permanence le bruit des armes, chaque village entrant en conflit à un moment ou à un autre avec ses voisins. Cette situation originelle a marqué profondément le pays et certains traits se retrouvent aujourd'hui encore.
En parallèle les vestiges de cités laissés probablement par les Bâtisseurs sont réinvestis petit à petit et se mettent en place là des organisations plus complexes, plusieurs "clans" devant coexister dans un même territoire. Les premières cités (Samokria, Drokan-Est, Sourna) se posent en centres commerciaux à l'échelle de leur région et servent de place d'échanges et de zone neutre où toutes les parties peuvent se retrouver ; les diverses communautés de ces villes s'entendent pour faire régner la paix et l'ordre en ces lieux, qui deviennent de facto des espaces de médiation.
Le manque d'un élément unificateur à l'échelle de l'Ar'Kahargal (le nom n'existe bien entendu pas encore) se fait cependant cruellement sentir à l'heure où les pays voisins se structurent, en particulier l'Edanel qui cherche à s'étendre vers le nord. Les tribus locales parviennent tant bien que mal à résister mais doivent pour ce faire passer des alliances et des fédérations de plus grande importance, dirigées par des chefs de guerre, apparaissent dans les régions frontalières. Mais en temps de paix les troupes de ces entités politiques ont tendance à se tourner vers l'intérieur et à se battre les unes contre les autres : le cinquième siècle est marqué par des affrontements incessants, successivement contre l'extérieur et contre l'intérieur.
L'Ar'Kahargal est alors un pays agité, manifestement incapable de s'unir et de stabiliser sa situation, un élément perturbateur à l'échelle du sud d'Oneira.

'est dans ce contexte que des chamans sont venus du Roban vers l'an 550, afin d'aider les populations à construire un système plus cohérent et moins chaotique. Le prestige dont bénéficient les chamans, particulièrement en Ar'Kahargal, leur facilite la tâche et en l'espace d'un demi-siècle se mettent en place des structures de base : le Code des Seigneurs, le Grand Conseil et le Code de la Guerre. Ces trois piliers ont aujourd'hui évolué et d'autres structures sont venues se greffer sur l'organisation de l'Ar'Kahargal, mais ils demeurent malgré tout bien vivaces.
Le Code des Seigneurs vise à formaliser les cadres de la domination des anciens chefs de clan (nous parlons ici de groupes humains, et non d'organisations claniques au sens habituel du terme) et chefs de guerre sur les populations vivant sur leurs territoires, en établissant des règles communes en matière de justice (le droit de vie et de mort n'est plus absolu), de fiscalité, de levée d'armes… L'application de ce code ne se fait pas sans heurts, de nombreuses dispositions étant interprétées par les nouveaux seigneurs en fonction de leurs intérêts du moment.
Le Grand Conseil est l'assemblée qui réunit tous les seigneurs. A l'origine, il devait se réunir une fois tous les deux ans et devait servir à susciter le dialogue et l'émergence d'un esprit national. Il a cependant très rapidement pris une orientation propre : les représentants des villes, qui n'étaient pas considérés comme des seigneurs, ont imposé leur présence à ces rassemblements ; le Grand Conseil a également été amené très vite à s'occuper de coordonner la défense contre les armées de l'Edanel et les réunions ont donc été plus fréquentes que prévues. Les chamans ont décidé que le Grand Conseil se réunirait à un endroit fixe, le bourg de Derkanos ; cela explique qu'au fil du temps Derkanos ait acquis une importance particulière et qu'elle soit aujourd'hui la capitale du royaume.
A la fin du sixième siècle, le Grand Conseil s'est alors doté d'un Conseil restreint, permanent, chargé de gérer les affaires courantes, d'appliquer les décisions du Grand Conseil entre deux sessions (en particulier en matière de défense) et de préparer les réunions ordinaires et extraordinaires. En outre a été décidée la création d'une Cour de justice s'occupant de régler les litiges opposant plusieurs seigneurs, ou des seigneurs et des villes, et de veiller à l'application des Codes et des résolutions du Grand Conseil.

e Code de la Guerre est, de ces trois piliers, celui qui a le mieux traversé les siècles. Ce texte définit les modalités des conflits intérieurs afin d'apporter un minimum de règles et d'éviter de voir l'Ar'Kahargal sombrer dans la guerre civile ou qu'il ne se fasse écraser par une puissance étrangère sans se défendre. Sans entrer dans des détails fastidieux (se référer pour plus de précisions à mon article paru dans la Revue l'Echo de Laiirna), nous pouvons en évoquer les points principaux.
Une guerre doit être précédée d'une déclaration de guerre émanant de l'agresseur, envoyée au moins une semaine avant la date fixée pour l'ouverture des hostilités. Une guerre peut être déclarée lorsqu'un seigneur s'estime offensé par un de ses voisins, qui aurait porté atteinte à son honneur : une condition suffisamment vague pour pouvoir faire feu de tout bois et prendre n'importe quel prétexte.
Des opérations armées ne peuvent être menées entre le solstice d'hiver et le solstice de printemps (c'est ce jour que les combats reprennent ou que les guerres sont déclarées) et durant la moisson (soit les mois de sameï et asten dans la plupart des régions, afin d'empêcher d'affamer les populations ; cependant on peut remarquer qu'il suffit de dévaster les champs un peu auparavant pour parvenir au même résultat…). Si une guerre est déclarée pendant ces périodes, les affrontements ne peuvent débuter qu'une fois la date passée ; les deux parties sont cependant considérées comme en guerre.
Une guerre ne prend fin qu'après la capitulation d'une partie ou après un accord entre les deux protagonistes. Une guerre commencée n'est pas terminée d'office si l'hiver ou la moisson commence : les opérations sont simplement gelées et reprennent sitôt la période de trêve achevée.
Il est interdit de se livrer à des combats entre le crépuscule et l'aube.
Il est interdit de se battre lors des périodes de trêve décidées par les deux parties et formalisées dans un contrat écrit.
Les infractions à ces règles ont d'abord été jugées par la Cour de justice du Grand Conseil. Si l'accusation (qui passe sous la protection de la Cour le temps de l'affaire : la guerre est alors gelée) parvient à faire la preuve que son adversaire a transgressé le Code, la sanction habituelle pour le seigneur fautif est la déchéance : il perd ses titres, ses biens ; sa famille perd également tous ses privilèges. Le seigneur qui l'a fait déchoir reçoit en compensation le pouvoir sur le territoire de son ennemi.
Passer outre ces lois séculaires est donc lourd de conséquences et peu osent s'y risquer ; l'on raconte cependant parfois que certains l'ont fait sans être punis car ils ont réussi à anéantir leurs adversaires avant que l'affaire ne soit portée devant la Cour.
Le Code ne prévoit en revanche rien (si ce n'est la trêve de la moisson) pour protéger les populations des exactions de la guerre : c'est au seigneur de protéger ceux dont il revendique le gouvernement et s'il y échoue, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même. Cela peut sembler évidemment barbare à un habitant de l'Alakh'Sun où la protection de la population est le maître mot. Cependant il est indéniable que ce Code est un puissant facteur de lien et qu'il contribue fortement à unifier et à structurer la société de l'Ar'Kahargal.

'organisation du pays n'est donc pas restée immuable après la venue des chamans. Les premiers changements importants ont été, à la fin du sixième siècle, la création d'un Conseil restreint et d'une Cour de justice, deux instances qui illustrent bien le succès de l'entreprise des chamans : le pays s'était alors doté d'organes centraux de pouvoir, affirmant par là la prise de conscience d'une unité. Le Grand Conseil a également, au même moment, choisi des symboles pour le pays, en particulier un drapeau qui représente un griffon jaune s'envolant sur un fond bleu.
Une autre modification majeure est intervenue vers la fin du siècle suivant avec la montée en puissance des secrétaires du Conseil restreint, une évolution qui se conclut en 746 avec le couronnement du premier roi de l'Ar'Kahargal. Le passage à la royauté ne s'est pas fait sans heurts : dès le début du sixième siècle un grand seigneur, du nom de Kermar'Nhol, qui était très riche et qui était l'un des personnages les plus en vue du Grand Conseil avant de devenir membre du Conseil restreint, avait tenté en 623 de prendre le pouvoir et de se faire proclamer roi. Il avait cependant échoué face à une coalition de seigneurs majeurs.
Entre 623 et 746, le contexte a changé. Alors que Kermar'Nhol avait cherché à s'imposer face aux autres seigneurs, c'est une grande partie d'entre eux qui décident, au Grand Conseil, de désigner le secrétaire du Conseil restreint comme roi en 746. Il s'agit alors de conférer un pouvoir plus important à un personnage unanimement salué comme honorable et intègre, Taroln'Kerllön, lui permettant de faire appliquer réellement les décisions du Grand Conseil et de la Cour de justice, après le démantèlement d'une conspiration contre le Grand Conseil fomentée par une cabale de seigneurs très puissants.
Parallèlement le Grand Conseil vote la création des Sentinelles, une force armée placée sous les ordres du roi, composée de mille hommes (officiers compris) choisis par le souverain parmi l'ensemble des hommes d'armes du pays. La pratique a perduré jusqu'à nos jours : lorsqu'un poste est à pourvoir, le roi peut désigner n'importe qui et cette personne rejoint les rangs. Il est cependant tacite que le roi ne choisit pas un seigneur pour un poste de simple soldat, mais uniquement pour un poste d'officier. Un soldat royal abandonne ses titres, sa fortune et doit, normalement, se consacrer uniquement à sa mission.
L'apparition du roi n'est pas une coupure radicale. Si un nouveau centre de pouvoir apparaît, le cœur de la puissance en Ar'Kahargal demeure le Grand Conseil - qui cependant est désormais présidé par le roi. Cela se voit nettement lorsqu'une dynastie royale s'éteint, puisque c'est le Grand Conseil qui désigne dans ses rangs celui qui est le plus à même de devenir roi.

près l'apparition de la royauté, le système politique de l'Ar'Kahargal reste stable durant près d'un siècle et l'histoire du royaume ne comprend rien qui sorte de l'ordinaire : multiples guerres privées (qui ne ralentissent pas) entre seigneurs, expéditions contre les pays voisins, particulièrement contre l'Edanel qui est très menaçant à cette période, querelles sans fin au Conseil.
Toutefois il ne s'agit pas d'un siècle de stagnation : une évolution longue est à l'œuvre, qui va éclater au grand jour durant la crise suivante ; il s'agit, bien entendu, de la montée en puissance des grandes villes côtières.

n 838, le roi Hilem'Kerllön, petit-fils du premier roi, s'éteint alors qu'il n'a que cinquante ans. Son fils, Pandiar lui succède, alors qu'il n'a pas vingt ans ; deux ans plus tard, il meurt dans un accident de chasse (aux circonstances un peu mystérieuses, semble-t-il), sans descendance et sans famille proche.
La royauté se trouve ébranlée avec l'extinction de la première dynastie. Un groupe de grands seigneurs des terres montagneuses (venus notamment des régions de Surk) se forme alors au Grand Conseil et s'oppose à l'élection d'un nouveau roi, en mettant en avant la nécessité de revenir aux traditions anciennes. Une autre faction, composée pour l'essentiel de seigneurs des plaines fertiles et des alentours du lac du Drokan, veut au contraire imposer son champion, Kilgior'Baorn, un seigneur modeste mais réputé pour ses talents de négociateur et son intelligence.
Les traditionalistes promeuvent l'idéal guerrier d'antan : guerres privées sans limites autres que celles du Code de la guerre, les seuls moments de suspension exceptionnels étant les guerres contre les pays voisins ; or les traditionalistes se prononcent également en faveur d'expéditions offensives au sud et à l'ouest. En revanche les royalistes veulent poursuivre l'unification du royaume en lançant des chantiers d'infrastructures protégés par l'autorité du roi et du Grand Conseil, échappant de fait aux guerres privées. Il s'agissait notamment de doter l'Ar'Kahargal de routes pavées. Ce programme attire les cités côtières de Dir'Arch, Sheloka et Kimora, qui ont rejeté l'autorité de leur seigneur respectif plusieurs décennies auparavant et connaissent depuis un demi-siècle une expansion sans précédent grâce au commerce maritime.
La question déborde rapidement hors du Grand Conseil. En 841, des bandes rivales s'affrontent dans Derkanos et les chefs de chaque camp finissent par quitter la ville où s'affairent désormais assassins et pillards. Le Grand Conseil est alors de facto suspendu et les deux camps se préparent à la guerre civile.
Cependant des chamans venus d'Arkfeld apportent leurs conseils à Kilgior qui parvient à trouver un compromis entre tous les acteurs avant que les armées ne s'affrontent et fait signer la Paix du Roi en 843.
La Paix du Roi entérine l'existence de la royauté et désigne un nouveau souverain en la personne de Kilgior. Le souverain devient statutairement le seigneur de Derkanos, dont le statut de capitale est à nouveau rappelé. En contrepartie, les traditionalistes obtiennent un amoindrissement des prérogatives royales, limitées plus précisément, ce qui bénéficie au Grand Conseil. Ils doivent cependant accepter que les trois grandes villes côtières soient représentées au Grand Conseil, avec un poids égal à celui des grands seigneurs. Enfin un programme d'équipement de l'Ar'Kahargal en routes est décidé, ce qui doit favoriser le commerce aussi bien que la défense du pays.

près la résolution de cette crise, l'Ar'Kahargal poursuit son chemin. Les cités côtières continuent de commercer avec tout Oneira et s'imposent comme des pôles incontournables des échanges. Les guerres privées et les escarmouches extérieures se poursuivent. Plusieurs dynasties royales se succèdent sans heurts, en 885 et en 929. Le système politique du pays semble avoir atteint son point d'équilibre et les éléments marquants de la période suivante touchent à d'autres domaines. Il s'agit surtout de la réapparition, timide, de la magie dans le nord. Dès la fin du neuvième siècle, des praticiens de la magie resurgissent en Ar'Kahargal. Ce regain de la magie est sans aucun doute un des facteurs qui poussent la nouvelle reine de l'Edanel, Calyks, à intensifier la lutte contre l'Ar'Kahargal au détriment de la lutte contre les hérésies internes. Malgré tout l'usage de la magie reste, encore aujourd'hui, très limité et se cantonne pour l'essentiel aux grandes cités côtières.
La seconde moitié du dixième siècle est marquée par deux guerres très dures, d'abord contre l'Edanel, puis contre le Roban.
En 965, sous l'impulsion de la nouvelle politique extérieure voulue par la reine Calyks, l'Edanel lance une offensive contre son voisin septentrional, profitant d'un relâchement de la vigilance dans les forts du sud de l'Ar'Kahargal. En effet, une succession seigneuriale, contestée par un bâtard disposant de nombreux appuis, a embrasé toute la région. C'est la première attaque massive de cette ampleur lancée par l'Edanel contre l'Ar'Kahargal ; elle est dirigée par le Ktár Fegor. Les armées edaliennes ravagent le sud du pays et en 970 elles parviennent à pousser jusqu'à Samokria ; la ville est alors pillée puis livrée aux flammes.
Ce n'est qu'en 974 que l'Ar'Kahargal parvient à remporter des victoires marquantes contre l'envahisseur, grâce au commandement de deux personnages devenus légendaires dans le pays : Kerodahr, un ancien capitaine des Sentinelles, et l'Ombre, un homme mystérieux. Ce duo redoutable prend la tête des armées du pays en 973 et remporte une série de batailles en 974. En 975, ils écrasent le corps principal des Edaliens durant la bataille dite des Monts des Cieux et Kerodahr décapite le prince Fegor qui l'a défié en duel. L'Edanel doit alors accepter la perte de la région de Kockua (où les prêtres de Korin déclenchent d'immenses incendies avant de partir…). A partir de 975, la frontière sud de l'Ar'Kahargal est beaucoup plus calme : si la guerre est en théorie en cours, les échauffourées sont rares et l'Edanel ne lance plus d'invasion avant 1019.
Une fois la frontière sud devenue plus calme, l'Ar'Kahargal se tourne vers le nord-ouest où certains incidents ont eu lieu les années précédentes. Les seigneurs frontaliers poussent à la guerre dans l'espoir d'augmenter leur territoire et entretiennent un climat de tension dans la région. Aussi, lorsque le Roban semble pouvoir dépasser ses dissensions internes et s'unir sous la houlette du roi Opron, ces seigneurs n'ont pas de mal à montrer au Grand Conseil le danger que représenterait un Roban stable ; la guerre dite des Kahar est déclenchée par le Grand Conseil en 994.
Cette guerre de six ans commence d'abord très favorablement : le Roban connaît encore des problèmes intérieurs qui paralysent les contre-attaques et les armées de l'Ar'Kahargal s'emparent de terres et même de Mevyran. Cependant Opron parvient à remporter une bataille décisive dans les monts du Sykarion en 995. La situation n'évolue guère au cours des deux années suivantes, Opron se concentrant sur la politique du pays et les seigneurs frontaliers de l'Ar'Kahargal tentant de convaincre les seigneurs de l'est et les villes côtières de l'importance de la guerre. En 998, Opron reconquiert Mevyran et le Grand Conseil se déchire sur la question de la poursuite du conflit. Les deux pays concluent finalement une paix blanche en 1000 (le traité du Sykarion) qui satisfait toutes les parties, y compris les plus bellicistes qui ont compris qu'ils n'avaient plus les moyens de gagner quoi que ce soit.

uite à ces deux conflits très durs, la fraction favorable à l'apaisement sur le plan extérieur l'emporte durablement au Grand Conseil ; leurs adversaires les plus virulents, décimés par la guerre des Kahar, ne parviennent pas à peser sur la ligne politique du pays. Les trois grandes cités côtières, Dir'Arch, Sheloka et Kimora, gagnent encore en influence et, grâce à leur puissance économique, sont les principaux artisans de l'insertion de l'Ar'Kahargal dans les relations internationales.
Si le pays conserve ses traditions, tant sur le plan des guerres privées que de l'organisation politique, il n'en a donc pas moins subi de grandes transformations, essentiellement sur le plan de l'attitude face à l'extérieur.

'Edanel, comme souvent, échappe à la règle : les deux premières décennies du onzième siècle sont calmes, donnant raison aux partisans d'un apaisement. L'Edanel, très éprouvé par la défaite de 975, panse ses blessures. Il signe un traité de paix avec le Roban en 1018, ce qui lui laisse les coudées franches pour attaquer à nouveau l'Ar'Kahargal et faire oublier son échec passé. Au début de l'année 1019, les armées edaliennes s'emparent du col de la Grande Fourche, l'une des principales portes d'entrée du sud du pays.
Les seigneurs réagissent rapidement - les leçons de la précédente guerre semblent avoir été tirées - mais ne parviennent pas à repousser rapidement les envahisseurs, en nette supériorité numérique. Le Grand Conseil décide en 1021 de louer à la cité de Dir'Arch toutes ses troupes terrestres, qui viennent soutenir les seigneurs dès 1022 ; la cité libre fournit également, comme contribution à l'effort du pays, son meilleur général. Mais ces renforts sont insuffisants, sans doute en raison de tensions dans l'état-major de l'Ar'Kahargal (il semblerait qu'une partie des seigneurs refusent les stratégies proposées par le général de Dir'Arch, issu de la roture). Aussi la coalition de l'Ar'Kahargal ne parvient pas à reprendre le dessus et doit abandonner progressivement toute la région des hauts plateaux de la Nuit des tempêtes, dans laquelle les conditions de vie sont difficiles mais dont le sol regorge de minerai de fer.
En 1027, le Grand Conseil envoie des négociateurs aux Edaliens. Le pays, épuisé financièrement, ne peut poursuivre la guerre, d'autant plus que les cités libres ont annoncé l'année précédente vouloir se retirer du conflit. l'Ar'Kahargal doit accepter des conditions très dures pour obtenir un cessez-le-feu : l'Edanel conserve les régions conquises et entame la construction d'une forteresse gigantesque sur le col de la Grande Fourche.
L'Ar'Kahargal n'obtient pas la paix définitive désirée. l'Edanel, en effet, prépare dès 1027 l'offensive suivante, la forteresse de Mael-ra étant conçue dès l'origine comme la base stratégique de l'attaque. Elle est achevée en 1032 ; l'exploitation des gisements de fer commence aussitôt, alimentant les forges qui s'abritent derrière les remparts de Mael-ra. En 1035, galvanisés par les prophéties de la Haute prêtresse de Korin Laedia, les Edaliens entrent à nouveau en Ar'Kahargal. La guerre ne dure que quatre années et s'achève, dans des circonstances assez obscures (la question étant de savoir si les luttes de pouvoir en Edanel ont affaibli leur armée), sur une défaite de l'Edanel. Les frontières restent au même niveau qu'en 1027.

Mille ans d'Histoire Kahargienne, par Kal-Noch'Ändun.