A voir au Daafeld




Le Temple des Mille Prières


e Delminva, mieux connu sous les noms de Temple des Mille Prières, Temple des Dalles bleues ou Temple des Rivières fut probablement le complexe cultuel le plus vaste jamais bâti sur les terres d'Oneira. On le trouve au cœur de la région du Sartyon, non loin des ruines d'Isterön. Datant vraisemblablement des millénaires ayant assisté à l'épanouissement du grand Empire d'Andyr, il était composé d'un temple gigantesque et de trois cent quatre-vingt-huit édifices "secondaires" répartis ainsi : trois-cent tertres, quatre-vingt sanctuaires à un étage surmontés d'une plate-forme, et huit tours de forme et de hauteur distinctes (à base ronde, carrée ou octogonale, à trois ou huit niveaux) également coiffées d'une terrasse. Ces édifices, reliés entre eux par de larges sentiers de pierres, émergeaient au cœur d'un gigantesque lac artificiel appelé Sigiles (qu'on traduit généralement par "celui qui contemple" ou "celui que l'on contemple", de sigili, contempler), aux eaux sacrées sur lesquelles un barde aujourd'hui anonyme écrivit : "ses eaux brillantes comme les étoiles de Délomaque étaient un nectar qui nous plongeait dans l'extase, les poissons qui y nageaient avaient l'apparence de joyaux décorés d'or et d'argent ; un chant montait de ses profondeurs limpides, plus magnifique que celui des fées, et nous savions que nous étions bénis".
Chacune des trois cent quatre-vingt-huit terrasses du Delminva était destinée à une prière spécifique (pour une longue vie, pour de bonnes récoltes, pour le bonheur, l'honneur ou le courage, pour obtenir de la pluie, pour être protégé du feu, etc.). Pavées de pierre bleue incrustée d'argent selon des motifs uniques et complexes composés de volutes, de pictogrammes, de combinaisons de chiffres ou autres, ces terrasses recelaient un symbole unique dont certains sont encore visibles aujourd'hui, mais, accidentellement ou volontairement détruits, ils sont inertes et inopérants. La légende veut que toutes les prières prononcées sur les terrasses du Delminva obtenaient une réponse positive et que c'est l'utilisation abusive de ces miracles qui aurait précipité la chute de l'Empire d'Andyr (des études menées au cours du siècle dernier rendent d'ailleurs ce mythe plausible : l'on sait que l'une des raisons de la puissance d'Andyr résida dans l'exploitation déraisonnable de sources de magie, or l'une d'entre elles aurait fort bien pu se situer sous le Delminva, et les prétendues prières qu'on y formulait n'étaient peut-être en réalité que des mots de pouvoir destinés à ployer la magie à un ordre spécifique ; de fait, certains motifs des terrasses bleues, une fois reconstitués, paraissent agir sur la magie d'une façon similaire aux pictogrammes).
De nos jours, le Delminva n'existe plus qu'à l'état de ruines. Partiellement englouti par la terre vorace et capricieuse du Daafeld qui a ouvert d'immenses gouffres au cœur même du vieux temple, il est d'autant plus difficile à approcher qu'un groupe de chevaliers du prestigieux Ordre des Dalles Bleues veille à ce que nul ne tente d'y prier ou d'y voler un morceau de la mystérieuse pierre bleue dont on ignore totalement l'origine : différente de la kahrune pyrelienne, seule autre roche de couleur similaire, on n'en a retrouvé aucun gisement en Oneira et on ne la retrouve nulle part ailleurs sauf en Tor-Keralm où une Pierre d'œil, dite Kahkitrien, a été taillée dans cette même pierre et est conservée à l'abri des regards dans un sanctuaire de la cité de Tol'Taren. L'on peut toutefois apercevoir, en regardant vers le sud-est depuis les ruines d'Isterön, le grand temple central, l'Isenkyl (le Père des Joyaux), dont toutes les entrées ont été irrémédiablement scellées, et les trois tours qui demeurent encore debout : Na'Matedan, la tour du courage, Na'Daam, la tour de la grandeur, Na'Menel, la tour de la persévérance et Na'Lug, la tour de la connaissance, la plus grande des quatre.
On ignore à peu près tout de la destruction du Temple des Mille Prières, la seule certitude étant qu'elle eut lieu avant l'An 0. D'aucuns disent qu'il fut démantelé par l'empire d'Andyr lui-même, effrayé trop tardivement par sa puissance, d'autres qu'il fut l'enjeu d'une des batailles qui opposa l'empire d'Andyr à celui de Thard au cours de la grande Guerre d'Andyr, d'autres enfin soutiennent que le temple, devenu instable, se détruisit de lui-même et que les eaux subitement répandues du Sigiles furent à l'origine des rivières semi-souterraines et des crevasses qui font la particularité de cette région du Daafeld. Dans tous les cas, il semble que nul ne tenta jamais de rebâtir le Delminva. Tout au contraire, les entrées de l'Isenkyl furent murées et scellées magiquement, tous les pictogrammes martelés sur les terrasses et des hommes de valeur envoyés pour protéger les lieux de toute intrusion.

Extrait du Chapitre des Eaux des Nobles Parcours de Tugior de Kelarë.