Le culte de la Terre




e culte de la Terre est un culte très ancien, appuyé sur les plus anciennes pratiques d'Oneira. Il n'est guère connu et pratiqué qu'au Roban et, dans une moindre mesure, en Ar'Kahargal. En dépit de sa proximité avec l'Edanel et le lieu de la grande Bataille des Gardiens, et contrairement à la plupart des autres cultes, le culte de la Terre n'a été que très peu altéré par la catastrophe de l'an 0. Ce fait étonnant dépend essentiellement de la profonde philosophie du culte, héritée des petits peuples fidèles à Maveneva. Le culte de la Terre est ainsi avant tout un culte de traditions et de souvenirs. Ainsi, le culte se consacre bien naturellement à Délomaque mais aussi à un petit nombre de dieux presque immuables, divinités de la famille et du foyer (Delinen, Malaïra...), de la terre et des choses solides (Lyr-Roban...).
La principale modification que le culte ait connu du fait de l'an 0 tient à une figure majeure, aujourd'hui considérée presque à l'égale d'un dieu. Il s'agit de Revan, à qui l'on impute la fondation du Roban. Surnommé l'Eleveur de Falaises par les fidèles du culte de la Terre, Revan aurait en effet donné sa vie pour permettre l'érection des hautes falaises qui constituent la quasi-intégralité des côtes du Roban et protègent le pays des agressions maritimes, tant du fait des humains que de la nature. L'on doit probablement à Revan, ou au moins à son premier disciple, Genos, la permanence des anciens principes et rites du culte et sa restauration presque intégrale après l'an 0.
Bien que largement pratiqué après l'an 0 et avec, semble-t-il, beaucoup d'assiduité, le culte de la Terre fut ruiné par les dictatures qui se sont succédées au Roban depuis la chute de la lignée des Doran. L'histoire troublée du Roban à daté de 815 a pratiquement anéanti le culte tel qu'il avait été connu et pratiqué depuis l'an 0.
C'est Regeran-le-Maudit qui, dès son accession au trône en 815 s'empara du culte de la Terre pour modifier les mentalités, le tourner à son propre avantage et transmettre ses propres idées et principes. Regeran et ses fils ont ainsi, de 815 à 929, prétendu que Revan, fondateur du Roban et possesseur des plus incroyables capacités du culte de la Terre, ne faisait qu'un avec Ghor, le dieu de la Guerre que connaît l'Edanel, un dieu détaché du système habituel puisque ses fidèles s'opposent à l'existence même de Délomaque. Sans aller aussi loin, la lignée des Kahrinor a, par ce biais, renforcé artificiellement la tradition guerrière et la vocation belliqueuse du Roban, au mépris de ses croyances et de ses traditions les plus anciennes.
Les successeurs de la lignée des Kahrinor, submergés par les troubles civils et la misère du Roban ne cherchèrent jamais à restaurer les anciennes croyances. Pire encore, Shevar instaura une véritable terreur, bâtissant des temples consacrés à Ghor et traquant les prêtres et fidèles du culte de la Terre restés fidèles aux anciens idéaux du culte.
De fait, la philosophie du culte fut le plus lourd handicap des rois du Roban après la chute de la lignée des Doran. Prônant la résistance devant les épreuves et le refus du changement, le culte n'a pas permis au Robannais d'assimiler la fin définitive d'une lignée qui demeura aussi longtemps sur le trône que celle des Doran. Ainsi, tous leurs successeurs se heurtèrent à une population massivement inerte et tournée vers son passé. Pour les adeptes du culte de la Terre au Roban, la mort des Doran a signifié définitivement l'effondrement des fondations du pays et la disparition de ses racines : la pire chose qui puisse arriver.
La mort de Shevar, en 981, puis le retour d'un lointain descendant des Doran sur le trône, a enfin permis un retour à la normale pour le culte. Dès 987, Opron restore le culte de la Terre et met un terme à la persécution de ses prêtres qu'il convie à partager le pouvoir avec lui.
Commence alors pour le culte de la Terre un phénomène que le reste d'Oneira connut dès l'an 0 : la recherche forcenée des traditions et des souvenirs anciens, peu à peu gommés par les années de guerre. Les temples les plus importants seront relevés, et la hiérarchie du culte enfin renouvelée. Toutefois, si la philosophie profonde du culte n'a guère varié avec ce qu'elle était à l'an 0, ses adeptes font la part belle à de nouvelles idées : la force, la fierté, l'honneur, le courage au travail, la fidélité aux idées et à la parole donnée. Plus que jamais, le culte est animé d'une vigueur nouvelle et s'appuie sur les choses solides qui ont fait leur preuve tout au long des terribles années de guerre : on fait bloc pour résister, on ne plie pas. De même, les adeptes du culte de la Terre n'accordent que peu d'importance à des domaines pourtant chèrs au cœur de la plupart des oneiriens : chance et la malchance, la divination, etc.
Le caractère inébranlable des adeptes du culte de la Terre a, depuis toujours, fait du Roban une société peu souple qui a davantage souffert, peut-être, qu'elle ne l'aurait fait si elle avait adopté une doctrine différente. Toutefois, cette mentalité a parfois permis d'extraordinaires réalisations : ayant refusé la disparition de la magie dans cette région d'Oneira après la catastrophe de l'an 0, les prêtres de la Terre et les adeptes du culte n'ont jamais cessé de se battre pour son retour et, encore aujourd'hui, pour son maintien, témoin remarquable et remarqué de la grande force des fidèles de la Terre.
Bien que stabilisé aujourd'hui, notamment par la signature du Maltelin-Kan en 1021, le culte de la Terre n'a pourtant pas encore complètement retrouvé sa force d'antan. Sa restauration se trouve légèrement ralentie par la présence du Pyrelos sur le territoire robannais depuis 1016. Bien que les pyreliens aient œuvré avec constance pour la reconstruction des temples et des sanctuaires du culte, leur présence est aussi celle d'une doctrine complètement opposée - celle du culte de l'Eau qui s'appuie sur l'adaptation devant le changement. Ainsi, le culte de la Terre a eu à faire face à de légers conflits opposant les deux cultes, notamment en 1032.
Ainsi, encore fragilisé, le culte de la Terre a besoin de l'aide de tous ses fidèles pour poursuivre sa reconstruction. Ce besoin se manifeste notamment lors de l'entrée des aspirants au temple : les sélections sont extrêmement larges, ne tenant compte quasiment que de deux facteurs : la motivation du jeune apprenti, et sa capacité à manipuler la magie (la magie est essentielle au Roban et pour le culte de la Terre, pour les raisons mentionnées plus haut, et les prêtres doivent être capables de la manipuler et de l'enseigner à tous pour favoriser son maintien sur le territoire).
Comme dans le cadre de pratiquement tous les cultes d'Oneira, les neven et les prêtres de la Terre sont au service des adeptes du culte. Ils apaisent, conseillent, soignent, enseignent et transmettent, surtout, les traditions du culte. Les prêtres de la Terre possèdent également un certain nombre de capacités étonnantes. L'exacerbation de la philosophie du culte a donné lieu à une forme de magie unique basée sur la solidité et l'unité des choses. Un prêtre de la Terre sera capable d'un très haut niveau de concentration à l'aide duquel il parvient à sonder la matière à l'aide de son propre esprit, notamment le sol, les murs, etc. mais aussi les corps vivants et les esprits. Ils sont capables d'ajuster les choses, physiques ou immatérielles, à la perfection, et d'en saisir la nature profonde. Ainsi, on appelle un prêtre de la Terre, par exemple, avant de construire une maison (il sera capable de déterminer le lieu le plus à même de supporter les fondations et, plus tard, il saura renforcer les murs, éliminer les lézardes, etc...) ou avant de creuser un puits (il sait voir les failles dans la roche et en déduire la présence d'eau). Les prêtres de la Terre sont également d'excellents guérisseurs dans certains domaines, comme la guérison des fractures, mais aussi de certaines maladies dégénératives. Enfin, ils excellent dans la compréhension de la nature des choses et des gens : tout comme ils sont capables d'ajuster des objets entre eux, ils savent assembler les esprits pour former des équipes, souder des groupes et des familles, mais trouvent aussi comment révéler la force et le courage d'une personne pour lui permettre de faire front.

Extrait de Cultes de l'Ailleurs, par Kal-Liolla.