Le temple dans le culte des Ténèbres




Structure du temple


Les temples des Ténèbres ne forment pas, contrairement à la plupart des autres temples oneiriens, de vastes complexes, mais sont constitués en règle générale d'un unique et gigantesque bâtiment (ou, parfois, de deux ou trois pour les temples les plus importants) extrêmement imposant, de forme allongée, et pouvant comporter jusqu'à sept ou huit étages flanqués de nombreuses tours, le plus souvent hexagonales ou octogonales, dont la hauteur et la largeur peuvent varier. Les temples sont généralement bâtis au sommet de monticules rocheux anguleux, plus ou moins élevés, dans lesquels ils semblent littéralement sculptés. De fait, les étages inférieurs des temples sont souvent taillés à même la roche, et complétés en hauteur par de très grands blocs, le plus souvent arrachés au monticule même sur lequel se tient le bâtiment. Les parois du temple sont abondamment sculptées : on y trouve des bas-reliefs, de longues fresques, des figures géométriques et des pictogrammes, le tout assemblé dans un surprenant mélange qui vient renforcer une impression de mystère sans pour autant briser l'harmonie et l'équilibre qui caractérisent l'édifice dont l'apparence générale fera l'effet d'un véritable chef d'œuvre minéral et géométrique là même où aucune de ses lignes ne sera parallèle à une autre et où toutes les proportions semblent relever du plus complet hasard.
Les bâtiments du Culte sont exclusivement construits en kahrok, pierre noire thardienne d'une extrême solidité, capable de supporter sans broncher de hautes charges magiques et des chocs très violents. Il n'en faut pas moins pour que le temple se maintienne à travers les siècles, compte tenu du très grand nombre de Portes d'Eshkor qu'il contient. En réalité, chacune des portes des temples des Ténèbres est une porte d'Eshkor : leur nombre incalculable et leur forme, étroite et haute, presque en forme de lance, contribue à faire des temples des Ténèbres des lieux extrêmement déroutants où chaque recoin ressemble à dix autres et où courent des escaliers en grand nombre et en tous sens, formant un véritable labyrinthe extérieur. Aucune porte ne prédomine sur les autres et, de fait, les temples ne semblent pas avoir d'entrée principale, ce qui les rend intimidants et difficilement abordables par les non-initiés.
A l'intérieur, les temples des Ténèbres sont, pour les non-initiés, extrêmement étranges : chaque porte étant connectée à toutes les autres, en passer une peut conduire résolument n'importe où dans son enceinte, selon la volonté ou la distraction du sujet. La plupart des visiteurs sont néanmoins conduits vers les salles où se trouvent les autels. Aucune lumière artificielle n'étant tolérée dans le temple, ces salles sont le plus souvent à ciel ouvert pour permettre aux visiteurs de se mouvoir avec facilité. Les salles d'autel sont entourées d'une colonnade aux immenses piliers sculptés encadrant un bassin rituel recueillant les eaux de pluie, et servant à de nombreuses cérémonies.
Il est difficile de déterminer clairement ce qui se trouve dans la plupart des autres salles des temples des Ténèbres, car leur nombre ne dépend aucunement de la taille du bâtiment en lui-même, l'architecture d'Eshkor affranchissant les bâtiments de ces limites. La plupart des temples des Ténèbres sont vieux de plusieurs siècles, et bon nombre de leurs salles ont été oubliées avec le temps. Il n'existe que peu d'aires définies dans l'enceinte des temples des Ténèbres, mais on comptera pourtant l'existence d'une à trois salles d'autel, d'un espace appelé le "nometo" (le "banal") où sont regroupés les infirmeries et les lieux de vie des enfants recueillis par le temple, et d'un espace appelé le "saenida" (littéralement le "grand silence"). Variable en taille, le saenida est un espace réservé à l'utilisation des prêtres de haut niveau et à leurs activités les plus dangereuses, les plus secrètes ou les plus intenses. S'y déroulent également en certaines conditions extraordinaires d'autres événements plus profanes, telles les périodes probatoires des apprentis ou des neven. Le reste du temple est partagé entre un incalculable nombre de cellules de travail qui, en principe ouvertes à tous, peuvent aussi être occupées par un prêtre en particulier. Ces salles peuvent indifféremment être d'apparence diverses, plongées dans l'obscurité ou non, et contenir ou non divers objets (statues, mobilier simple, voire bibliothèques, en grand nombre dans les temples du Culte).
A l'intérieur du temple, les murs sont creusés d'une infinité de niches de taille variable, à l'intérieur desquelles un artefact, un sort, un pictogramme ou une simple cloche produisent des sons en réaction avec les événements ou l'appel des membres du culte. Ces "sodilis" seront utilisés pour transmettre des messages aux prêtres, pour interdire l'entrée à une cellule, pour renforcer un acte magique ou pour soutenir la méditation des prêtres, mais aussi pour générer des états physiques ou mentaux tels la détente, la vigilance, l'apaisement, etc...

Règlement du temple


Contrairement aux apparences, il règne au sein des temples des Ténèbres une liberté marquée, notamment pour les neven et les prêtres, lesquels peuvent aller et venir à leur guise. Ainsi, il n'existe pas un nombre très important de règles ou, plutôt, la plupart des règles ne sont pas applicables à tous, mais seulement aux membres du culte poursuivant l'une ou l'autre période d'apprentissage. Cependant, l'on peut observer la permanence des règles suivantes :
Il est défendu d'apporter au sein du temple toute forme de lumière artificielle.
Il est défendu de modifier l'état d'un sodilis sollicité par quelqu'un d'autre. De même, toute marque, tout sort ou tout pictogramme doit être levé par celui qui l'a posé dès lors qu'il n'a plus d'utilité.
Il est défendu de déranger une méditation, d'interrompre une cérémonie et, de manière globale, d'interrompre tout acte magique et toute action d'un membre du temple, à moins qu'il ne soit contraire aux lois du culte.
Chacun doit s'efforcer de marquer du respect devant toute chose ou toute personne au sein du temple, même à ses inférieurs.
Aucun jugement ne doit être porté hâtivement, sans tentative de compréhension.
Tout service demandé appelle un service à rendre.
Chaque personne présente dans le temple doit prendre le temps de répondre à toute question qu'on lui posera.
Chaque personne présente dans le temple doit respecter le silence du temple.
Il convient d'ajouter que si ces règles sont généralement observées dans tous les temples des Ténèbres, certaines sont modifiées et d'autres ajoutées en fonction des souhaits du kan'da qui dirige ledit temple. Ainsi, on observera de manière générale que les temples affiliés au Nokdar et ceux affiliés au Mulaten ne sont pas toujours les mêmes et ne s'axent pas réellement autours des mêmes valeurs.

Les profanes au service du temple


Afin de veiller à son entretien, le temple des Ténèbres est fréquenté par un certain nombre de personnes "externes" qui sont à son service. Il s'agit pour l'essentiel de ceux que l'on appelle les modese et de ceux que l'on appelle les bianete. Modese et bianete vivent au sein du nometo.
L'origine des des bianete remonte à une période vieille de plusieurs siècles alors que le culte des Ténèbres était d'une grande richesse et pouvait par conséquent se permettre d'employer de nombreuses familles, lesquelles étaient en charge de tous les domaines "profanes" (cuisine, blanchisserie, entretien divers…). C'est à l'époque de l'an 0 que ce système fut remis en question, le culte ayant perdu la majeure partie de sa richesse au cours de la destruction des temples et ayant consacré le reste au secours des fidèles. De plus, les préceptes et l'organisation du culte furent modifiés et ne conduisaient plus les temples à l'enrichissement. Cependant, certaines des familles au service du temple depuis des siècles refusèrent de le quitter, même si elles n'étaient plus rétribuées, et devinrent les bianete, littéralement les "attachés". Les bianete forment à présent une caste à part en Ar'Thard et en Ar'Boeren, leur charge se transmettant de génération en génération. Ils considèrent que leur rôle est essentiel (et, de fait, c'est le cas) et l'appréhendent avec honneur. Rares sont les enfants de bianete choisissant de quitter le temple où sert leur famille, car en échange de leur travail le temple prend soin d'eux, éduque leurs enfants, subvient à leurs besoins en cas de maladie ou de vieillesse. La fidélité, la constance et l'honneur des bianete on fait d'eux une caste très respectée et appréciée par les membres du culte.
Au sein du nometo, les modese sont au service des bianete. Les modese sont les jeunes odena et otor ayant abandonné leurs kaloban et devant servir le temple jusqu'au terme de la période d'un an et demi pour laquelle ils se sont engagés. Il n'est pas rare de voir les anciens odena et otor rester parmi les modese même à la fin de cette durée obligatoire, le temple assurant la subsistance de toute personne travaillant pour lui. Il en va de même pour tout membre du culte quittant le temple pour une raison ou pour une autre (sauf en cas de bannissement) : beaucoup restent, au moins pour un temps, parmi les modese.