Histoire de l'île de Cadel




'histoire de Cadel est régulièrement l'objet de discussions enflammées, de controverses multiples et de thèses fort longues et ennuyeuses. Tout cela ne repose d'ailleurs sur rien, ou presque. En effet, les chroniqueurs ne disposent que de rares informations et n'ont aucun accès à des sources qui, s'il en existe, ne doivent se trouver que sur l'île. En somme, l'histoire de Cadel est écrite à partir de légendes, ce qui augure mal de la crédibilité des thèses de certains, et de rares témoignages recueillis au fil des ans, qui ne valent guère mieux.
Prétendre en savoir plus que les autres ou affirmer avec force une thèse quelconque relève par conséquent de la plus pure hypocrisie - et pourtant certains auteurs n'hésitent jamais à le faire.
Quelques jalons peuvent cependant être posés en la matière.

Selon certains, l'histoire de Cadel remonte à des temps immémoriaux. Se trouvent en effet sur les falaises de cette île quelques statues, immenses et plutôt grossières qui seraient l'œuvre des êtres aujourd'hui appelés les Bâtisseurs et dont l'existence a été prouvée il y a seulement quelques décennies. On leur attribue aussi généralement la paternité du Qhorgensul. Cependant l'accès aux zones intérieures de l'île étant strictement contrôlé pour les personnes non résidentes les sites n'ont pu être fouillés pour l'instant et la présence de Bâtisseurs en Cadel n'est pas formellement établie.

Il est certain qu'a vécu sur l'île un peuple qui n'a pu être, pour l'instant, identifié. Certains avancent l'idée qu'il pourrait s'agir d'un peuple-fée, apparenté aux Bregen peut-être. Cette théorie repose sur le constat de différences non négligeables qui existent actuellement entre les humains de Cadel et les humains d'Oneira : une taille légèrement supérieure à celle que l'on trouve sur le continent, une longévité plus marquée. Cela pourrait donc provenir d'un métissage ancien entre ce peuple et les humains arrivés par la suite ; or les Bregen pouvaient se reproduire avec les humains, d'où l'hypothèse d'un peuple qui leur soit apparenté. Il est impossible en l'état actuel de nos connaissances de savoir quand ces êtres ont quitté Oneira pour aller à Cadel. D'après les légendes, ce peuple aurait reçu l'enseignement des Bâtisseurs, d'où des réalisations architecturales grandioses - la capitale Mercinel en témoignerait, ainsi que le Qhor'Sudur.

Puis des colons sont arrivés sur Cadel, durant la Première Ere des hommes. Ils étaient dirigés par un groupe de mages cherchant un espace où affirmer leur plein potentiel sans être dérangé par les conflits qui agitaient alors le continent.
Les rapports entre le peuple indigène et les colons sont presque totalement inconnus. Deux thèses s'affrontent : pour certains, il y a eu assez rapidement coexistence et métissage, d'où l'émergence d'un nouveau peuple empruntant des caractéristiques aux deux. Mais d'autres estiment que la taille et la longévité supérieures des habitants de Cadel sont imputables aux courants magiques au sein desquels se trouve l'île et que les indigènes ont tous disparus, soit de façon violente, soit à cause de maladies venues du continent.

S'il est difficile d'avoir des certitudes à ce sujet, c'est parce que les colons ont peu à peu oublié ou renié leurs origines et que leurs archives, si elles existent, ne peuvent être consultées par des étrangers. Il est cependant certain qu'il y avait à l'origine des indigènes, des traces de l'époque en mentionnant.

La population de Cadel a ensuite vécu en vase clos, en se repliant sur elle-même. Les relations avec Oneira se sont peu à peu distendues : les premiers colons conservaient des échanges avec ceux qu'ils avaient connus et qui n'étaient pas partis, mais une fois morts, leurs descendants n'ont pas cherché à entretenir des rapports avec un monde méconnu et nimbé d'une aura rebutante. De ce fait la langue parlée sur l'île n'est pas celle pratiquée couramment sur Oneira, le damalten, mais une forme plus ancienne, dérivée du mesalten ; cela n'empêche pas les discussions aujourd'hui avec les Oneiriens, les deux langages n'étant pas très éloignés.
Oneira a également perdu en une génération le souvenir des colons partis vers Cadel et l'île a été oubliée. Seuls quelques rares navires s'égaraient parfois en mer et accostaient un temps sur Cadel. L'île et ses habitants ne font donc à partir de là que des apparitions éphémères et souvent très sujettes à suspicion dans des récits ou dans des textes.
La mise en place du système politique et social s'est effectuée selon une chronologie inconnue. Il est actuellement très ancien, la tradition étant un concept très important pour les habitants de Cadel, mais également très contesté, notamment depuis deux règnes. Le pays a en effet connu le développement des recherches en Alchimie, depuis un millénaire environ, ce qui s'est accompagné de l'émergence d'idées nouvelles dont la promotion menace l'ordre ancien de Cadel.

C'est à une date récente, quelques dizaines d'années, que l'île a redonné signe de vie, et depuis les relations avec les pays d'Oneira n'ont pas cessé de croître. Aujourd'hui, il y a des communautés (réduites) d'Oneiriens qui vivent sur Cadel, et les marchands de l'île sillonnent les mers.

Préface aux Cités des Etoiles, par Kal-Nërlenci.