Histoire du peuple Nelgan




a naissance des Nelgan remonte sans le moindre doute aux grands conflits de la Guerre des Gardiens, plus précisément à la miraculeuse création d'Anena que nous rappellerons par cet extrait des célèbres Contes de la Guerre des Gardiens, du barde Fendell :
« C'est là que s'arrêta Kaena. Comme Dar, elle mit ses pieds dans la terre et elle leva les mains vers le ciel, mais au lieu de voler la magie d'Oneira, elle utilisa celle qui dormait dans son coeur. Ainsi, elle chanta (...), et son pouvoir était si grand qu'il l'enveloppa toute et qu'elle brilla comme une étoile, plus lumineuse que Mëteir, et sa lumière descendit sur tout Anena et l'enveloppa doucement. Cela dura longtemps, et les gens vinrent à Kaena, et ils pleuraient en la voyant car ils étaient les témoins de son sacrifice et de son courage. Le visage éclairé d'un doux sourire, elle brûla sa magie, et quand il n'en resta plus dans son corps et que ses cheveux furent devenus aussi blancs que les mains de Délomaque, elle brûla aussi sa vie et tomba inanimée (...). »
Telle est l'histoire de l'Ar'Anena : du temps où il s'agissait d'un pays sous l'autorité du grand empire de Thard, Kaena y rassembla les partisans de la paix, persécutés par Dar et son acolyte E'Dyrha, et ces partisans s'envolèrent avec Anena qui entama sa longue dérive vers le Nord, toujours plus loin de l'empire. Or il restait dans l'Empire de Thard de nombreux hommes et femmes opposés à la guerre, et leurs rangs grossissaient à la mesure de la détresse du peuple thardien. Ceux-là se rassemblèrent à leur tour : victimes de Dar et d'E'Dyrha, convaincus tardifs, frères, soeurs, époux, épouses, parents, fils de ceux qui avaient répondu en premier à l'appel de Kaena. Sous le commandement du plus noble d'entre eux, le prince Asthar, ils mirent leurs biens dans de simples charriots et quittèrent leurs maisons et leurs terres pour suivre l'Ar'Anena dans l'espoir qu'ils pourraient un jour y rejoindre leurs frères. De là vient leur surnom d'Îlombres, car les Nelgan ont traversé Oneira à l'ombre d'Anena, inaccessible dans les cieux (même si en réalité, l'Ar'Anena survola très longuement la mer d'Oivan, les Nelgan, eux, demeurant à terre et ne la contemplant que depuis la côte).

es Nelgan ne tissèrent que peu de liens avec les peuples des pays qu'ils ont traversés en ces temps anciens : les récits antiques les décrivent comme des êtres hantés par leur obsession de rejoindre leurs frères Aneniens, tourmentés par des visions, animés de la perpétuelle nécessité de se transmettre leur histoire à travers des chants reprenant les mélodies de Kaena. Les contes les plus extravagants parlent d'un chemin de Ténèbres que traçaient les Nelgan sur leur passage ou encore prétendent que tous ceux qui posaient les yeux sur un Îlombre perdaient la vue. Ces mythes fantasques datent peut-être de l'époque de la Guerre d'Andyr, alors que le culte des Ténèbres, ayant connu de terribles dérives, causait la terreur partout ailleurs que dans l'Empire de Thard. Mises à part ces fables exagérées, l'on tient les Nelgan pour responsables de l'érection de nombreuses pierres dressées frappées du symbole à cinq cercles (un grand au centre, et quatre plus petits au nord, au sud, à l'est et à l'ouest) caractéristique de l'art nelgan, qui forment un long sentier depuis l'actuelle Musä jusqu'à l'emplacement de l'Ar'Anena aujourd'hui, passant par les côtes mëanienne et evsyrienne, longeant le grand fleuve Calen, traversant toute la plaine de Dhara et les collines d'Anakar jusqu'aux plaines de Kaena. Enfin, ce sont probablement les Nelgan qui donnèrent à l'Ark'Kaena son nom, et il est pratiquement certain qu'ils furent à l'origine de la construction de certaines des rares villes de ce pays.

utour de l'An 0, la réputation des Nelgan, rompant avec une tradition millénaire, connaît un retournement positif. Le peuple triste et redouté gagne peu à peu une image bienveillante et serviable. Il est probable qu'à cette époque les Nelgan (peut-être protégés par leur pacifisme naturel ou bien par le don des Yeux d'Asthar) aient su résister à l'appel de la guerre et se soient consacrés à secourir les victimes de cette sombre période : on trouve de rares témoignages dans ce sens dans les quelques écrits anciens conservés en dépit des cataclysmes, contant que les prémonitions des Nelgan ont aidé à protéger des villages, qu'ils ont mis au service des blessés leurs connaissances des arts de la guérison, que leurs chants rappelant les horreurs des guerres anciennes ont éteint l'ardeur du combat dans le coeur de nombreux hommes qui inclinèrent ensuite vers la paix. Hélas, loin de l'Ar'Thard et de la protection miraculeuse dont E'Dyrha fit bénéficier son peuple, les Nelgan furent victime comme tous les autres peuples du terrible oubli qui frappa Oneira. Une grande partie de leur histoire, de leurs chants merveilleux et de leurs rites fut ainsi abandonnée, de même que certains de leurs dons déclinèrent.

e dernier acte du périple des Nelgan se joue en l'an 400, lorsque fut forgée la Dorithareln, fabuleux artefact, qui arrima l'Ar'Anena à la terre et stoppa son interminable dérive. Avec un retard de plus de huit mille ans, les Îlombres rencontrèrent enfin leurs frères, mais il semble que les retrouvailles n'aient pas été à la hauteur de leurs espérances : si les Nelgan furent accueillis comme des frères, ils ne parvinrent jamais à intégrer la société Anenienne. Les chroniques du pays volant font état de grandes fêtes, cherchent fastidieusement à retracer une généalogie commune remontant à des millénaires et consignent aussi de nombreuses alliances, mais elles racontent aussi que les Nelgan demeuraient incessamment tourmentés par le besoin de retourner à leur vie de nomades et qu'ils en transmettaient l'envie à leurs enfants, aussi reprirent-ils presque tous la route, cette fois en direction de l'Ar'Thard où le même déchirement se répéta : ni maison ni terre ne les attendant, devenus étrangers aux yeux de leur ancien peuple, les Nelgan furent incapable de s'installer. Depuis lors, ils sillonnent le nord d'Oneira, transportant histoires, nouvelles, connaissances et marchandises de l'Ar'Thard à l'Ar'Anena, contribuant à renouer le lien entre les deux peuples issus d'un même empire.



Origine et signification des noms et surnoms du peuple Nelgan


Les Nelgan : on ignore l'origine exacte de ce nom, mais il s'agit peut-être de la contraction des mots oneiriens nelen qui signifie « code » et gane qui signifie « huit », qui rappellerait peut-être que les fondateurs des Nelgan, dans l'Empire de Thard, vivaient dans l'illégalité et se reconnaissaient entre eux à l'aide d'un échange de plusieurs mots de passes. L'on peut également supposer qu'au lieu de gane, la seconde syllabe du mot Nelgan serait issue d'une contraction de l'oneirien maegan qui signifie « princesse », la princesse Loelen, fille de Kaena, ayant probablement joué un rôle dans l'évasion des partisans de la mère.
Les Gens-de-Dar (us'Uylen-Dar en mesalten, len'Uylen-Dar en damalten ; parfois respectivement contractés sous les formes us'Daryn ou len'Daryn) : ce nom très ancien fut longtemps péjoratif et atteste de la peur que provoquaient les Nelgan avant l'An 0. Aujourd'hui encore, il est considéré comme insultant lorsque le mesalten est employé, alors qu'il est neutre, voire respectueux, à travers l'emploi du damalten. Il s'agit à l'origine d'un sobriquet agressif soulignant le lien entre les Nelgan et Dar, le mal incarné et le responsable des pires maux de la Guerre des Gardiens. Les « Gens-de-Dar » étaient supposés charrier le mal avec eux et on les accusait volontiers des pires forfaits : déclaration d'épidémies, vols, meurtres, malédictions et sorts, cécité, etc. Aujourd'hui, ce surnom est purement factuel : les Nelgan ont en effet conservé de nombreux traits physiques et sociaux des thardiens, eux-mêmes appelés « peuple de Dar ».
Les Ténébristes ou Ténèbrards (us'Mulareen en mesalten ou len'Mulareen en damalten) : cet autre sobriquet péjoratif rappelle celui de « Gens-de-Dar », à la différence qu'il pointe ici la crainte du culte des Ténèbres au lieu de celle de Dar. Historiquement, ce nom est apparu entre -4000 et -4300, au moment des pires dérives du culte des Ténèbres. Pratiquement disparu depuis, il connaît malheureusement un regain de popularité aussi vain qu'inapproprié depuis l'apparition du Nokdar.
Les Mains-de-Kaena (us'Sorani-Kaena en mesalten, len'Sorani-Kaena en damalten) : cet autre nom fut utilisé par ceux qui, spécialement depuis l'An 0, admirent et respectent le peuple des Nelgan. Il rappelle les nombreuses légendes d'après lesquelles les Nelgan sont au service de Kaena qui peut agir à travers eux après avoir renoncé à tous ses pouvoirs pour sauver le peuple d'Anena des horreurs de la Guerre des Gardiens.
Les Doués-Gris (us'Miralen'Nokan en mesalten, len'Miralen'Nokan en damalten ; généralement abrégé en Miralenokan) : ce nom compte parmi les plus délicats à décoder, car il fait référence à la complexité historique et sociale des Nelgan : ni noirs (noir comme Dar, l'Ar'Thard, la kahrok noire...) ni blancs (blanc comme Kaena, l'Ar'Anena, la Kaekym, la kahrok blanche...), ils sont gris. Leurs dons, eux, sont multiples et les Nelgan les cultivent : chant et conte, art et artisanat, écriture, emploi des Arcanes, Yeux d'Asthar... ils sont innombrables et généralement élevés à de très hauts niveaux, enviés et admirés par tous.
Les Roues (len'Oledi) : ce petit surnom récent (il n'a sûrement pas plus de 500 ans) est utilisé sans animosité aucune par tous ceux qui sont coutumiers du passage des roulottes rouges et bleues des Nelgan le long de la route d'Ielena.
Les Îlombres (us'Mulnoel en mesalten, len'Mulnoel en damalten) : ce surnom est probablement le plus ancien dont on ait affublé le peuple des Nelgan. Il fait référence à la poursuite que les Nelgan ont faite de l'Ar'Anena à mesure de sa dérive vers le Nord.