Origines et Histoire de la Guilde des Messagers




l n'est de besoin plus évident ni plus essentiel que celui de communiquer, et toutes les civilisations du monde ont consacré à cette nécessité bien des ressources et des efforts. Après le chaos qui résulta de l'An 0, ce besoin fut naturellement propulsé au premier plan, aussi l'on prétend que la Guilde des Messagers fut la première à voir le jour. Cela a théoriquement été attesté par le Catalogue des Confréries dont la Guilde des Messagers marque la première entrée, mais la plupart des historiens affirment que la fondation de l'ordre des Messagers est bien antérieure à l'existence du Catalogue. Il s'agissait au départ de rien de plus que ce que son nom indique : une guilde dont le but était la transmission rapide, sûre et efficace de messages écrits ou parlés. Naturellement appariée à la Guilde des Scribes, la Guilde des Messagers s'est rapidement étendue à tout Oneira et s'est structurée de façon formelle en 532 avec l'ouverture de son premier Bureau des Lettres à Kemyron au Sarelos. Dès lors, les messagers portent l'insigne aux trois étoiles et clament fièrement leur devise : “leve'irin len'Mal ; leve'ete len'Mal” (“les Mots sont ; les Mots vont”). Rapidement, un Bureau ouvre dans chaque capitale oneirienne, puis dans chaque ville d'importance.

Buste de Sige-Domenvë, par Erana.
n 708, après plusieurs siècles de services constants qui ont positionné la Guilde des Messagers comme un phénomène incontournable et très populaire, intervient l'Affaire des Miracles à Laiirna, au cours de laquelle le messager Sige-Domenvë est tué sauvagement par le destinataire de son message, mécontent du contenu de celui-ci. Le caractère particulièrement barbare du meurtre pousse les chefs de la Guilde des Messagers à se pencher sur l'actualité tendue dans certaines régions d'Oneira : d'autres incidents au cours de la décennie écoulée sont réexaminés et la Guilde craint pour la sécurité de ses membres. Sige-Domenvë, simple messager de rang modeste, est érigé en martyr et présenté en exemple au cours de diverses manifestations organisées par la Guilde qui exige une meilleure reconnaissance et un statut d'intouchables pour ses membres, à l'instar des bardes qui détiennent l'immunité par décret international, y compris en temps de guerre. Malheureusement, le contexte politique et historique est défavorable : de nombreux pays sont sur la voie qui mène à la guerre et rares sont ceux qui seraient prêts à renoncer à l'avantage tactique de capturer ou d'abattre le porteur du message d'un adversaire, d'autant que la Guilde, pour être appréciée, ne peut décemment pas être considérée comme un potentiel allié d'importance, puisqu'elle revendique sa neutralité politique. Après une crise interne, la Guilde des Messagers élit en 709 un nouveau Maître en la personne de Salea'Eusteran qui se trouve être la demi-soeur de Domenvë. Rusée et ambitieuse, Salea'Eusteran entame un profond remaniement de la Guilde en créant plusieurs sous-ordres en son sein : le Bouclier Blanc voit ainsi le jour en 711, suivi en 712 par l'Ordre du Rang qui propulse la Guilde dans des sphères plus élevées, sinon politisées, et le Corps des Notoires en 714. Les messagers d'origine, quant à eux, prennent le nom de Sûrvent. Outre cette restructuration officielle, Salea exploite également l'image de son frère pour rappeler à tous les nouvelles ambitions de la Guilde : en incitant tous les Bureaux à exposer le portrait ou le buste de Domenvë, elle rappelle aux Messagers la nécessité de se défendre, et aux clients que la confrérie n'hésitera pas à se porter au secours des siens.

l est courant d'imputer à Salea'Eusteran une partie des excès, réels ou imaginaires, commis par la Guilde des Messagers au cours du huitième siècle, mais l'historien appliqué saura décrypter la réalité : durant son long mandat, Salea a dirigé la Guilde avec la sagesse, la maîtrise et la mesure qui ont fait défaut à ses quelques successeurs, parmi lesquels Markon'Duregan qui fonda le Marteau Rouge en 763 (une décision condamnée par Salea elle-même), ou l'ambitieux Folner'Girdan à qui l'on doit à la fois la Confrérie des Implors (792) et la Main-Mandat (828). La réputation de la Guilde des Messagers a souffert de cet élargissement de ses activités : la population jusqu'alors confiante dans la probité des Messagers commence à mettre en doute leur honnêteté après plusieurs épisodes sordides au cours desquels la Guilde, pour accroître son influence politique et économique dans certaines régions du monde (mentionnons en particulier le Sarelos, bien sûr, mais aussi l'Ar'Lumn, l'Alakh'Sun et les cités libres d'Ar'Kahargal), aurait tiré profit d'informations confiées à la discrétion du Sûrvent. Au début du neuvième siècle, la voix populaire s'élève contre la Guilde des Messagers, mettant en doute le bien-fondé de certains de ses actes, en particulier perpétrés par le Marteau Rouge qui prête main notamment aux campagnes d'invasion menées par l'Ar'Thard.

'est au désormais célèbre Magon'Lith que l'on doit un nouveau remaniement profond de la Guilde, la rédaction de son nouveau Code et l'établissement de ses trois Gardiens (855). Pour mettre fin à de nombreux scandales, il organisa également la dissolution du Marteau Rouge (854) sous sa forme voulue par Markon'Duregan, et intégra la plupart de ses membres au Bouclier Blanc dont la popularité allait croissant. Sous l'impulsion de Magon'Lith, la Guilde fut incitée à se recentrer sur ses activités d'origine qui sont dès lors considérées comme une priorité : tous les autres sous-ordres, dont le Bouclier Blanc, doivent le cas échéant oeuvrer à la qualité du service des Messagers, qui prime sur toutes les autres activités de la Guilde. Des notions d'honneur, de discrétion, de loyauté et de probité sont mises en avant. Si le Sûrvent conserve son antique devise “les Mots sont, les Mots vont”, d'autres sont créées : pour le Bouclier Blancaux Boucliers, la Loyauté”, pour les Notoiresle déshonneur si mis en doute”, etc.

epuis le mandat de Magon'Lith, qui prit fin en 880 la Guilde des Messagers n'a plus guère eu à soutenir de scandale véritable, mais à cause de ses activités parfois douteuses (on ne pourra s'empêcher de penser à la Main-Mandat en tout premier lieu, et bien sûr, dans un registre moins sérieux, au Collège des Gris ou aux Argus) et de son incontestable goût du secret, elle reste la cible favorite des rumeurs de complots. Depuis l'inauguration de l'Hôtel des Lettres d'Illéranyne en 1023 et la signature du Pacte des Guildes en 1037, les Messagers se sont cependant à nouveau concilié les bonnes grâces de la majeure partie des oneiriens.

Extrait du Guide des Guildes et des Confréries d'Oneira.