Culture et traditions des humains d'Oneira




De la période d'avant la naissance.


a croyance populaire, souvent démentie par les prêtres de la plupart des cultes, veut que la mort d'une personne permet la naissance d'un enfant par son retour dans le monde de Délomaque (Addina, souvent assimilée à la Déesse du Passage, informant Lumana, distributrice des Âmes, qu'elle ne sera pas esseulée si l'une d'entre elle la quitte pour venir en Oneira).

Rites de fécondité et conception


A travers l'histoire, le désir d'enfant a conduit les femmes à créer ou à trouver de nouveaux moyens d'accroître leur fertilité. Il peut s'agir de rites alimentaires, de rituels sacrés ou encore de pèlerinages. De même, la réflexion sur l'enfantement est, dans certaines régions, un processus social et spirituel important dans la vie d'une femme. Ainsi, il est courant de se rendre au temple, seule ou en couple, afin de faire connaître aux prêtres sa volonté d'enfanter et d'obtenir la bénédiction, afin de s'assurer du soutien du temple en cas de difficulté. Au sein des cultes les plus anciens (ceux des éléments, par exemple, ou encore ceux de la vie et de la clarté) les femmes désirant un enfant sont invitées à venir au temple une nuit de pleine lune afin de s'immerger complètement dans un bassin (le simple bassin du temple ou un bassin spécialement aménagé), ce qui fera connaître aux dieux sa volonté et, dit-on, préparera le corps à la conception.
Si ces différentes démarches spirituelles sont observées d'un œil bienveillant par la communauté, il en va autrement des rites alimentaires et des éventuelles solutions magiques qui ne sont considérés que comme des solutions "contre nature" en ce qu'elles contraignent le corps indépendamment de la volonté des dieux. On consommera pourtant des tisanes à base de fleurs de liilasen ou du pain de millet. En Eranos, il est d'usage d'éviter de consommer du pain blanc et du poisson lorsque l'on souhaite concevoir, afin de purifier son corps. Dans un autre registre, tout à fait agréé cette fois, les femmes de l'Est oneirien consomment au lever du jour trois feuilles d'ysdin pour purifier leur corps et ainsi devenir apte à recevoir une âme. Les femmes les plus désespérées auront recours à des mesures extrêmes particulièrement critiquées, à savoir le secours des sorciers dans l'espoir d'obtenir une quelconque potion de fertilité. Cependant, rares sont les sorciers qui acceptent de fournir davantage qu'une potion de paix destinée à favoriser la détente et à calmer les angoisses.
Bassin sacré, par SLo.Les rituels sacrés pratiqués auprès de sources, sur certaines collines, dans certaines grottes, ou des offrandes faites au souvenir des Anciens Dieux sont innombrables. Cette dernière coutume mérite notre attention. Ces offrandes sont effectuées le plus souvent auprès des autels composés d'une pierre plate évidée en son centre pour recevoir offrande et sacrifice, dressés par les représentants du petit peuple bien avant la naissance des humains. L'offrande des femmes sur ces autels ne tient nullement à s'accorder la faveur d'anciens dieux que l'on sait disparus et impuissants. Deux écoles interprètent ce comportement : l'une considère que rendre hommage aux enfants de Délomaque rendra celle-ci bienveillante à une maternité, l'autre veut que la femme s'attire ainsi l'amitié du petit peuple, seul à honorer encore les anciens dieux, et dont les connaissances de la magie et la reconnaissance pourraient suffire à provoquer une grossesse. Certains témoignages affirment qu'il ne serait pas rare de trouver de bon matin sur son pallier un bouquet d'herbes propices à la maternité après avoir fait une offrande près de certains autels du petit peuple. On peut croire qu'il manifeste de cette manière sa reconnaissance.
Dérivés des rites sacrés, les lieux de pèlerinages destinés à améliorer les chances de concevoir sont nombreux. Chaque région d'Oneira possède à cet égard ses propres lieux propices ou néfastes à une grossesse. Ainsi, les femmes désirant un enfant doivent ou peuvent se rendre de préférence dans certains lieux (le plus souvent des fontaines ou d'anciens temples), parfois accompagnées de leur mère ou de leur compagnon (c'est le cas pour la grotte de Glen'Yon, au Nord des Monts An'Laÿ'Sur ou pour la fontaine d'Eniorth près du lac Dinilum en Mar'Ev'Syra).
Notons encore que les femmes du nord de l'Ark'Kaena sont réputées pour leurs connaissances en matière de fécondité, et que celles de la région d'Ev'Syra et d'Ini'Uyn prétendent qu'exposer son corps entièrement nu à la lumière de la Lune leur assure à coup certain une maternité. Au Pyrelos, on suspendra au dessus de son lit un bouquet de renouée pyrelienne, réputée pour favoriser la fertilité.

Le statut de la femme enceinte


"Elle est à l'image de Délomaque", chante-t-on souvent à l'annonce d'une grossesse. En Oneira, une femme enceinte est considérée comme extrêmement pure, portant en elle une vie non encore souillée et une âme directement issue du monde de Délomaque. La femme enceinte est, par conséquent, respectée et honorée en toutes circonstances. C'est, ainsi, le plus souvent à elle que reviendra la meilleure part des repas et le premier service. De même, l'on considère que commettre un outrage à l'égard d'une femme enceinte (vol, viol, blessures, etc...) expose à de grands malheurs et au mépris des dieux. Dans une moindre mesure, l'on dit dans certaines régions que se moquer du ventre d'une femme enceinte expose ses propres enfants à devenir bossus et à retrouver dans leur dos le ventre dont on s'est moqué.
Il est considéré dans de nombreuses régions que la femme enceinte est "la famille de tous" et à ce titre on la nommera "al'mogana", la "confiée" : au sein du quartier ou du village, on la considérera comme un membre de la famille dont il faut prendre soin. Ainsi, elle sera la bienvenue partout, on viendra lui tenir compagnie, l'aider dans ses tâches ou on lui offrira de menus présents destinés à faciliter sa vie. Durant cette période, chacun met un point d'honneur à saluer la future mère en traçant un signe de bienveillance pour les hommes (main posée sur le cœur) et de reconnaissance pour les femmes (main posée sur le ventre). D'une manière générale, on marquera à la femme enceinte davantage de respect qu'en temps normal, par exemple en usant de manière presque systématique de l'article "al'" lorsqu'on lui parle ou qu'on lui fait référence.
A noter une grande dualité au sein d'Oneira concernant l'avis et les propos de la femme enceinte. Ainsi, dans certaines régions l'on considérera que ses propos souvent farfelus ne sont pas à prendre au sérieux, auquel cas son avis est le plus souvent traité avec légèreté durant sa grossesse. De l'autre côté, on considérera la femme enceinte comme "touchée par Délomaque", et ses propos feront figure d'intuition, voire de prophétie. Dans ces régions, l'on vient souvent chercher l'avis de la femme enceinte pour toute sorte de questions, à plus forte raison si elle a déjà eu plusieurs enfants, ce qui tend à montrer qu'elle se trouve particulièrement proche de Délomaque.
Durant la grossesse, la femme sera invitée à se rendre plusieurs fois au temple, seule ou accompagnée de sa mère, d'une sœur, d'une amie ou de son compagnon selon le cas et le culte, afin de recevoir la bénédiction des prêtres et des dieux et de faire connaître certaines données importantes pour le futur calcul de l'oracle de naissance.

Les interdits de la femme enceinte


Mère et son enfant, par SLo.Tout au long de sa grossesse, on considérera qu'une femme enceinte doit à tout prix éviter de commettre tout acte magique important sous peine d'effectuer une fausse couche ou de risquer que l'enfant soit mort-né, emporté par la magie. Au nord d'Oneira, l'on considère que la magie pourrait altérer le destin de l'âme de l'enfant ou couper son lien avec le monde de Délomaque. Au sud-ouest, l'on craindra que la magie ne le marque et fasse croire au petit peuple que l'enfant lui appartient et, par conséquent, décide de l'enlever. En Ar'Lumn, une femme enceinte évitera de s'adresser aux fées pour qu'elles n'enlèvent pas l'enfant une fois né, et de manipuler le feu pour que les dragons ne s'en emparent pas.
Une femme enceinte ne doit pas "toucher la mort" : elle doit éviter de toucher une personne morte ou même un animal mort de vieillesse ou de maladie, sous peine d'attirer sur son enfant l'œil de Delvë ou les âmes des morts. De même, la future mère ne doit pas tuer, même pour se nourrir, car un tel acte pourrait exposer son enfant à une vie de malheur ou, pire encore, lui donner le goût de la mort et faire de lui un assassin.
Dans un tout autre registre, il sera particulièrement mal considéré que la femme enceinte souhaite ostensiblement la naissance d'un garçon ou d'une fille, car c'est le "choix des âmes" ou le "choix de Lumana" qui doit en décider. Elle devra accepter également tous les présents et toutes les attentions qu'on lui fera, pour ne s'attirer aucune rancœur. Il est réputé également qu'il ne faut pas trouver de nom à l'enfant avant sa naissance afin de ne pas modifier son oracle de naissance ou, si le nom est choisi, il ne doit surtout pas être révélé pour éviter une naissance prématurée.
D'une manière générale, la femme enceinte doit à tout prix éviter de commettre tout acte pouvant dénaturer ou d'influencer le destin de son enfant, son caractère ou son identité.

Les envies et les droits de la femme enceinte


Les envies des femmes enceintes sont, dans la plupart des régions d'Oneira, considérées avec beaucoup d'indulgence, d'attention et de respect et chacun y mettra du sien pour les combler, mais pas jusque dans l'exagération, car il est usuellement considéré qu'une femme profitant de son statut de future mère pour exiger ce qui ne lui est pas dû fera de son enfant un menteur et un voleur. Cependant, on ne demandera que très rarement à une femme enceinte de payer pour sa nourriture, et elle aura le droit de cueillir dans n'importe quel champ ou verger jusqu'à trois fruits pour calmer ses envies. Unles-Sar, dans son Traité des Enfants, prétend que l'enfant pourrait nourrir une obsession à l'égard de toute chose qu'on aurait refusé à sa mère pendant la grossesse. Concernant plus spécifiquement l'alimentation, restreindre le régime d'une femme enceinte revient, selon les croyances populaires, à exposer son village ou sa région à une période de famine. Par conséquent, une femme enceinte ne sera pas tenue de suivre les jeûnes dictés par son culte ou les traditions de sa région.
Une femme enceinte aura également le droit de prendre du repos dans tout lieu, y compris privé, qui lui plaira ou, plus exactement, qui se sera trouvé sur son chemin lorsqu'elle en ressentira le besoin. Quel que soit son culte, elle aura le droit de demander l'assistance et le conseil de tout prêtre, mais aussi de tout sorcier, chaman ou alchimiste dans le cadre de sa grossesse et ce sans avoir à payer pour le service demandé.

L'avortement


Bol et fiole, par Erana.Etant usuellement considéré en Oneira qu'une femme enceinte est "à l'image de Délomaque", l'on comprendra que l'avortement soit particulièrement mal considéré en Oneira : avorter revient, pour la croyance populaire, à nuire au destin d'Oneira qui s'exprime à travers la future mère, c'est aussi le refus du cadeau de Delvë, distributrice des âmes, ce qui risque de la mettre dans de bien mauvaises dispositions à l'égard de la femme ayant avorté (et, le cas échéant, de la personne ayant pratiqué un avortement) lorsque celle-ci se présentera devant Delvë pour rejoindre le Monde de Délomaque.
L'avortement est d'autant plus critiqué que tous les temples acceptent de prendre en charge les enfants non désirés. Cependant, dans certaines régions, l'avortement est toléré dans deux cas : lorsque la grossesse met de manière flagrante en jeu la vie de la future mère, ou encore lorsque la grossesse résulte d'un viol, acte considéré comme l'une des pires barbaries et allant davantage à l'encontre du Monde de Délomaque que l'avortement…
Toutefois, il existe dans presque toutes les régions l'un ou l'autre lieu (très souvent d'anciens autels du petit peuple consacré à Lumana ou à Addina) où les femmes enceintes ne désirant pas leur enfant peuvent se recueillir pour demander à Délomaque d'intervenir. Si dans les faits on observe peu de changement après une visite dans ces lieux, la plupart des femmes en reviennent mieux disposées à l'égard de la vie qu'elles portent.

La fausse couche


Les conceptions sur la fausse couche sont légion en Oneira et peuvent différer du tout au tout d'un village à l'autre, et plus encore d'une culture à l'autre. On attribue cela soit à un facteur extérieur (la jalousie de quelqu'un, une malédiction, ou, plus rarement, une intervention d'un petit peuple malveillant…), à un facteur divin (avec fatalité on évoquera le choix de Délomaque, on dira que "c'est ainsi que cela doit être" ou encore qu'un dieu mauvais est à l'œuvre, ou bien que c'est un acte de Tani et de Janit qui fait alors échec à un malheur plus grand qui aurait pu se produire), ou, simplement, à un facteur interne (le corps n'était pas prêt, ou, plus rarement, on considérera que la mère a commis une erreur). Plus couramment, on considérera que l'enfant n'avait pas reçu d'âme pour une raison ou pour une autre. Toutefois, on encourage rarement à rechercher un fautif ou une raison. La plupart du temps, la femme victime d'une fausse couche sera invitée à passer un séjour dans le temple le plus proche, ou recevra au moins la visite régulière d'un prêtre ou de toute personne qui aura pris soin d'elle durant le début de sa grossesse et qui prendra le temps de parler avec elle longuement de l'enfant mort, avec respect et compréhension, tout en lui permettant peu à peu de retrouver d'autres centres d'intérêt.

L'Enolin


L'Enolin est un objet que les parents confectionnent ou font confectionner pour leur enfant dès la naissance de celui-ci. De taille variable, mais n'excédant généralement pas la taille de la paume de la main, il doit impérativement représenter le symbole d'Oneira, ou symbole du cycle de vie. L'Enolin peut être en terre, en bois, en fer, en or, en ivoire ou en toute autre matière solide. Il peut être très simple ou très ouvragé, peint, gravé ou orné, ou bien contenir de puissants ingrédients magiques. La confection de l'Enolin ne devra commencer qu'après la naissance, et ne pourra prendre que trois jours. De nombreux sorciers, mages et artisans se spécialisent dans ces travaux "d'urgence" pour le compte de familles ne désirant ou ne pouvant s'en charger.
Au troisième jour suivant la naissance d'un enfant, un membre de sa famille (généralement le père), un parrain, un proche ami ou la sage-femme qui l'a accouché doit se rendre au temple dont dépendra l'enfant et y porter l'Enolin qui sera alors utilisé par le prêtre qui le recueille pour rendre son oracle de naissance. L'Enolin sera alors consacré par le prêtre qui y attachera le nom de l'âme et l'oracle de naissance de l'enfant.
Au huitième jour suivant la naissance, les responsables de l'enfant (le plus souvent le père et la mère) se rendent au temple avec leur enfant pour la cérémonie de la Présentation. Le prêtre apposera sur lui plusieurs bénédictions et protections, variables en fonction des cultes, avant de remettre à ses parents l'Enolin consacré. Le plus souvent, l'Enolin sera alors dissimulé sous la pierre du foyer où se situent les Enolin des parents et, dans certaines régions, des différents membres de la maisonnée. Plus rarement, dans le cas d'un enfant fragile nécessitant une grande protection, on pendra l'Enolin à son cou ou au dessus de son berceau.
Extrêmement sacré, l'Enolin est un bien très précieux qui ne devra jamais être perdu et devra toujours se trouver le plus près possible de son propriétaire (on l'emporte généralement au cours d'un voyage, par exemple, même si dans la vie courante, il reste dissimulé à proximité de la maison). L'Enolin reste sous la garde des parents jusqu'au huitième ou au douzième anniversaire de l'enfant (selon les régions), âge auquel il sera considéré comme suffisemment responsable pour y veiller de lui-même et éventuellement choisir de le porter ou de le dissimuler où bon lui semble.
Partout en Oneira, l'on considère que le vol ou même le simple déplacement d'un Enolin est un crime abominable souvent passible d'un minutieux examen moral de la part d'un prêtre et, parfois, d'une retraite obligatoire dans un temple.
L'origine de l'Enolin se perd dans la nuit des temps. D'innombrables légendes tentent d'expliquer leur nécessité. On parle d'un lien fondamental créé grâce à lui entre un humain et Oneira, le Monde de Délomaque ou Délomaque elle-même, ou bien on le considérera comme le réceptacle de l'âme. Dans certaines régions, on considérera que la confection de l'Enolin symbolise qu'on offre le monde, symbolisé par le signe d'Oneira, à son enfant. D'autres n'y voient que la représentation du chemin de vie et du cycle des incarnations, ou encore la clef qui relie le père, la mère et l'enfant, ou encore Oneira, Délomaque et les humains, etc.
Le mariage nécessite la mise en commun des Enolin de chacun dans un même lieu (le plus souvent un coffre dissimulé sous la pierre du foyer et contenant, en plus des Enolin, différents cadeaux de mariages et outils de protection de la maison). Dans certains cultes, le prêtre officiant lors de l'union attache les Enolin l'un à l'autre à l'aide d'un sort que seul un autre prêtre pourra briser à la demande du couple, symbolisant ainsi leur séparation.
Selon les cultes et les régions, les pratiques diffèrent énormément concernant les Enolin au moment de la mort. Au Roban, l'Enolin est mis en terre avec son propriétaire, disposé entre ses mains, sur sa poitrine ; au Pyrelos, il sera jeté en mer ; au Daafeld, tous les Enolin d'un même peuple sont conservés dans un temple particulier ; dans le Sud-Est d'Oneira, l'Enolin sera détruit. Chacune de ces pratiques est expliquée par des légendes locales n'ayant, le plus souvent, aucun rapport entre elles et plongeant les théologiens dans la confusion.