La cité libre de Flëo




"Quatre ponts blancs, larges comme des vallées, hauts pour laisser passer les voiliers, bondissent entre les îles pour se rejoindre au dessus des flots, et c'est Flëo leur couronne !"

insi parlait Ereth le barde de la cité des ponts, la belle Flëo qui flotte au dessus de la mer au sud du Roban et à l'ouest du Mirëli, dans la petite anse du golfe des Perles qu'on appelle le bassin des Elvën.
En fait de cité, le territoire de Flëo s'étend sur les cinq îles du bassin des Elvën qui toutes abritent un port et des villages où résident les familles de perliers, de pêcheurs, de dockers et de marins nécessaires aux activités de la cité. On ne parle pourtant pas de pays dans le cas de Flëo, la cité seule comptant aux yeux des fléïens.
On ignore l'ancienneté de Flëo, mais les alchimistes datent de la grande époque d'Andyr la construction des quatre ponts, les Torilim, sur lesquels elle est bâtie. Contrairement à de nombreuses constructions imposantes au Mirëli, les ponts sont bel et bien issus du génie humain, et non des antiques Bâtisseurs, ainsi que les principaux attraits de la ville : ses centaines de tours effilées, ses escaliers vertigineux, les grandioses remparts dont les portes, hautes comme vingt hommes, peuvent être fermées pour protéger la ville des assauts de ses ennemis et de ceux des marées et des tempêtes.
Flëo fut probablement fondée par les pyreliens à une époque où le Mirëli, encore sauvage, n'était occupé que par des peuples magiques uniquement tournés vers la forêt et délaissant les plaines inondables. L'influence pyrelienne est visible partout : dans l'architecture, les symboles et les codes utilisés en matière d'art, dans le nombre de temples et de sanctuaires dédiés au culte de l'Eau, majoritaire dans la cité, dans le langage et les expression utilisés par les fléïens, dans l'aspect même de ceux-ci, qu'on trouve grands, bruns de cheveux et clairs de peau, aux yeux bleu pyrelien là où les habitants du Mirëli, des suite d'une probable mixité avec les plus grands peuples magiques, sont petits et minces, aux cheveux sombres et aux yeux d'argent.
Quoique géographiquement rattachée au Mirëli, Flëo est une cité libre qui ne cesse de démontrer son indépendance quant à ses voisins les plus proches, et reste tournée vers le Pyrelos dont elle reconnaît en partie l'autorité du roi. Flëo et le Pyrelos sont de solides partenaires commerciaux et politiques, le Pyrelos ayant à de nombreuses reprises défendu farouchement la cité face aux tentatives répétées de conquête du Roban jusqu'au dernier siècle.
Si la majorité des fléïens sont humains, Flëo compte également une minorité de peuples magiques dans certains quartiers de la cité. En terme de population et de société, il sera également intéressant de mentionner l'abondance de clans de sirènes dans les eaux du bassin des Elvën. Celles-ci, farouches par nature, s'adressent pourtant aux fléïens et accompagnent parfois leurs grandioses navires. Ainsi les marins de Flëo sont-il parmi les plus habiles que compte Oneira. A l'heure actuelle, et à l'exception d'anecdotes ponctuelles, il semble que Flëo soit le théâtre des seuls échanges entre les humains et ce Clan.
Flëo est avant tout une cité marchande. De part sa position unique, elle ne communique avec la terre qu'à l'aide de navires dont la beauté et la rapidité sont réputés : les voiliers de Flëo, reconnaissables à leurs innombrables voiles immaculées et à leurs grands mâts blancs sculptés, s'aventurent jusqu'en Illéranyne et, par les passes des Deux-Mers, dans toute la mer d'Oivan.
L'art de Flëo est réputé. Comme tout le Mirëli, la cité brille par le talent de ses sculpteurs. Les perles sont la spécialité de la ville et de ses cinq îles. Cultivées sur la dernière d'entre elles, l'île d'Ebea, elles sont taillées ou ciselées au sein de la cité par les maîtres perliers de la toute puissante Guilde des Arts Fléïens (ou Guilde de Fléïr). Les perles ainsi transformées deviennent tour à tour des fleurs, des baies ou tout autre petits objets dont l'exportation va bon train, particulièrement vers le Pyrelos et les cités libres d'Ar'Kahargal où elles orneront les plastrons des hommes et le cou des femmes.
S'il existe un prince à Flëo et un palais, somptueusement enchâssé dans les remparts comme un diamant dans l'argent d'un anneau, ceux-ci n'ont qu'un faible poids politique en ville où la Guilde de Fléïr contrôle pratiquement tout. Le prince et sa Cour (à laquelle figurent de nombreux pions, plus ou moins déclarés, de la Guilde) ne sont guère que des ambassadeurs auprès des puissances étrangères, même si le prince reste en charge du système judiciaire de la cité.
On rapproche souvent Flëo, et c'est très compréhensible, d'une autre cité libre proche : Briëlo, qui elle aussi se tient sur la côte mirëlienne tout en conservant son indépendance, sinon vis-à-vis du Pyrelos. En réalité, si Flëo et Briëlo sont sœurs à bien des égards, elles s'affrontent aussi avec une rare âpreté : ce que fait l'une sera violemment rejeté par l'autre et pourtant immédiatement copié d'une façon détournée. Les deux cités ne commercent pas l'une avec l'autre, et leurs représentants ne se rencontrent pas, mais elles tiennent l'une à l'autre ainsi qu'il l'a été démontré au cours du terrible tremblement de terre de 986 durant lequel Briëlo a envoyé ses dragons au secours des habitants de Flëo, affamés après les ravages qu'avait causé sur leurs remparts un important raz-de-marée.

Extrait des Chroniques géographiques, par Gwanys, Illéranyne.