Histoire du Dord-Kalymen




e Dord-Kalymen est, sans aucune ambiguïté, la région de l'Ar'Kalyven sont l'histoire est la mieux connue, en raison de l'attachement de cette région au culte du Passé. Tous les fait déroulés sont consignés annuellement dans le Grand Livre du Passé (dont cinq exemplaires existent), élaboré dans la cité de Messevine, sous l'égide des Chronomanciens, ces prêtres spécialisés dans l'étude et l'exploration des temps anciens. Les Chronomanciens élaborent à partir de ce Livre, qu'ils sont seuls à pouvoir manipuler, des ouvrages plus ciblés portant sur des aspects précis de l'histoire du Dord-Kalymen, de l'Ar'Kalyven ou d'Oneira. Ces travaux, innombrables, couvrent tous les champs imaginables de l'histoire.
Aussi la difficulté de l'écriture d'une histoire du Dord-Kalymen ne tient-elle pas à l'absence de sources, de matériau susceptible de permettre de retrouver le fil des évènements, mais au contraire à leur luxuriance : que sélectionner parmi le fatras d'informations disponibles, que retirer de tout cela ? Car s'il est une qualité que les Chronomanciens possèdent rarement, c'est bien l'esprit de synthèse. Une récolte exceptionnelle dans un petit village du Dord-Kalymen est relevée aux côtés d'un changement politique majeur, sans distinction, la mort d'un fermier vaut celle d'une reine, le pavage d'un chemin, l'édification d'un palais.
Les travaux de synthèse élaborés par certains Chronomanciens posent des problèmes encore plus complexes car ils sont généralement le fait de conservateurs qui cherchent à justifier leurs positions contemporaines à travers une relecture orientée et partielle de faits historiques soigneusement sélectionnés pour les besoins de la démonstration : aussi les synthèses des Chronomanciens sont-elles à ne considérer que de loin. (…)

e récit de l'Histoire du Dord-Kalymen ne peut débuter que par un bref rappel des évènements du quatrième siècle : "l'Âge des Prophètes" engendre une forte instabilité en Ar'Kalyven, qui se conclut par la séparation du culte du Temps en trois nouveaux cultes lors du concile de Kaltera en 337. La période d'incertitudes qui s'ouvre après 337 affecte moins la région qui devient ensuite le Dord-Kalymen dans la mesure où c'est là que résident les souverains d'Ar'Kalyven.
La religion dominante, le jeune culte du Passé, étant la même que celle des dirigeants en titre, leurs décisions ne sont guère contestées, contrairement à ce qui se déroule dans le reste du pays : dès qu'une décision n'y fait pas l'unanimité, il se trouve une faction des autres cultes pour démontrer que l'objectif suivi par la reine est d'étouffer les cultes du Présent et du Futur et d'imposer le culte du Passé dans l'ensemble du pays, contrairement à l'esprit du Concile de 337.
Cela entraîne sans doute l'émergence d'un état d'esprit fort répandu dans la partie occidentale du pays, dès cette époque : le sentiment que les fidèles des autres cultes que celui du Passé sont des irresponsables, qu'ils méprisent les traditions du pays et qu'ils rejettent l'autorité de la reine, représentante de Kaly sur Oneira. S'il serait absurde de faire remonter au quatrième siècle la naissance du mouvement conservateur du culte du Passé, si puissant durant les derniers siècles, il faut néanmoins convenir que c'est à cette période que s'est généralisé le schéma de pensée qui a conduit à l'émergence des Traditionalistes.

es Traditionalistes parviennent au pouvoir en 410 avec l'arrivée sur le trône de la reine Versane, acquise à leur vision. Lorsqu'elle est simplement l'héritière du trône, Versane a clairement énoncé qu'elle désirait voir les cultes du Temps réunifiés sous la houlette du culte du Passé, le Passé étant pour elle la dimension temporelle primordiale car immuable et fondement des moments ultérieurs. La volonté de restaurer l'autorité de la reine ainsi qu'un pouvoir central fort va alors de pair avec ces idées.
Le couronnement de Versane montre bien sa volonté de poursuivre suivant les principes énoncés durant sa jeunesse : elle choisit comme lieu de cérémonie Messevine, siège du culte du Passé, qui est le choix le moins consensuel possible. Elle exige de n'être couronnée que par le Chevalier des Temps Anciens, les dirigeants des deux autres cultes ne pouvant que rendre hommage une fois le moment-clef déroulé. Toutes ces exigences sont jugées inacceptables par les clergés du Présent et du Futur, qui décident conjointement de ne pas assister au couronnement : c'est la première fois depuis 337 qu'un souverain d'Ar'Kalyven ne bénéficie pas de l'appui, même symbolique, des trois cultes à son avènement.
Les fidèles du Présent et du Futur semblent toutefois avoir considéré que cet avertissement suffirait à convaincre Versane d'adopter des positions plus conciliantes. Ce n'est pas le cas. Bien au contraire, l'un des premiers gestes de reine de Versane est de nommer dans les sphères dirigeantes du culte du Passé des prêtres connus pour leur fanatisme et leur traditionnalisme. Dans un discours resté célèbre prononcé à Messevine durant le mois de bomel 410, Versane est allée jusqu'à condamner fermement les discours hérétiques des deux autres cultes issus du Concile de 337.

ette provocation est suivie par l'annonce de la sécession des adeptes du Présent, qui se rassemblent dans un pays qu'ils appellent l'Ar'Kalyleg. Le culte du Futur, plus patient, attend le début de l'année suivante pour faire sécession et fonder l'Ar'Kalyav. Ces deux nouveaux pays se dotent de dirigeants propres et rejettent toute autorité venue de Kaltera et Messevine. Mais la crise a aussi affecté les relations entre culte du Présent et culte du Futur, qui auparavant parvenaient à s'entendre contre l'ennemi commun : ne pouvant trouver un terrain d'entente sur l'union entre eux (qui serait le dirigeant des deux zones ?), ces deux cultes cessent de discuter.
Les relations entre les trois cultes du Temps sont interrompues, chaque culte proclamant désormais détenir la vérité sur la nature réelle du Temps. Chaque culte tend à se radicaliser plus encore, reprenant le mouvement déjà observé avant 337, et les personnes habitant dans des régions où leur culte n'est pas majoritaire font l'objet de brimades. A Messevine, en gilaor 417, plusieurs pogroms de fidèles dits "hérétiques" sont menés, avec la complicité au moins passive du clergé. En guise de représailles les fidèles du Passé de l'Ar'Kalyleg et de l'Ar'Kalyav sont expulsés sans ménagement et leurs biens sont confisqués. Tout cela contribue également à renforcer l'homogénéité des différentes régions du pays, les fidèles d'un culte étant poussés à quitter leur lieu de résidence s'ils appartiennent à un culte minoritaire.
Au fil des années, cependant, la lassitude s'installe parmi les populations. Si personne n'est disposé à revenir à la situation antérieure à 410, nombreuses sont les voix qui s'élèvent pour demander la fin de cette période d'hostilité au nom de la dimension trinitaire du Temps : le Temps étant trois, les trois temporalités étant indissociables, il est absurde que les cultes du Temps se déchirent entre eux.
Le principal obstacle à la paix demeure Versane. Il disparaît toutefois lorsque cette dernière meurt dans un éboulis en se rendant à Messevine, en l'an 419. Ses partisans crient à l'assassinat mais ne parviennent pas à rallier la fille de la reine, Parsane (ce qui a pu faire dire à certains que cette dernière pouvait avoir commandité la mort de sa mère, sans preuves cependant).
Parsane devient reine de l'Ar'Kalyven à l'âge tendre de dix-sept ans : s'ouvre alors l'un des règnes les plus longs et les plus marquants de l'histoire du pays.

a première initiative de Parsane est de proposer aux dignitaires des cultes du Présent et du Futur la tenue d'un concile visant à mettre fin aux troubles qui ont affecté la décennie antérieure. Elle présente ses excuses à ses vis-à-vis et assume les erreurs du règne antérieur ; enfin elle propose que le concile se tienne en Ar'Kalyleg, afin de ne pas susciter la méfiance des autres cultes. Cette demande est jugée très négativement par la faction radicale du culte du Passé, mais les chefs de cette dernière subissent des revers (nomination à des postes mineurs, vexations, voire destitutions) qui les conduisent à ne pas s'opposer de manière trop virulente.
Le Concile de Kalenir de 420, qui conclut la période dite "décennie des Trois Royaumes", est placé sous l'égide de Kaly et du Concile de Kaltera. Il se présente donc comme une réunion de compromis dès son ouverture. Il consacre la division de l'Ar'Kalyven en trois régions administrativement distinctes et autonomes, chacun doté de sa propre capitale. Le Dord-Kalymen naît alors : la région du culte du Passé conserve en son sein l'ancienne capitale de l'Ar'Kalyven, Kaltera, ainsi que les souverains du pays, dont le pouvoir ne s'étend plus au-delà des frontières du Dord-Kalymen mais qui continue à jouer le rôle d'un symbole unificateur à travers la figure de Kaly.
Nouvel événement fondateur pour l'Ar'Kalyven, le Concile de 420 joue dans la mémoire des habitants, toutes régions confondues, un rôle majeur : c'est lui qui fixe pour les siècles à venir les relations entre les trois cultes du Temps, or il a écarté l'idée d'une réunification des cultes, quelles qu'en soient les modalités. Le dialogue entre eux n'est pas rompu, puisque la tenue de synodes décennaux est décidée, mais ne doit pas déboucher à terme sur une fusion. La solution adoptée lors du Concile est celle du partage équitable de l'Ar'Kalyven et les questions religieuses sont en fait laissées de côté : le Concile ne cherche pas à revenir sur les acquis du Concile de 337.
La réunification des cultes du Temps n'est plus un objectif durant plusieurs siècles, hormis pour les héritiers des Traditionalistes du Passé. La création du Dord-Kalymen et des deux autres régions n'a en effet pas toujours été bien acceptée par les fidèles du Passé qui y voient une grave atteinte aux traditions héritées et une injure au Passé. La présence de Kaltera et de la reine dans la région sert d'assise aux prétentions ultérieures des dignitaires du culte du Passé qui veulent établir une claire prééminence de leur culte et du Dord-Kalymen sur l'ensemble de l'Ar'Kalyven.

a reine Parsane est considérée de nos jours comme la dernière personnalité d'envergure nationale en Ar'Kalyven (jusqu'à l'avènement de Hersdane, pour certains), en raison de son rôle dans la tenue du concile de 420. Il est toutefois possible qu'il s'agisse là d'une légende rétrospective : certains indices semblent montrer que Parsane a surtout en tête la préservation des intérêts du culte du Passé et du Dord-Kalymen. Tout d'abord, elle cherche systématiquement à mettre en exergue les points de clivage entre les cultes du Présent et du Futur, afin d'éviter une alliance de ces deux cultes contre le clergé du Passé. Ensuite, elle insiste à plusieurs reprises durant le Concile sur la filiation (fictive, pour beaucoup) des souveraines de l'Ar'Kalyven avec Kaly afin de conserver une reine unique, ne serait-ce que de nom, ce qui permet au Dord-Kalymen de s'afficher comme le cœur du pays.
La troisième raison, non des moindres, tient à la menace que l'Ar'Lumn fait peser sur l'ouest du Dord-Kalymen. Depuis plusieurs décennies, les Lumniens manifestent des tendances expansionnistes vers le nord. L'Ar'Kalyven et l'Ar'Lumn sont alors frontaliers (rappelons que le Per'Dellin n'existe pas encore à cette époque et que l'Ar'Lumn contrôle la Passe de Dhara depuis des siècles). Maintenir l'unité de l'Ar'Kalyven, au prix de l'autonomie, permet ainsi d'éviter que le culte du Passé ne doive affronter seul les Lumniens si ceux-ci décident de s'étendre au nord-est.
Ce scénario se réalise d'ailleurs dès les années 440, quand l'Ar'Lumn se lance à la conquête du bassin de la Kalymen en 449. La reine se réfugie alors à Messevine, mieux protégée par les montagnes, et de là lance un appel aux autres régions du pays. Le synode décennal, qui se réunit quelques mois après, organise la défense du pays face aux Lumniens qui menacent désormais le bassin de la Kalyleg et tente de mettre sur pied une coordination entre les armées des trois régions afin de lancer la reconquête du bassin de la Kalymen.
Les premiers mois de la guerre sont un désastre pour les Kalymiens, qui ne disposent pas d'une armée permanente. Les Lumniens franchissent les cols puis progressent rapidement le long de la Kalymen. Les habitants du bassin de la Kalymen fuient vers les montagnes, vers Messevine et Kaltera, ce qui rend difficile l'approvisionnement des villes : en 448, la famine sévit à Messevine (Kaltera étant approvisionnée par les marchands du Dord-Kalyleg). En 449, les armées lumniennes s'emparent de Kaltera ; Parsane se réfugie à Messevine.
Lors du synode décennal de 450, le culte du Passé est représenté uniquement par la reine, qui demande aux autres cultes d'aider le Dord-Kalymen. Les représentants du culte du Présent affirment immédiatement leur soutien (en partie parce que la chute de Kaltera ouvre les portes du delta de la Kalyleg, en partie parce qu'il paraît inconcevable au culte du Présent de laisser perdurer une mauvaise situation). Le culte du Futur, moins prompt à agir, se rallie toutefois à la cause du Dord-Kalymen, une aide d'autant plus bienvenue que le Dord-Kalyav est le seul à disposer d'une milice bien formée, les Sabliers, dont les officiers prennent la tête des opérations militaires.
La reconquête du bassin de la Kalyleg débute donc dès 450. L'armée, peu aguerrie, de l'Ar'Kalyven parvient dans un premier temps à résister tant bien que mal et à éviter de nouvelles annexions. La reine s'implique personnellement dans la guerre et vit plusieurs mois dans les campements afin de soutenir le moral des troupes. Progressivement, les soldats acquièrent les bons réflexes et se montrent plus réactifs : les armées lumniennes affrontent à partir de 451-452 des adversaires déterminés, à peu près formés et disciplinés, et commencent à lâcher du terrain - d'autant plus que l'Ar'Lumn doit affronter plus au sud le jeune pays de Per'Dellin et donc dégarnir le front nord. Kaltera est reprise en 453 par les Kalyviens, grandement aidés par des actes de sabotage perpétrés par des fidèles du culte du Passé demeurés en ville. Puis les armées lumniennes sont repoussées hors du delta de la Kalymen.
Les actions militaires des Kalyviens ne sont pas décisives dans la retraite des Lumniens les années suivantes, l'Ar'Kalyven n'ayant jamais été un peuple de guerriers (en témoigne la relative modération des conflits internes entre 250 et 420, même durant la décennie des Trois Royaumes). Les succès des Kalyviens postérieurs à la reprise de Kaltera ont souvent été exagérés par les Chronomanciens : ils sont en grande partie permis par l'ouverture d'un nouveau front pour l'Ar'Lumn avec l'apparition du Per'Dellin en 445, qui revendique pour siennes une partie des terres occupées par l'Ar'Lumn. Contraint de diviser ses forces, l'Ar'Lumn ne peut s'opposer efficacement à ses deux adversaires et ses armées doivent quitter définitivement l'Ar'Kalyven en 457.
Le Dord-Kalymen ne récupère pas tout le bassin de la Kalyleg à la fin de la guerre : le Per'Dellin a conquis l'amont face à l'Ar'Lumn et ne paraît guère enclin à rendre ses nouvelles possessions. Parsane négocie en 457 au nom du Dord-Kalymen un accord défensif contre l'Ar'Lumn avec le nouveau pays voisin, mais la question de la reprise des terres situées au sud-ouest de la région demeure posée, notamment par les éléments conservateurs du clergé du Passé. Ces derniers proposent au synode de 460 de déclarer la guerre au Per'Dellin pour récupérer les terres perdues, mais les délégations du Présent, du Futur et Parsane elle-même se déclarent opposées à une nouvelle guerre. Le tracé des nouvelles frontières est discuté avec le Per'Dellin et entériné cette année-là. Le Dord-Kalymen se retrouve donc amputé d'une partie notable de ses bonnes terres à l'issue de la guerre contre l'Ar'Lumn.
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, la reine Parsane propose au synode décennal de 480 d'accorder pour la première fois le droit de libre passage en Ar'Kalyven aux ressortissants d'un pays étranger, en l'occurrence les Delliens. Cela permet au Dord-Kalymen de compenser la perte d'une partie de son territoire en développant le commerce avec un autre pays.

i le règne de Parsane a été particulièrement important pour le Dord-Kalymen dans ses relations avec les pays voisins, il a aussi été celui de la structuration définitive du culte du Passé. Avant 420, le clergé du Passé n'est guère organisé, puisque l'on n'y retrouve que les neven, les prêtres et une poignée de dirigeants.
En 421, Parsane impulse la création du Grand Livre du Passé, qui doit commencer en 420. Ce Livre doit recenser tous les faits notables qui se sont déroulés et se présente pour les fidèles du Passé comme le souvenir de toutes choses, comme la mémoire d'Oneira. Il est élaboré à partir des rapports annuels écrits dans chaque village ou dans chaque quartier sous la direction des prêtres locaux, envoyés ensuite à Messevine où ils sont compilés, recoupés, reformulés. Le Livre du Passé est élaboré en deux exemplaires à l'origine (un pour Messevine, un pour Kaltera) mais le nombre d'exemplaires croît en fonction des besoins des divers organismes fondés par la reine.
La reine Parsane établit dans un premier temps, en 428, l'ordre des Chronomanciens, un collège de prêtres d'élite chargés de perpétuer la mémoire des évènements passés. Les Chronomanciens vont dès leur origine être chargés de l'élaboration du Grand Livre du Passé : après sept ans, la rédaction de l'ouvrage passe donc dans les mains d'experts et une partie du clergé se spécialise.
En 435, la reine et les hauts dignitaires du culte décident la construction à Messevine d'une grande université pour encadrer la formation des prêtres et des lettrés dans l'ensemble du Dord-Kalymen. L'Université des Temps Jadis n'est achevée qu'en 469 (la guerre contre l'Ar'Lumn ayant retardé l'exécution entre 449 et 457, bien que Messevine n'ait jamais été inquiétée). Le siège de l'ordre des Chronomanciens, le Palais des Traditions, est édifié à partir de 448 face à l'Université des Temps Jadis ; beaucoup moins imposant, sa construction est achetée en 456.
Parsane préside également à l'organisation interne du clergé du Passé, jusqu'alors peu structuré. La reine lance les impulsions nécessaires et la hiérarchie du culte se décante en une vingtaine d'années : au sommet du culte, les maîtres du Souvenir, appelés Kaly-lylinnagen (le nom est contracté en Kalylingen au bout de quelques décennies), choisissent parmi eux le Chevalier des Temps Anciens, ensuite intronisé par la souveraine ; le poste de Chevalier des Temps Anciens existait déjà auparavant, mais la procédure de son élection est fixée seulement dans les années 430 et ses pouvoirs sont clairement délimités. Il est à noter que le chef de l'ordre des Chronomanciens a le rang de Kaly-lylinnagen de droit (d'autres Chronomanciens pouvant par ailleurs accéder à ce rang par d'autres biais).
Les maîtres du Souvenir sont entourés et secondés par de nombreux prêtres, dont le rang est kan'esote ; comme leur nom l'indique, ces prêtres sont initiés à un certain nombre de secrets du culte - notamment à la magie. Ils servent de relais entre les dirigeants du culte et les kan'da, les hauts prêtres qui dirigent le culte au sein d'un temple ou qui surveillent une région. Les kan'esote ont un rang hiérarchique inférieur aux kan'da mais, dans les faits, peuvent disposer de pouvoirs considérables selon leurs relations avec les Kalylingen. Les Chronomanciens, quant à eux, disposent d'un rang de kan'da.
La place de la souveraine dans la hiérarchie du culte n'est pas tout à fait claire. Formellement, elle n'y apparaît pas. Cependant son lien supposé à Kaly, le poids des traditions et la personnalité de Parsane lui confèrent une autorité incontestée durant tout son règne : ainsi les Chevaliers des Temps Anciens élus sous son règne le sont toujours avec son accord. Les souveraines qui viennent après Parsane conservent un pouvoir important sur le culte, bien que fluctuant en fonction des époques et des caractères ; il n'y a guère que durant la période connue comme les années difficiles (de 894 à 1010 plus exactement) que les reines de l'Ar'Kalyven voient leur importance réduite à un rôle symbolique.
La hiérarchie du culte du Passé n'est pas restée figée depuis le règne de Parsane et s'est complexifiée. De même, les principes du culte, codifiés pour la première fois à cette période, ont subi des modifications, parfois importantes. Il n'en demeure pas moins que les grandes lignes ont été fixées au cours du cinquième siècle, qui fait figure de période fondatrice.

e règne de Parsane est donc fondamental à double titre pour le Dord-Kalymen : c'est à ce moment que la région apparaît et s'enracine, et c'est cette reine qui établit les règles suivant lesquelles le clergé du Passé va fonctionner des siècles durant. Bien qu'en rupture avec les pratiques passées, l'action de Parsane s'enracine dans le temps à la fois parce qu'elle perdure et parce qu'elle vise à préserver indéfiniment la tradition. Il n'est donc pas étonnant que la reine Parsane bénéficie d'une telle aura dans le Dord-Kalymen aujourd'hui encore.
Les siècles suivants sont largement consacrés à consolider le legs de ce long règne (soixante-six ans !), qui devient la référence en matière de traditions. Les Chevaliers des Temps Anciens et les souverains (la lignée des reines a été interrompue au début des années 600 et un roi a brièvement assumé l'exercice du pouvoir) cherchent à suivre au mieux les voies tracées par Parsane : développement du commerce avec les pays voisins et avec les autres régions de l'Ar'Kalyven, relations apaisées avec les autres cultes du Temps, enrichissement de la connaissance du Passé et de la culture du Dord-Kalymen.
Ce dernier objectif est poursuivi avec la consolidation des procédures pour intégrer le clergé du Passé et l'ordre des Chronomanciens. L'enseignement de l'histoire dispensé à l'Université des Temps Jadis se formalise et les épreuves des examens les plus importants se fixent peu à peu. La plus notable est l'écriture d'une Trace : l'aspirant Chronomancien doit montrer qu'il est capable d'apporter un regard inédit sur un moment du Passé et de mettre en lumière l'importance de cette connaissance, à travers les répercussions sur les autres facettes du Temps. La Trace est donc un travail à la fois historique et théologique ; il est rare qu'un tel travail soit achevé en moins de cinq années.
L'esprit du règne de Parsane est poursuivi également lorsqu'en 532, les Chronomanciens lancent un projet d'archives nationales. Les deux Halls de la Mémoire de Kaltera et Messevine sont issus de ces réflexions : y sont entreposés une copie du Grand Livre du Passé, bien entendu, mais aussi tous les documents officiels. Le Hall de la Mémoire est dédoublé afin d'éviter les pertes en cas de catastrophe. Celui de Kaltera est accessible à tous les prêtres et étudiants, ainsi qu'aux fonctionnaires. Celui de Messevine est fermé à tout public : seuls les archivistes et les copistes (qui sont eux aussi des prêtres spécialisés) peuvent y pénétrer.
Jusqu'au début du neuvième siècle, le Dord-Kalymen s'enrichit. C'est à Messevine que la bonne santé économique de la région se manifeste le plus, bien que la cité soit plus tournée vers le culte que vers le commerce : en effet, si les marchands n'y sont pas particulièrement dynamiques, tout l'argent amassé par le clergé est investi dans la construction de temples, de palais destinés aux dignitaires, dans des fêtes, etc.

es belles années du Dord-Kalymen prennent fin vers le milieu du neuvième siècle, lorsque l'Ar'Lumn manifeste à nouveau ses intentions belliqueuses en s'emparant de l'Ar'Mirë'Ys. Ce faisant, les armées lumniennes se retrouvent théoriquement aux portes de Messevine. Or l'occupation d'une partie de la région dans les années 440 à 450 demeure un point très noir dans la mémoire des Kalymiens, à la fois parce qu'elle a consacré l'impuissance face à un ennemi supérieur en nombre et parce qu'elle a abouti à la rétraction du Dord-Kalymen. La rancune envers l'Ar'Lumn reste donc tenace.
Il n'est pas étonnant que lors du synode décennal de 850 les représentants du culte du Passé proposent le retrait de la liberté de passage aux ressortissants de l'Ar'Lumn, certains désirant même l'interdiction totale de la circulation en Ar'Kalyven, ce qui aurait constitué une première depuis des siècles. Ils appuient leur proposition sur deux arguments : l'Ar'Lumn a attaqué un pays souverain et met en péril la paix dans la région ; l'étude du Passé montre que l'Ar'Lumn ne limitera pas ses prétentions à l'Ar'Mirë'Ys et l'Ar'Kalyven devrait se méfier avant qu'il ne soit trop tard.
Le culte du Futur est cependant réticent envers des mesures si radicales et estime qu'il ne faut pas mettre en péril les intérêts de demain (les marchands du Dord-Kalyav entretiennent des relations suivies avec l'Ar'Lumn) pour une affaire qui ne concerne que marginalement l'Ar'Kalyven.
Aussi est-ce une position modérée qui s'impose : les Lumniens se voient retirer la liberté de passage, sans pour autant être chassés du pays. Ils doivent se présenter aux autorités locales de manière régulière. Enfin le synode décennal condamne le principe de l'agression envers un autre pays. Les réactions des Lumniens sont cependant très hostiles et les marchands de ce pays se raréfient ; l'économie du Dord-Kalyav, très atteinte, pousse les représentants du culte du Futur à demander l'annulation de cette mesure dès le synode décennal de 860.
L'issue de la crise diplomatique est bien connue : c'est un désastre pour l'Ar'Kalyven qui doit, pour apaiser l'Ar'Lumn, faire la preuve de sa soumission en retirant aux Keraliens le libre passage (ce qui est fait en 860, avec un durcissement en 870) puis le redonner aux Lumniens en 870.

ette crise est d'autant plus grave qu'elle révèle, après quatre siècles de dialogue fructueux, les positions inconciliables entre les trois cultes du Temps. Elle est en cela le déclencheur d'une nouvelle période troublée pour l'Ar'Kalyven et se trouve à l'origine de la radicalisation nouvelle d'une partie du culte du Passé.
Les réformes impulsées par la reine Parsane au cours de son long règne et la naissance de nouvelles traditions en découlant ont permis aux fidèles du Passé de se donner un nouvel objectif, qui n'est plus la réunification du pays et des cultes sous la houlette du clergé de Messevine, mais la connaissance de l'Histoire. L'orientation traditionaliste a donc été oubliée, ses tenants étant, sinon éteints, du moins complètement marginalisés.
L'attitude du Dord-Kalyav envers l'attaque de l'Ar'Lumn est très mal vécue en Dord-Kalymen : il est inconcevable pour les Kalymiens que soient oubliés les torts causés au pays par les Lumniens et que les enseignements du Passé s'effacent devant les chimères de l'avenir. Le revirement du culte du Présent en 870, qui constate les dommages subis par l'économie du Dord-Kalyav et se prononce alors pour la levée des sanctions envers l'Ar'Lumn, attise également les rancoeurs en Dord-Kalymen.
De là découle la réapparition d'un sentiment traditionaliste fort en Dord-Kalymen, dès le synode décennal de 860. Celui de 870 élargit considérablement l'audience de cette nouvelle faction, ce qui coïncide d'ailleurs avec la montée sur le trône de la reine Dersane à l'âge de cinquante ans. Dersane a attendu longtemps avant de devenir souveraine, sa mère ayant vécu jusqu'à un âge avancé. Il est possible que l'héritière en ait conçu une amertume forte, la poussant à adopter des positions extrêmes et à soutenir ceux qui critiquaient la politique maternelle.
Toujours est-il que le règne de Dersane (871 à 895) est marqué par un incontestable raidissement à l'égard des autres régions de l'Ar'Kalyven et des cultes du Présent et du Futur. L'antériorité du Passé par rapport aux autres temporalités doit assurer la première place à son clergé et au Dord-Kalymen, d'après les conseillers de Dersane, et il est inconcevable qu'une égalité stricte règne entre les trois cultes du Temps. Lorsque le Chevalier des Temps Anciens en titre disparaît en 889, Dersane nomme à ce poste l'une des principales figures de la secte traditionaliste : ces réactionnaires disposent alors de tous les leviers du pouvoir en Dord-Kalymen et peuvent mettre fin aux synodes décennaux en 890, estimant que ces réunions ne peuvent plus se tenir tant que la supériorité du Passé sur le Présent et le Futur n'aura pas été reconnue. Comme souvent en Ar'Kalyven, la crise politique et les considérations théologiques sont étroitement mêlées.

a période s'étendant du règne de Dersane à celui de Hersdane s'écoule assez tranquillement en Dord-Kalymen. Les souverains perdent leurs dernières prérogatives en ce qui concerne l'administration du culte, Dersane ayant été la dernière reine à disposer d'une influence importante en ce domaine ; ses détracteurs considèrent aujourd'hui que Dersane, préoccupée du moment où elle règnerait, n'a jamais formé son héritière, Merlersane, en vue de ses fonctions, voire qu'elle l'a écrasée par sa personnalité et son ambition. Merlersane ne s'occupe donc guère des affaires du culte et tend à laisser aux dignitaires du Passé le soin de gérer le Dord-Kalymen à leur guise. En toute vraisemblance, la reine a consacré son énergie à s'occuper de ses enfants. A partir de 895, les souverains du Dord-Kalymen font office de symboles (le titre d'Echo de Kaly est attribué à cette époque au souverain régnant) plus qu'ils ne gouvernent. Cette situation dure jusqu'à la mort de la reine Lueriane, mère de Hersdane.
Le commerce avec les pays voisins et les autres régions de l'Ar'Kalyven se ralentit. L'accent est mis par les dignitaires du Passé sur l'autarcie et le recours systématique à l'échange est perçu comme un signe de faiblesse et comme un acte impie (puisqu'il s'agirait de considérer que les anciens n'ont pas laissé à leurs descendants de quoi subsister par eux-mêmes). Toutefois les prescriptions du clergé ne doivent pas laisser croire que le commerce hors du Dord-Kalymen a disparu : les échanges ne se sont jamais totalement interrompus. Les villes du Dord-Kalymen connaissent une baisse notable dans les perceptions de taxes et un pan entier de l'économie de Kaltera et de Ferinkahr périclite. Messevine, dont l'activité tient plutôt au clergé, traverse beaucoup mieux la période et les constructions de grands temples prestigieux ne ralentissent pas.

our le Dord-Kalymen comme pour l'Ar'Kalyven, le dixième siècle n'est pas une période faste. La situation change radicalement dès le début du règne de Hersdane, qui n'est pas évoqué ici (...).



Extraits de L'Histoire de l'Ar'Kalyven, par Kal-Natsir de l'Université de Laiirna.